L'inconscient - Philosophie - Terminale S

L'inconscient - Philosophie - Terminale S

Découvrez ce cours gratuit de philosophie qui traite de l'inconscient. Ce chapitre fait partie du programme de Terminale S et a été rédigé par notre professeur de philosophie.

Dans la première partie de ce cours, votre professeur de philosophie aborde l'émergence du prinipe d'inconscient. A travers Platon et Leibniz, vous découvrirez l'apparition de cette idée. Ensuite, cette leçon gratuite traite de l'insconscient de Sigmund Freud et de sa postérité à travers Lacan et Carl Gustav Jung. Enfin, vous terminerez par les objections de Jean-Paul Sartre et d'Alain à l'inconscient Freudien.

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I. Introduction

Avec la notion d’inconscient, les préoccupations philosophiques croisent celles plus tardives de la psychanalyse et de la psychologie.

De manière succincte, on dira que la notion d’inconscient se pense au regard de la notion de conscience comme ce qui échappe à son intentionnalité pleine. Les différences quant à leur appréciation se situent au niveau du rapport hiérarchique que l’on instaure entre les deux. Ainsi, tantôt on assujettit la conscience à l’inconscient, tantôt on n’attribue à l’inconscient qu’un rôle mineur dans les mécanismes de la conscience. 

C’est à la reprise de certains de ces divers points de vue, entre connivences et antagonismes, que se consacrera notre étude.

II. Emergence du principe d’inconscient

1. Platon

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Platon - Extrait de L'Homme et la Terre - Elisée Reclus

Dès la philosophie de l’antiquité on peut trouver trace du principe d’inconscient. Ainsi, chez Platon (427 av.J.-C. - 347 av.J.-C.) il est question de réminiscence.  

Pour Platon l'âme est immortelle ; hors de ses incarnations elle a ainsi pu contempler le monde des Idées. A la naissance, par notre corps, nous rencontrons des vérités non éternelles dictées par la labilité des sens de la perception. Dès lors le monde des Idées est comme omis.

Il nous faut alors surmonter le monde sensible pour retrouver les vérités de l'âme, là réside tout le travail de l'entendement, du savoir et de la connaissance. Le travail de la connaissance est ainsi chez Platon un travail de reconnaissance, de remémoration des Idées.

Le principe de réminiscence atteste donc de l'existence d'une sorte d'inconscient, bien que Platon ne le nomme jamais ainsi, d'une sorte de présence d'idées inscrites dans l'âme et que notre vie incarnée ne connait qu’indirectement.

Citation : « Ainsi l'âme, immortelle et plusieurs fois renaissante, ayant contemplé toutes choses, et sur la terre et dans l'Hadès, ne peut manquer d'avoir tout appris. Il n'est donc pas surprenant qu'elle ait, sur la vertu et sur le reste, des souvenirs de ce qu'elle en a su précédemment. La nature entière étant homogène et l'âme ayant tout appris, rien n'empêche qu'un seul ressouvenir (c'est ce que les hommes appellent savoir) lui fasse retrouver tous les autres ». Platon, Le Ménon.

2. Leibniz

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Gottfried Wilhelm Leibniz - Christoph Bernhard Francke - 1695

Ces idées d’un inconscient qui parcourent l’antiquité et les périodes qui suivirent vont trouver à se préciser particulièrement à travers les investigations de Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716). Leibniz théorise sur l’inconscient, bien que lui aussi ne fasse jamais expressément usage du terme d’inconscient, à travers la notion de « petites perceptions ».

Par leur pluralité, leur caractère infinitésimal, et la complexité de leurs configurations, celles-ci n’apparaissent pas directement à notre entendement, mais ce dernier s’en trouve néanmoins considérablement affecté.

Ces « petites perceptions » se manifestent particulièrement dans l’expérience de deux phénomènes desquels peuvent être déduites deux affirmations :

→ La conscience est faite de porosité. Elle laisse parfois à la marge quelque élément de son vécu. Ainsi, par le fait de l’habitude ou par celui d’une attention quelque peu distraite, certains événements se produisent devant nous sans que nous nous en apercevions. Pourtant il suffit qu’un observateur extérieur, plus consciencieux de ces événements, nous en évoque après coup l’occurrence, pour que cette évocation suscite quelques échos en nous, et que lesdits événements nous reviennent dès lors en mémoire. Il faut donc que de quelque manière nous ayons pris en compte leur existence lors de leur déroulement.

