L'Etat - Philosophie - Terminale S

L'Etat - Philosophie - Terminale S

Digischool vous propose ce cours gratuit de philosophie, rédigé par un professeur , qui traite de l'Etat. Cette leçon fait partie du programme de Terminale S.

La première partie de ce cours gratuit est consacrée brièvement aux particularités de l'Etat. Notre professeur va s'interesser ensuite aux prémisses de l'Etat, à travers Platon et Aristote. Puis il abordera les fondements de l'Etat en s'appuyant sur les travaux de Hobbes et Rousseau. Enfin, il sera question de la critique du modèle étatique, notamment avec Marx et Clastres.

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L'Etat - Philosophie - Terminale S
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I. Introduction

De manière générale, l'Etat se définit comme une société partageant un même territoire délimité par des frontières et dont la vie commune est régie par un pouvoir institutionnalisé.

La particularité de l’Etat réside donc dans l’instauration d’une instance politique souveraine et distincte de la société civile.

Toutefois, il y a toujours eu, dans chaque communauté, une forme d’organisation et de gouvernance que les philosophes de l’Antiquité, au rang desquels Aristote, se sont plu à penser et à en imaginer une occurrence idéale. C’est sur cela que nous nous attarderons dans la première partie de notre étude.

Au fil du temps, cette organisation est devenue de plus en plus autonome, hiérarchisée et structurée. C’est sur cette organisation, engageant une nécessaire souveraineté, que se sont ainsi déployées les interrogations philosophiques. Notre seconde partie s’y consacrera à son tour.

Enfin, une telle souveraineté de l’Etat, une telle autarcie de l’Etat, ne pouvait pas manquer de faire l’objet des critiques de certains penseurs qui en soulignent les travers. Et c’est tout naturellement à ces critiques que s’intéressera notre troisième partie.

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Le Tiers-Etat soutient le poids du Royaume, Caricature de l'organisation de la société de l'Ancien Régime, vers 1789, BnF (Musée Carnavalet)

II. Prémisses de l’Etat

Aux prémisses de l’Etat, une interrogation sur les fondements de la vie politique et sociale de toute communauté. Autrement dit, peut-on estimer qu’il y a une propension naturelle des hommes à se constituer en Etat ? Et si oui comment expliquer un tel état des faits, une telle disposition ?

1. Platon

Chez Platon, la question du politique se pense dans la continuité de sa théorie des Idées. Cette théorie concerne la nécessité pour l’homme de dépasser le monde labile du sensible pour atteindre les vérités de l’âme et de l’intellect qui sont immuables et universelles.

Selon Platon ce parcours vertueux ne peut être arpenté de manière individuelle. C’est par l’éducation et la vie commune que l’âme pourra conduire à la transcendance ses modalités sensibles et ses affects.

Le politique s’apparente alors à la mise en place de lois et de principes rationnels dans une communauté, dans la Cité, aux fins de l’éducation de chaque citoyen.

Dans cette perspective, il est à noter qu’aucun régime politique établi de son temps ne trouve grâce aux yeux de Platon. Seul le philosophe, en ce qu’il a reçu l’éducation idoine à l’expérience du passage au monde des Idées, serait alors susceptible d’organiser la cité idéale de Platon.

Citation : « L'un des préjudices d'avoir refusé de prendre part à la  politique est que vous finissez par être gouverné par vos subordonnés ». Platon, Les Lois.

2. Aristote

Pour Aristote (384 av.-J.-C – 322 av.-J.-C), il est certain qu’il est dans la nature de l’Homme de s’organiser en société hiérarchisée. Cette nature-là est d’emblée visible dans la cellule familiale. Ainsi, ce qu’Aristote nomme encore la Cité n’est que la forme élargie de l’institution familiale.

Pour s’assurer d’une vie harmonieuse, les diverses communautés doivent convenir de la volonté d’un bien commun, et pour ce faire elles doivent repartir entre ses membres des tâches différentes et des rôles complémentaires.

Il y a, dans la cité antique, des esclaves et des maîtres, des exécutants et des décideurs, comme il y a dans les familles des pères et des enfants. L’exemple peut même prendre sa source dans la viabilité d’un organisme humain, où âme et corps sont amenés à conjuguer leurs forces et leurs attributs respectifs.

L’organisation d’un ensemble de communautés en cité s’explique donc par le projet de la réalisation et de la préservation d’un bien commun. Aristote appelle bien suprême un tel projet rapporté à l’harmonie d’une cité toute entière. Cette harmonie ne pourra être le fruit que de la raison, de la justice et de l’exigence morale.

