La société - Philosophie - Terminale S

La société - Philosophie - Terminale S

Découvrez un cours de Philosophie sur la société, rédigé par notre professeur, niveau Terminale S.

Qu'est-ce que la société ? Société naturelle, société d'échange ou bien encore société ouverte ? Découvrez comment les philosophes ont défini la notion de société.

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La société - Philosophie - Terminale S

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I. Introduction

Pour en donner une définition univoque, on pourrait dire que la société désigne un groupement d’individus régi par des lois et des intérêts communs.

Elle se distingue ainsi de la notion de communauté qui repose prioritairement sur des valeurs culturelles ou ethniques, et de la notion d’Etat et de la primordialité qu’elle accorde à l’instauration et à l’application des lois.

C’est toutefois en vis-à-vis de cette dernière notion, l’Etat, que s’instruisent généralement le modèle sociétal et les interrogations philosophiques qui s’y rapportent. Portées à leurs antagonismes ou à leurs corrélations, société et Etat s’y définissent l’un l’autre, l’un par rapport à l’autre.

La première partie de cette fiche de révision approfondira les interrelations de la société et de l’Etat, analysant tour à tour leurs normativités comme leurs paradoxes.

La seconde partie se proposera d’investir de nouveaux paradigmes sociétaux pensés plus certainement, quant à eux, en vis-à-vis de la notion de communauté.

Cours de Philosophie sur la société - digiSchool Bac S

La Cité Idéale - Piero della Francesca (son attribution est remise en doute)

II. Le modèle sociétal de la dialectique de la nature et de la contrainte

Trois axes principaux président au modèle sociétal entendu comme la configuration sociale la plus répandue, la plus institutionnalisée et la plus théorisée :

  • La société naturelle entend dire qu’il est dans la nature même de l’Homme de vivre en société, et que dès lors c’est de ces dispositions que découle l’institution de l’Etat et de ses lois.
  • L’Etat souverain qui contredit à la lettre la société naturelle en affirmant que les hommes ne peuvent se constituer en société que sous la contrainte d’un tiers qui les gouverne.
  • La figure du contrepoint dans laquelle c’est par l’antagonisme même de la nature et de la contrainte qu’il est possible pour la société de se réaliser.

1. La société naturelle

Pour Aristote (384 av.-J.-C – 322 av.-J.-C) il est certain, pour reprendre sa propre formulation, que l’homme est un animal politique. Dès lors dans cette perspective la société s’assimile d’emblée à un Etat, ce qu’Aristote désigne sous le terme de Cité.

Pour affirmer sa proposition Aristote développe ainsi un parallèle qui enjoint à considérer l’organisation d’une société sur le modèle de la hiérarchisation d’une famille ou encore sur celui de l’équilibre organique et spirituel de l’être.

Aristote emboîte ainsi le pas à un autre philosophe de l’Antiquité, en la personne de Platon (428/427 av. J.-C. - 348/347 av. J.-C.).

Chez Platon, il y a la nécessité pour l’Homme de se constituer en société s’il aspire à dépasser le monde sensible et trouble des affects pour rejoindre celui des Idées, c’est-à-dire celui de la quiétude de l’âme et des vérités immuables et universelles.

L’éducation apparaît à ce titre comme le fondement même de la société. C’est pourquoi, dans la Cité Idéale, autre concept fort de la philosophie de la société chez Platon, le rôle le plus éminent doit-il échoir au philosophe et à son amour de la sagesse.

Citation : « C’est pourquoi toute cité est un fait de nature, s’il est vrai que les premières communautés le sont elles-mêmes. Car la cité est la fin de celles-ci, et la nature d’une chose est sa fin, puisque ce qu’est chaque chose une fois qu’elle a atteint son complet développement, nous disons que c’est là la nature de la chose, aussi bien pour un homme, un cheval, ou une famille. En outre, la cause finale, la fin d’une chose, est son bien le meilleur, et la pleine suffisance est à la fois une fin et une excellent. Ces considérations montrent donc que la cité est au nombre des réalités qui existent naturellement et que l’homme est par nature un animal politique ». Aristote, La politique.

2. La société et l’Etat

Pour reprendre un leitmotiv de la pensée de Thomas Hobbes (1588-1679), l’homme est un loup pour l’homme.

Il faut alors que la société prenne les traits d’un Etat souverain par lequel seront tempérés les instincts naturellement mauvais des individus.