→ Le conscient naît de l’inconscient. C’est à partir de « petites perceptions » que se constituent nos perceptions réfléchies. En cette occasion Leibniz prend l’exemple du bruit perceptible de la mer qui se compose en fait d’une multitude de petits bruits relatifs à chaque mouvement de vague. Trop entremêlés pour être distingués ces bruits des mouvements respectifs de chaque vague n’apparaissent à notre conscience que dans le bruit ultime et englobant de la mer.

Citation : « On ne dort jamais si profondément qu’on n’ait quelque sentiment faible et confus, et on ne serait jamais éveillé par le plus grand bruit du monde, si on n’avait quelque perception de son commencement qui est petit ». Gottfried Wilhelm Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain.

III. L’inconscient de Sigmund Freud

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Sigmund Freud - Max Halberstadt - 1922

C’est à travers les travaux de psychanalyse de Sigmund Freud (1856-1939) que la notion d’inconscient va trouver à se définir et à se circonscrire pleinement.

Chez Freud l’inconscient n’est pas seulement une présence diffuse qui affecte la pensée et le corps, il est doté d’une véritable structure bien distincte de la conscience, et possédant ses propres logiques.

L’inconscient est ici une entité à part entière d’un appareil psychique que Freud configurera au cours de son œuvre de deux manières différentes, appelées topiques.

1. La logique de l’inconscient freudien

L’inconscient, par définition, n’est pas accessible à la conscience, cette dernière ne peut en retracer que les effets sur nos conduites, nos émotions et nos propos. La conscience n’est dans cette configuration que la partie visible d’un être dont l’entité ne peut être découverte que pas les voies d’exploration de l’inconscient.

La logique de l’inconscient est travaillée essentiellement par le désir et les pulsions, et de fait dans la conscience n’apparaissent que les parties non refoulées de ces désirs et de ces pulsions d’origine irréfléchie.

Selon Freud divers actes et paroles conscients se laissent assaillir par les logiques inconscientes. C’est le cas des actes manqués, des lapsus, des mots d’esprit, ou encore des rêves, qui sont autant d’errements et de lacunes conscientes ou, considérer dans le mouvement inverse, de conflits inconscients.

Dans sa pratique psychanalytique Freud va chercher à provoquer diverses manifestations de la vie inconsciente. Par le recours à l’hypnose dans un premier temps ; puis par la mise en place d’une méthode dite de la libre association dans laquelle le patient est invité à exprimer toutes les pensées qui lui viennent spontanément à l’esprit.

2. Les topiques freudiennes

a. La première topique

Dans la première topique de Freud l’appareil psychique se compose du conscient, du préconscient, de la censure, et de l’inconscient.

Le conscient est ainsi la surface qui relaie le monde extérieur et le monde intérieur. Il est cette dimension de l’être conduite par la raison et de fait par le refoulement des excitations sensorielles du désir et des pulsions. Le préconscient est alors ce qui laisse présager de l’inéluctable ouverture du conscient à ses excitations sensibles. La censure est l’instance chargée de prémunir le conscient de celles-ci. Enfin, l’inconscient se compose de tous les désirs et les pulsions refoulés par le conscient ; il est un flux de sensations qui n’est soumis à aucune instance régulatrice.

Dans cette première topique le conscient est encore la pierre angulaire de l’appareil psychique, l’instance à partir de laquelle sont d’une certaine manière déduits les autres composants du système.

b. La seconde topique

Dans la seconde topique de Freud les éléments de l’appareil psychique se répartissent désormais suivant les catégories du Ça, du Moi, et du Surmoi.

La figure de l’inconscient est ici reprise sous les traits du Ça principalement, mais aussi en partie par celle du Surmoi et du Moi. Le Ça c’est le caractère primitif, archaïque, de l’être ; celui où opère la satisfaction immédiate des besoins biologiques. Le Surmoi et le Moi en découlent. Le Surmoi est ainsi ce qui s’oppose à l’expression du Ça, ce qui tente de le refouler ; il est l’intériorisation des interdits moraux hérités du social, et de ce fait il demeure en partie inconscient. Le Moi naît quant à lui de ces tensions internes du Ça et du Surmoi ; il est cette instance par laquelle le sujet tente de les rendre viables dans le monde extérieur et sociale vécu.

