La liberté - Philosophie - Terminale S

La liberté - Philosophie - Terminale S

Nous mettons à votre disposition ce cours de Philosophie, rédigé par notre professeur, sur le chapitre de la liberté.

Ce cours présente la liberté comme une valeur et un idéal. Entre autres, vous verrez que la liberté peut être perçue comme une valeur et un idéal, que les juristes et les théologiens sont les premiers penseurs de la liberté et qu'il existe des objections à la liberté en psychologie classique et en sociologie.

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Document rédigé par un prof La liberté - Philosophie - Terminale S

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I. Liberté = valeur et idéal

Paul Valéry, Regards sur le monde actuel  « Liberté: un de ces détestables mots qui ont plus de valeur que de sens; qui chantent plus qu'ils ne parlent; qui demandent plus qu'ils ne répondent; de ces mots qui ont fait tous les métiers »

Premier sens: un être est dit libre s'il agit sans contraintes et si son action n'est empêchée par aucun obstacle. Reste que cette définition est trop imprécise car tout obstacle à notre action n'est pas forcément une contrainte.

Ainsi un être libre n'est pas simplement un être dont l'action n'est pas empêchée mais aussi un être qui peut apparaître et s'affirmer comme l'auteur et le maitre de ses actes. Conscience et liberté sont donc inséparables.

Être libre c'est être responsable, en agissant librement je revendique mes actes et en répond comme l'auteur.

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La Liberté ou la Mort - Jean-Baptiste Regnault - 1795Nous observons que la liberté est représentée sous la forme de la République. On offre au peuple le choix entre la liberté, ou la mort. 

II. Premiers penseurs de la liberté: juristes et théologiens

C'est le choix qui permet de nous reconnaître comme l'auteur et le maître de nos actes. Il implique donc que notre volonté seule est la raison d'être de nos actions. Choisir c'est contredire la nécessité et tout choix est par essence imprévisible. Ainsi un acte libre est un acte imprévisible.

Le Choix, qui est expérience de la liberté, ne s'explique que par lui-même. Par conséquent être libre c'est poser son choix comme un commencement absolu.

Condition nécessaire de la liberté: affirmation de l'indépendance absolue de notre volonté, de notre faculté de choisir. Je suis libre en tant que je suis doué de libre-arbitre, que j'ai la faculté de choisir une chose plutôt que son contraire, de faire une chose ou non, d'affirmer ou de nier, de désirer ou non etc., sans que rien ne puisse limiter en moi un tel pouvoir.

Descartes, Méditations métaphysiques (Quatrième méditation) : C'est parce que nous faisons en nous l'épreuve d'un tel libre-arbitre, d'une volonté illimitée, que nous faisons l'expérience de notre  liberté, sans attendre d'autres preuves de cette liberté. Notre liberté se découvre à nous par un caractère infini de notre volonté, parce que je puis vouloir autant que je veux et tout ce que je veux, vouloir une chose ou son contraire, même s'il ne m'appartient pas bien sûr de pouvoir avoir tout ce que je veux. Ce caractère infini de notre volonté est ce qui nous fait ressembler à Dieu. Ce libre arbitre est confirmé en tant qu'il s'atteste comme  liberté d'indifférence (volonté que rien ne soumet). Nos choix ou nos actes ne peuvent jamais être totalement prévisibles.

Pour Père Meslan, la volonté absolue est une forme d'ignorance car pour choisir indifféremment il faut en savoir le moins sur les choses.

Réponse de Descartes dans la Lettre au père Meslan,  il semble bien difficile de supposer que, connaissant ce qui est un bien et ce qui est un mal, nous fassions le choix du mal. Cela serait absurde. Néanmoins, même si dans la pratique, nous ferons le choix du bien, dans l'absolu nous pouvons faire le choix du mal, et ce en toute connaissance de cause dans la mesure où rien ne saurait absolument déterminer notre volonté. « il nous est toujours permis de nous empêcher de poursuivre un bien qui nous est clairement connu, ou d'admettre une vérité évidente, pourvu seulement que nous pensions que c'est un bien de témoigner par là de notre libre-arbitre ».

Conclusion de Descartes, seul un être libre peut être méchant, peut se tromper, dans la mesure où il ne saurait y avoir d'erreur que pour un être capable de choisir.

III. Le déterminisme

Rien de se qui se produit n'est dû au hasard, c'est le principe selon lequel se fondent toutes les lois de la nature. Expliquer c'est réduire une chose à ses causes, c'est l'éclairer à partir de ses causes. Il semble dès lors impossible de concilier l'ordre de la nature et le règne de la liberté. Kant, Critique de la raison pure : il y a opposition entre la conception du monde que réclame l'entendement et celle que réclame la raison. L'entendement veut que dans la nature tout soit déterminé. Selon la raison, on ne peut qu'affirmer l'existence d'une causalité libre, celle dont la volonté humaine est l'expression car si l'homme n'était pas tenu pour libre, il ne pourrait répondre d'aucun de ses actes. Renoncer à sa liberté, c'est renoncer au droit et à la morale, autrement dit à toutes les valeurs qui donnent sens à l'idéal d'humanité.