Cette espèce de consensus social est réalisable du fait que chaque membre de la société veut pouvoir compter sur un tiers souverain qui assure ses intérêts et le protège des exactions d’autrui.

Ce besoin impérieux de préservation de son entité et de ses biens explique le fait que l’individu soit prêt à céder un pan de sa liberté sous la législation d’une instance régulatrice et salvatrice.  

Les propositions de Hobbes trouvent une alternative dans celles de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778).

Partant de considérations selon lesquelles l’homme serait naturellement bon, Rousseau convient lui-aussi de la nécessité de la constitution de la société en Etat. Celui-ci, du fait même de la bonté de l’être, ne s’érige pas en contrainte mais en garant des libertés d’agir de chacun.

Par ailleurs, Rousseau se défend de toute naïveté quant à la nature réelle de l’homme. Il estime que l’atteinte à autrui est effectivement l’un des potentiels désirs de l’être lorsque ses besoins ne lui semblent plus satisfaits, mais que l’on aurait tort d’y voir là l’essence même de l’être.

Si une telle méprise a cours dans la restitution de l’histoire de l’homme, c’est tout simplement parce que l’Histoire ne retient que les événements qui la troublent. Les révolutions, les catastrophes et les guerres font plus grand bruit que la passibilité entretenue d’une société d’hommes libres

Citation : « La cause finale, le but, le dessein, que poursuivirent les hommes, eux qui par nature aiment la liberté et l’empire exercés sur autrui ; lorsqu’ils se sont imposé des restrictions au sein desquelles on les voit vivre dans les Républiques, c’est le souci de pourvoir à leur propre préservation et de vivre plus heureusement par ce moyen : autrement dit, de s’arracher à ce misérable état de guerre qui est, je l’ai montré, la conséquence nécessaire des passions naturelles des hommes, quand il n’existe pas de pouvoir visible pour les tenir en respect, et de les lier, par la crainte des châtiments, tant à l’exécution de leurs conventions qu’à l’observation des lois de nature». Thomas Hobbes, Léviathan

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La République, Janet-Lange, Musée Carnavalet
Représentation célébrant la Révolution de 1848, et ayant pour objectif de remplacer le portrait du roi

3. La figure contrapuntique du modèle sociétal

C’est à travers la figure privilégiée d’Emmanuel Kant (1724-1804) que sera abordée la consubstantialité des termes de la dialectique de la nature et de la contrainte.

Kant forge à cet effet la notion d’insociable sociabilité. Que l’Homme ne soit pas nécessairement et naturellement porté à la sociabilité ne change de fait rien à son statut d’être sociabilisé. C’est la société qui vient à l’homme que ce dernier le désire ou pas.

La notion instruite par Kant va même plus loin en indexant tous les sentiments et les pulsions qui conduisent l’homme à considérer autrui comme un obstacle à sa liberté d’être et d’agir.

Mais c’est précisément dit-il par cette contrainte que constitue autrui que nous sommes poussés à nous dépasser, et de fait à nous réaliser. C’est de la rivalité entre individus que naissent les progrès qui édifient une société. C’est à partir de la nature insociable de l’être qu’opère sa sociabilité.

Citation : « L’homme veut la concorde, mais la nature sait mieux que lui ce qui est bon pour son espèce : elle veut la discorde. Il veut vivre commodément et à son aise ; mais la nature veut qu’il soit obligé de sortir de son inertie et de sa satisfaction passive, de se jeter dans le travail et dans la peine pour trouver en retour les moyens de s’en libérer sagement. Les ressorts naturels qui l’y poussent, les sources de l’insociabilité et de la résistance générale, d’où jaillissent tant de maux, mais qui en revanche provoquent aussi une nouvelle tension des forces, et par là un développement plus complet des dispositions naturelles, décèlent bien l’ordonnance d’un sage créateur, et non pas la main d’un génie malfaisant qui se serait mêlé de bâcler le magnifique ouvrage du Créateur, ou l’aurait gâté par jalousie ».  Kant, Idée pour une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique.

III. Les nouveaux paradigmes sociétaux

Les époques modernes et contemporaines ont vu s’installer de nouvelles visions de la société. L’évolution des mœurs et des pratiques sont bien évidemment l’une des explications essentielles de cette tendance.

Pour autant, on peut aussi y voir le fait d’un épuisement théorique de modèles sociétaux qui pour certains remontent à l’époque de l’Antiquité.