Citation : « Il est manifeste, […] que la cité fait partie des choses naturelles, et que l'homme est par nature un animal politique, et que celui qui est hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard (des circonstances), est soit un être dégradé soit un être surhumain » Aristote, Les Politiques.

III. Les fondements de l’Etat

Dans cette partie, les dispositions naturelles de l’Homme à la politique et à l’Etat sont renversées par le primat de la volonté.

Ici, l’Etat est avant tout affaire d’ambitions, de désirs et d’intérêts individuels. Dans cette configuration, l’Etat se présente peu à peu comme l’instance chargée d’assurer l’équité entre tous les particuliers et de réguler les échanges qui y concourent.

La société ne s’accorde plus avec la cité idéale de l’Antiquité mais avec le pragmatisme du commerce et de l’acquisition des biens matériels qui émerge à l’orée du XVIIème siècle.

1. Hobbes

Chez Thomas Hobbes (1588-1679) la nécessité et la réalisation de l’Etat souverain procèdent de la volonté des individus de voir protéger leurs intérêts.

Plutôt que de lutter de manière anarchique pour posséder des biens et des droits, l’individu préfère remettre une partie de sa liberté d’agir entre les mains d’un tiers, le souverain, afin que celui-ci en retour limite les potentielles exactions d’autrui.

Chez Hobbes la question des dispositions naturelles concerne les passions et les pulsions humaines dont l’exacerbation extrême conduit à la guerre. La souveraineté, par la menace du châtiment notamment, est seule capable de canaliser les penchants naturels des hommes et de les inciter à lier leurs destins.

L’Etat souverain, dans la pensée de Hobbes, a tout pouvoir, et ce par le consentement mutuel des membres de la communauté.   

Citation : « Aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tient en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, la guerre de chacun contre chacun ». Thomas Hobbes, Léviathan.

2. Rousseau

Les propositions de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) sont une réponse directe à celles de Hobbes. S’il convient lui aussi de la nécessité d’un souverain, et de la volonté comme fondement de sa mise en place plus que d’une disposition naturelle de l’homme, Rousseau se distingue essentiellement de Hobbes par le statut de la nature qu’il confère à l’homme.

Chez Rousseau l’homme est fondamentalement bon, et le rôle du souverain n’est pas de ce fait de contraindre l’individu à l’obéissance. Ce dernier doit jouir pleinement de sa liberté d’agir.

La difficulté qui se pose alors réside dans le fait que la vie commune se présente fatalement comme une atteinte à cette liberté. Tout le travail de la constitution de l’Etat revient à harmoniser les volontés de chacun, et plus exactement d’instruire cette volonté commune d’une vie en société.

L’Etat est ici une sorte de moi commun, et le souverain agit comme l’instance chargée de rappeler à tous cette volonté de réalisation de ce moi

Citation : « Un des grands vices de l’Histoire est qu’elle peint beaucoup plus les hommes par leurs mauvais côtés que par les bons ; comme elle n’est intéressante que par les révolutions, les catastrophes, tant qu’un  peuple croît et prospère  dans le calme d’un paisible gouvernement, elle n’en dit rien ; elle ne commence à en parler  que quand, ne pouvant plus se suffire à lui-même, il prend part aux affaires de ses voisins, ou les laisse prendre part aux siennes ; elle ne l’illustre que  quand il est déjà sur son déclin : toutes nos histoires commencent où elles devraient finir. Nous avons fort exactement celle des peuples qui se détruisent ; ce qui nous manque est celle des peuples qui se multiplient ; ils sont assez heureux et assez sages pour qu’elle n’ait rien à dire d’eux : et en effet nous voyons, même de nos jours, que les gouvernements qui se conduisent le mieux sont ceux dont on parle le moins ». Jean-Jacques Rousseau, Emile ou de l’éducation.

IV. Contre le modèle étatique

Dans les critiques du modèle étatique on assiste notamment à un retour à l’assimilation de l’Etat à la société dans son ensemble. Ce qui est alors fustigé c’est l’Etat souverain, c’est ce pan de la société qui paradoxalement ne semble pas lui appartenir, ce pan à qui l’on confère une position transcendante.

1. Marx

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Portrait de Karl Marx

C’est dans le développement général de ses travaux sur la lutte des classes que Karl Marx (1818-1883) laisse entendre son opinion sur l’Etat souverain.

