La vérité - Philosophie - Terminale S

La vérité - Philosophie - Terminale S

Notre professeur vous propose un cours de Philosophie pour la Terminale S sur la vérité.

Un sujet qui va certainement vous passionner : la vérité. Non, il ne s'agit pas d'engager un mentaliste capable de savoir qui ment, mais de s'interroger sur cette notion fondamentale en philosophie. Qu'est-ce que la vérité ? Doit-on toujours dire la vérité ? N'oubliez pas que la philosophie n'est pas utile qu'au bac, elle l'est pour votre vie de tous les jours ! Et vous, vous arrive-t-il de mentir ?

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Document rédigé par un prof La vérité - Philosophie - Terminale S

Le contenu du document

 

 

I. Introduction

1. Définition de la vérité

Au sens classique, la vérité correspond à la conformité entre un jugement, ou plus généralement une pensée affirmant quelque chose à propos de quelque chose, et la réalité à laquelle cela renvoie. C’est donc plus ou moins l’adéquation entre l’idée et le réel.

L’étymologie latine du mot, veritas, montre que la vérité signifie à la fois l’exactitude du jugement porté et la droite morale. Autrement dit, dire la vérité c’est s’engager à parler de manière droite, conformément aux faits et sans faux-semblants, ni volonté de dissimulation ou de manipulation.

L’origine grecque du mot, alethéia, ainsi que le montre Heidegger, insiste quant à elle sur l’idée que ce qui est saisi comme vrai est mis en lumière, rendu manifeste, sorti de l’oubli (a = hors, léthé = oubli). Être dans le vrai, ce serait alors ce mouvement par lequel une chose est arrachée de l’obscurité dans laquelle la plongeait jusqu’alors l’oubli. Se justifient ainsi les termes voisins de la vérité qui ont cette connotation de l’apparaître et de la mise en lumière, comme l’évidence, la clarté, la révélation, la révélation, l’illumination, la certitude.

2. Antonymes

Parmi les contraires de la vérité, on peut compter l’erreur, l’illusion, le mensonge, l’inauthenticité, l’hypocrisie, l’affabulation, la fausseté. Ces antonymes montrent que là encore il faut distinguer entre différents sens de la notion de vérité. Lesquels ?

Classons ces antonymes par catégories, pour voir différentes dimensions de la vérité :

 "erreur", "fausseté" → inexactitude par erreur → domaine épistémologique

"illusion", "affabulation" → irréel, imaginaire → domaine psychologique

"inauthenticité" → inadéquat au réel → domaine ontologique

"hypogrisie", "mensonge" → inexactitude par volonté de tromper → domaine moral 

3. Pas de vérité hors langage 

Rien ne semble plus simple que la vérité au sens où il suffirait de dire ce qui est et de décrire la réalité. Mais précisément, la vérité impose une distanciation de la réalité parce qu’elle la dit. La vérité est donc indissociable du langage.

La vérité porte sur les représentations que nous nous faisons d’une chose et non sur cette chose même. Ce n’est pas le contenu d’une proposition qui est vrai ou faux, mais c’est seulement la proposition que nous pouvons qualifier de vraie ou de fausse.

Nous confondons parfois vérité et réalité. Ce serait oublier que la vérité relève du langage, d’un jugement sur cette réalité.

Puisque la vérité n’est pas inscrite dans la réalité des choses mais dans les jugements portés sur cette réalité, la difficulté sera de juger la pertinence de ces jugements sur le réel alors que nous ne pouvons jamais avoir accès au réel.

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La Vérité sortant du puits, Edouard Debat-Ponsan, 1898, Musée de l'Hôtel de Ville d'Amboise

II. Vérité et mensonge, vérité au sens moral.

Doit-on toujours dire la vérité ?