Dans cette seconde topique est soulevée la prépondérance de l’inconscient dans l’appareil psychique. L’inconscient n’y est pas tant ce qui est refoulé, ce qui est mis à la marge par le conscient, que le conscient n’est l’infime partie de l’être encore sous le contrôle de la raison.

Notons par ailleurs que la seconde topique ne tend pas à se substituer pleinement à la première topique, elle vient plus exactement s’y superposer.

Citation : « Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison, qu'il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique ». Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse.

IV. Postérités et objections à l’inconscient freudien 

1. Postérités

a. Lacan

Chez Jacques Lacan (1901-1981) l’inconscient perd de son caractère de logique diamétralement opposée à celle du conscient. Ici l’inconscient n’est pas livré à une série d’interprétations mais développe une structure analogue à celle du langage.

L’inconscient se distingue toutefois du langage articulé. Il n’est pas ainsi, comme ce dernier, spéculation sur la détermination d’un sens, mais plutôt pulsion du sens.

Autrement dit, il n’est pas ici question de la pensée réfléchie de la conscience à travers les mots, mais de l’intériorisation et de l’appropriation inconscientes de ces mots à travers les spécificités d’une intonation, d’une prononciation, d’une connotation, etc.

Citation : « Le langage, avant de signifier quelque chose, signifie pour quelqu'un ». Jacques Lacan, Ecrits.

b. Jung

Carl Gustav Jung (1875-1961) a lui aussi contribué à repenser l’inconscient comme une instance non autonome, et en corrélation notamment avec les autres composantes de l’appareil psychique. 

C’est dans ce cadre qu’il a élaboré le concept d’inconscient collectif. L’inconscient retrouve ici sa définition de pendant du conscient, et avec celle-ci une structure qui ne relève pas uniquement du désir et des pulsions.  

L’inconscient collectif postule ainsi que les archétypes, les symboles, ou encore les mythes qui jalonnent  l’histoire des civilisations participent d’un imaginaire atavique, c’est-à-dire que de générations à d’autres se transfèrent de manière inconsciente des potentialités  spécifiques d’évocation et d’adoption de figures et de structures d’un patrimoine culturel et représentationnel.  

Citation : « La conscience, si vaste qu'elle puisse être, est et reste le petit cercle, à l'intérieur du grand cercle de l'inconscient, l'île environnée par l'océan ; et tout comme la mer, l'inconscient, lui aussi, donne sans cesse naissance à une foule innombrable et toujours renouvelée d'êtres vivants dont on ne peut espérer saisir toute la richesse ». Carl Gustav Jung, Psychologie du transfert.

2. Objections

a. Sartre

Pour Jean Paul Sartre (1905-1980), l’inconscient freudien a le tort de vouloir se constituer en une véritable entité qui in fine destituerait la conscience de son pouvoir et de sa liberté de décision et de choix.

Ce qui est alors primordialement remis en question dans les topiques freudiennes c’est la notion de censure. Selon Sartre, la censure ne peut relever d’une structure inconsciente. Le raisonnement liminaire en est simple, car le sujet est nécessairement conscient, dans une certaine mesure, de ce qu’il censure sans quoi il ne pourrait pas le censurer.

L’inconscient n’est dans ce cadre que l’expérience vécue d’un individu dont les traces l’ont modelé sans qu’il ne s’en rende nécessairement compte.

Citation : « La psychanalyse ne nous a rien fait gagner puisque, pour supprimer la mauvaise foi, elle a établi entre l’inconscient et la conscience une conscience autonome et de mauvaise foi ». Jean-Paul Sartre, L’être et le néant.

b. Alain

C’est sur la question de la liberté de la conscience que vont s’étendre les reproches faits par Alain (1868-1951) aux travaux de Freud.

Ce que pointe le philosophe français c’est cette défiance de l’inconscient freudien à l’égard de la raison. Dans la théorie freudienne l’assujettissement du conscient aux pulsions et aux désirs serait une manière de fuite des responsabilités inhérentes au sujet. Celui-ci justifierait alors ses actes et ses méfaits par le fait d’un déterminisme biologique.

Citation : « L'inconscient est une méprise sur le Moi, c'est une idolâtrie du corps ». Alain, Eléments de philosophie.

V. Conclusion

Si la notion d’inconscient est généralement rattachée à la définition qu’en a forgée Freud, nombre de penseurs sont venus en initier ou en considérer d’autres aspects. L’inconscient demeure cette sorte d’inconnue dont on ne perçoit que les empreintes, ce mystère que l’on a cesse d’explorer et d’investir.

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