La lutte des classes correspond sommairement aux inégalités constatées entre la bourgeoisie et le prolétariat, à la spoliation de la classe économiquement inférieure par la classe économiquement supérieure. C’est dans ce cadre qu’est envisagé le statut de l’Etat.

Celui-ci serait en fait aux mains de la bourgeoisie et n’aurait de souverain que son nom. Au titre de sa souveraineté, et de la justice et de l’équité envers son peuple qu’elle suppose, l’Etat légitimerait toutes les injustices sociales qu’il perpètre.

Si l’Etat souverain est censé avoir tous les pouvoirs y compris, et particulièrement dans une société capitaliste est pragmatique, les pouvoirs économiques, c’est alors tout naturellement qu’il se range auprès de la classe susceptible de les lui accorder.

L’Etat est alors de ce fait un ersatz de pouvoir et de souveraineté, dans lequel l’intérêt collectif, celui d’une nation économiquement forte, prend le pas sur les intérêts des particuliers. 

Citation : «  C’est justement cette contradiction entre l’intérêt particulier et l’intérêt collectif qui amène l’intérêt collectif à prendre en qualité d’État une forme indépendante, séparée des intérêts réels de l’individu et de l’ensemble et à faire en même temps figure de communauté illusoire, mais toujours sur la base concrète des liens dans chaque conglomérat de famille et de tribu, tels que liens existants du sang, langage, division du travail à une vaste échelle et autres intérêts ; et parmi ces intérêts nous trouvons en particulier, comme nous le développerons plus loin, les intérêts des classes déjà conditionnées par la division du travail, qui se différencient dans tout groupement de ce genre et dont l’une domine l’autre ». Karl Marx, Friedrich Engels, L’Idéologie allemande.

2. Clastres

On peut facilement voir dans les travaux de l’anthropologue Pierre Clastres (1934-1977) une portée hautement philosophique.

C’est à la question de la souveraineté de l’Etat, de la disposition naturelle de l’homme, et au fait que l’union de l’une et l’autre ne va pas de soi, qu’il est permit d’estimer que les travaux de Clastres s’intéressent.

Clastres va s’attacher à démontrer que dans certaines sociétés primitives la constitution d’un Etat souverain, de quelque nature qu’il soit, est fortement proscrite.

Le principe d’égalité et de justice est à ce point développé dans ces sociétés qu’aucun de leurs membres ne doit être amené à exercer un pouvoir hiérarchique sur l’ensemble de la communauté.

Les hommes ne sont pas ici naturellement enclins à se constituer en Etat et à se regrouper, et certaines guerres tribales visent justement à lutter contre une quelconque alliance qui conduirait à instruire des classes dirigeantes. 

Citation : « La propriété essentielle (c’est-à-dire qui touche à l’essence) de la société primitive, c’est d’exercer un pouvoir absolu et complet sur tout ce qui la compose, c’est d’interdire l’autonomie de l’un quelconque des sous-ensembles qui la constituent, c’est de maintenir tous les mouvements internes, conscients et inconscients, qui nourrissent la vie sociale, dans les limites et dans la direction voulues par la société. La tribu manifeste entre autres (et par la violence s’il le faut) sa volonté de préserver cet ordre social primitif en interdisant l’émergence d’un pouvoir individuel, central et séparé ». Clastres, La Société contre l’État.

V. Conclusion

La philosophie ne s’intéresse pas tant à la question de l’Etat pour en étudier les rouages politiques, économiques et sociaux, que pour en penser le bien-fondé.

L'Etat doit trouver sa raison d’être dans l’aspiration de l’homme à faire montre de raison, dans la volonté de l’homme à vivre en communauté, ou dans celle de préserver son existence en se prêtant à des consensus avec autrui.

Mais peut-être alors que cette aspiration et ces volontés ne trouvent pas dans l’Etat la voie idoine à leurs réalisations, mais bien au contraire celle de leur perdition.

Fin de l'extrait

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Les avis sur ce document

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5 5 0
20/20

très coul merci infiniment et vraiment un bon fiche récapitulatif...

par - le 01/09/2015
dede1718
5 5 0
20/20

Très bonne fiche avec les différents philosophes merci !

par - le 12/06/2015
laucoul
5 5 0
20/20

Fiche très réussi avec un auteur par sous partie qui permet de bien s'y retrouver

par - le 06/06/2015

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