1. La vérité, socle des relations humaines

La vérité est ce sur quoi se fondent les relations humaines, qui reposent sur la confiance, la fidélité, la loyauté. Un menteur s’expose à rompre toute confiance possible avec ses interlocuteurs et menace ainsi les relations humaines. Car une fois que l’on sait que quelqu’un nous a menti, tout se passe comme si le contrat de confiance était définitivement rompu. « Ce qui me bouleverse ce n’est pas que tu m’aies menti, c’est que désormais je ne pourrai plus te croire », écrit ainsi Nietzsche.

Le paradoxe du menteur ou paradoxe d’Épiménide.

Le menteur est toujours plongé dans un paradoxe de crédibilité : outre le fait qu’une fois son mensonge reconnu, on ne lui fera plus confiance dans l’avenir, lorsqu’il parle ses dires s’auto-détruisent eux-mêmes et se réfutent, puisqu’on ne sait jamais s’il dit ou non la vérité.

Le paradoxe du menteur provient d’un contemporain d’Aristote, le crétois Épiménide. Il s’énonce ainsi : « Tous les Crétois sont des menteurs ». Épiménide étant un menteur, il semble se réfuter lui-même :

  1. s’il dit vrai, tous les Crétois sont des menteurs, mais dans ce cas, puisqu’il est lui-même Crétois, c’est un menteur et il ne pourrait donc dire vrai... Paradoxe.
  2. s’il ment, il est faux que tous les Crétois sont des menteurs, mais pour autant rien ne permet de conclure qu’aucun Crétois n’est menteur puisque Épiménide l’est. Paradoxe encore.

Ce paradoxe peut se formuler autrement : « Actuellement je mens ». Cet énoncé se réfute à nouveau lui-même :

  1. si celui qui la prononce dit la vérité (qu’il ment), il est vrai qu’actuellement il ment et ne dit pas la vérité, on ne peut donc aucunement trouver de sens clair à cette phrase.
  2. S’il ment, il n’est pas vrai qu’en disant cette phrase il mente, par conséquent il dit la vérité mais en tant que menteur, cela est paradoxal. Cela contredit le fait qu’il mente toujours.

→ Tout cela pour dire à quel point le mensonge peut nuire aux relations sociales et plonger les interlocuteurs d’un menteur dans le doute.

2. Le devoir de vérité

La vérité alors semble bien ne pas être seulement un idéal de connaissance, mais aussi un véritable devoir, quelque chose de moral, donc. Elle s’oppose au mensonge, à la mauvaise intention de falsifier le vrai et à la duplicité. Pour que les mots continuent à faire sens sans tomber dans le paradoxe, et pour que les relations humaines soient viables, nous devons dire la vérité.

Mais s’il y a un devoir de vérité, il y a un manichéisme à l’œuvre. Le manichéisme, c’est ce qui oppose le bien et le mal. Avec le devoir de vérité, on dit que la vérité c’est bien, que le mensonge c’est mal, et que c’est là la seule alternative possible. En ce sens, dire toujours la vérité est de l’ordre de l’impératif moral, on fauterait à ne pas le faire, ce serait mal.

3. La réponse de Kant : oui

Kant fait de la véracité un devoir absolu et considère qu’un mensonge est une injustice contre quelqu’un en particulier (l’interlocuteur du menteur) mais aussi à l’égard de l’humanité en général, car alors on ne respecte plus les hommes. La vérité est un impératif absolu de sorte qu’on ne peut vouloir moralement le devoir, et ce quelles que soient les circonstances : il faut pour Kant toujours dire la vérité.