Nous retiendrons, dans le cadre qui nous est imparti, deux paradigmes des modernités et des contemporanéités sociétales en ce qu’ils soulèvent de fondamentales questions philosophiques.  

1. La société d’échange

Notre premier exemple de nouveau paradigme sociétal sera directement en lien avec l’évolution de la société moderne.

C’est au philosophe et économiste des Lumières, Adam Smith (1723-1790), que nous nous en remettrons pour donner un aperçu d’un modèle sociétale pensé sur le primat des échanges économiques.

Smith se présente comme l’un des premiers penseurs de la notion de libéralisme économique qui repose sur les principes, entre autres, du libre-échange et d’un interventionnisme peu marqué de l’Etat  comme éléments de la bonne marche d’une économie politique.

L’économie des échanges apparaît ici comme le ferment même de la société humaine, et le paramètre par lequel l’humain se distingue essentiellement de l’animal. Non point qu’il y ait lieu d’y voir une supériorité du genre humain sur l’espèce animale, mais simplement parce qu’il est impossible pour l’homme de subvenir à ses besoins et à ses intérêts particuliers sans le recours à autrui et aux services et biens qu’il constitue.

Smith parle ainsi de main invisible pour désigner cette réalisation de la société par la conduite des ambitions personnelles de chacun qui conduisent à la richesse et au bien-être de la collectivité. 

Citation : « Mais l’homme a presque continuellement besoin du secours de ses semblables, et c’est en vain qu’il l’attendrait de leur seule bienveillance (…) Il sera bien plus sûr de réussir, s’il s’adresse à leur intérêt personnel et s’il les persuade que leur propre avantage leur commande de faire ce qu’il souhaite d’eux. (…) Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c’est toujours de leur avantage ». Adam Smith, Recherche sur la nature et les cause de la richesse des nations.

2. La société ouverte

Notre second exemple insistera lui sur la nécessité de renouveler les théories sur la question de la société, plus que sur l’évolution même de ladite société. Ce qui est à l’œuvre ici c’est la volonté de réinterroger l’essence même de l’être et de sa disposition à se constituer et à s’envisager en société.  

Avec les travaux d’Auguste Comte (1798-1857) on peut percevoir une manière de repenser la question de la société naturelle

Chez Comte il n’est pas question à proprement parler d’animal politique comme chez Aristote, mais cette assertion selon laquelle un individu ne peut point se penser en dehors du fait sociologique s’en rapproche fortement.

La notion même d’individu est chez lui hors de propos en ce qu’elle ne résulte que de l’analyse, c’est-à-dire d’une réflexion ultérieure au fait sociologique, et donc à l’expérience vécue et réelle de ce qu’est une société.

Chez Ferdinand Tönnies (1855-1936) également on assiste, d’une autre manière, à la réactualisation du concept de la société naturelle. Il distingue ainsi la Gemeinschaft, une société organisée sur le principe de la communauté, de la Gesellschaft, une société organisée sur le principe du marché économique.

Avec la Gemeinschaft, on retrouve chez Tönnies cette disposition de la volonté naturelle à puiser en l’homme cette nécessité de se constituer en société pour atteindre à sa réalisation et à son essence. Ici le désir de cohésion sociale prévaut sur la contrainte du particulier à s’allier à autrui pour engager la poursuite de ses propres intérêts.

Citation : « La décomposition de l’humanité en individus proprement dits ne constitue qu’une analyse anarchique, autant irrationnelle qu’immorale, qui tend à dissoudre l’existence sociale au lieu de l’expliquer, puisqu’elle ne devient applicable que quand l’association cesse. Elle est aussi vicieuse en sociologie que le serait, en biologie, la décomposition chimique de l’individu lui-même en molécules irréductibles, dont la séparation n’a jamais lieu pendant la vie. […] Suivant un principe philosophique posé, depuis longtemps, par mon ouvrage fondamental, un système quelconque ne peut être formé que d’éléments semblables à lui et seulement moindres. Une société n’est donc pas plus décomposable en individus qu’une surface géométrique ne l’est en lignes ou une lignes en points ». Auguste  Comte, Système de politique positive.

IV. Conclusion

La société est ce que l’on vit et pourtant l’évidence de l’expérience qui en est faite se dissipe dès lors que l’on tente de l’expliciter.

Les modèles de la société naturelle, de la société étatique, ou encore de la société communautaire, sont ainsi les reflets d’une réalité qui ne cesse d’alterner circonscription de son être et dépassement de cette dernière comme principe même de sa réalisation.

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