« Être véridique dans les propos qu’on ne peut éluder, c’est là le devoir formel de l’homme envers chaque homme, si grave que soit le préjudice qui puisse en résulter pour lui ou pour autrui. Et même si, en falsifiant mon propos, je ne cause pas de tort à celui qui m’y contraint injustement, il reste qu’une telle falsification, qu’on peut nommer également pour cette raison un mensonge, constitue, au regard de la partie la plus essentielle du devoir en général un tort : car je fais en sorte, autant qu’il est en mon pouvoir, que des propos ne trouvent aucun crédit et par suite que tous les droits qui sont fondés sur des contrats deviennent caducs et perdent toute leur force, ce qui est tort commis à l’égard de l’humanité en général. Donc, si on ne définit le mensonge que comme la déclaration (faite à autrui) qu'on sait n'être pas vraie, il n'est pas besoin d'y ajouter qu'il doive nuire à autrui, comme les juristes l'exigent de leur définition (« un mensonge est un discours faux qui nuit à autrui »). Car le mensonge nuit toujours à autrui : même s'il ne nuit pas à un autre homme, il nuit à l'humanité en général et rend vaine la source du droit. »

D’un prétendu droit de mentir par humanité.

4. La réponse de Constant : non. Le droit de mentir

Constant, contre Kant, refuse de prendre le devoir de vérité au sens strict pour trois raisons :

  • si le devoir de vérité était pris au sens strict comme devoir absolu et inconditionné ne souffrant aucune exception, il rendrait toute société humaine impossible. Il y a des cas où le devoir commande de mentir, par humanité, par politesse, pour sauver une vie, pour éviter un plus grand mal.
  • un devoir n’existe que là où existe un droit réciproque. Où il n’y a pas droit à la vérité, il n’y a pas non plus devoir de vérité.
  • je ne dois la vérité qu’à celui qui la mérite, qui en est digne, qui me respecte et ne me nuit pas.

A celui qui contrarie mon bonheur, je peux — voire dois — refuser la vérité.

Pour Constant, dire la vérité n’est pour moi un devoir qu’envers celui qui a droit, selon moi, à la vérité, c’est-à-dire celui qui ne s’oppose pas à mon bien. Tous n’ont donc pas également droit au vrai. Seuls certains en sont dignes. Constant arrache le devoir de véracité à l’universalité rigoureuse que Kant lui attribue. Il veut une morale souple, adaptable aux divers cas. Face à l’implacable nécessité de l’impératif catégorique moral kantien, il réclame une morale malléable et casuistique. Par exemple, l’hôte doit-il mentir à l’assassin venu tuer son ami afin de sauver la vie de ce dernier ? Ce cas invite, au nom du bon sens, à sacrifier le devoir de véracité et à renoncer à toute prétention à des principes supposés valoir toujours et partout. Constant oppose ainsi au rigorisme kantien l’impossibilité d’ériger la prohibition du mensonge en principe absolu, sous peine d’armer le bras de l’assassin.

« Le principe moral que dire la vérité est un devoir, s'il était pris de manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible. Nous en avons la preuve dans les conséquences directes qu'à tirées de ce dernier principe un philosophe Allemand qui va jusqu'à prétendre qu'envers des assassins qui vous demanderaient si votre ami qu'ils poursuivent n'est pas réfugié dans votre maison, le mensonge serait un crime [...]

Dire la vérité est un devoir. Qu'est-ce qu'un devoir ? L'idée de devoir est inséparable de celle de droits : un devoir est ce qui, dans un être, correspond aux droits d'un autre. Là où il n'y a pas de droit, il n'y a pas de devoirs. Dire la vérité n'est donc un devoir qu'envers ceux qui ont droit à la vérité. Or nul homme n'a droit à la vérité qui nuit à autrui. »

Des réactions politiques.

5. Théorie contre pratique

Parce que le devoir de vérité n’est jamais seul et parce qu’il entre parfois en conflit avec un devoir d’humanité par exemple, il semble bien y avoir des exceptions (pratiques) au devoir (théorique) de toujours dire la vérité.

Il peut arriver ainsi que le médecin (un malade peut être tenu en ignorance d’un diagnostic grave dans son intérêt), ou l’État (secret d’État) ou même chacun d’entre nous soit amené à mentir pour de bonnes raisons.

Dans certaines circonstances particulières, dire la vérité serait tellement brutal que cela risquerait de retourner le manichéisme et de faire plus de mal que de bien.

Fin de l'extrait

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