Antinomie (opposition logique de deux thèses): d'un côté, si on définit l'homme comme un être libre on devra renoncer à une science de l'homme, de l'autre, si l'on considère la liberté comme une illusion métaphysique, comment donner encore sens à la condition humaine?

IV. Objection de la psychologie classique

L'autonomie est une affirmation de la liberté : est  autonome, un être qui obéit à une loi qu'il s'est donné lui-même. Il y a donc dans l'idée d'autonomie, l'affirmation d'une capacité qu'aurait l'homme de se régler sur sa raison et non simplement d'être dirigé par des désirs ou des penchants qui l'entraîneraient malgré lui. 

Nous n'avons pas spontanément la maîtrise volontaire de nous-mêmes. En ce sens comme disaient les Anciens, « Je vois le meilleur et je fais le pire ». La volonté est impuissante, quand elle se réduit à une simple affirmation, et ne saurait à elle-seule garantir la liberté face à nous-mêmes.

Cette liberté-ci telle que nous serions pleinement en accord avec nous-mêmes, sujets et maîtres de notre expérience, est sans doute l'enjeu même de toute quête de liberté.

V. Objections de la sociologie

Il y a un déterminisme social permettant d'expliquer le comportement des individus par rapport à leur appartenance sociale, ainsi les comportements individuels ne seraient pas l'expression de la liberté de chacun.

Durkeim, Règles de la méthode sociologique : « on aura souvent la satisfaction de voir les faits en apparence les plus arbitraires présenter ensuite à une observation plus attentive des caractères de constance et de régularité, symptômes de leur objectivité ». Dans le Suicide, la variation des taux de suicides dans une société est corrélative des bouleversements économiques de la société en question.

Tous les désirs, les comportements et les aspirations individuelles sont le produit de rapports sociaux. Jean Baudrillard (grand sociologue français) Pour une critique de l'économie politique du signe, montre que je ne consomme pas une chose parce que je la désire par moi-même mais parce qu'il faut désirer cette chose si je veux espérer être reconnu par les autres.

Hegel: plus un objet est désiré par d'autres plus je le désirerai.

Pierre Bourdieu: L'origine socioprofessionnelle d'un élève et de ses parents déterminent complètement le parcours scolaire de l'enfant. Les  chances qu'il y ait un ascenseur social sont quasi-nulles.

Descartes, Méditations métaphysiques (Quatrième méditation), la liberté d'indifférence est « le plus bas degré de la liberté ». Le savoir est la condition fondamentale de la liberté: on ne saurait choisir librement qu'en sachant pourquoi on fait un tel choix. Plus mon choix est informé, plus il est guidé par mon savoir, plus il est libre.

Spinoza, l'Ethique et la Lettre à Schuller: nous nous croyons libres, nous croyons nous déterminer par nous-mêmes à faire ce que nous faisons uniquement parce que nous ne voyons pas les causes qui nous déterminent à agir. La liberté de pensée comme l'indépendance de notre volonté n'est rien d'autre que l'expression de notre ignorance. Nous croyons être la cause exclusive de nos actes sans voir les causes immédiates qui les déterminent. L'idée que nous disposerions d'un libre arbitre n'est qu'une illusion pour Spinoza. Plus je m'efforcerai de comprendre quelle est ma position au sein de la nature, plus je comprendrai ma nature propre et plus je cesserai de me bercer dans l'illusion que tout ce que je fais ne dépend que de ma volonté, plus je serai en mesure de changer ma position de régler mes actes selon ce qui est le meilleur pour moi.

Pour Spinoza la liberté ne consiste pas à s'exclure des lois naturelles mais à connaître ces lois pour mieux s'inscrire dans cet ordre, à connaître ma propre nature pour tendre vers ce qui me procure de la joie et me détourner de la tristesse. « l'homme n'est pas un empire dans un empire »: il est une partie de la nature et ne parvient à la liberté que  dans la mesure où il prend conscience de sa position.

Agir c'est nécessairement rencontrer un certain nombre de limites et de contraintes. 

Goethe (poète allemand): « celui qui veut de grandes choses doit savoir se limiter ». Dès lors vouloir une liberté infinie c'est vouloir une liberté imaginaire. 

Hegel, Encyclopédie de l'esprit: critique de la belle-âme (volonté qui demeure à l'état de souhait) parce qu'elle se contente de rêver. La belle-âme sait qu'en affrontant le réel et les limites qui le déterminent, elle devra renoncer à l'infini qu'elle désirait. La belle-âme « est certes belle mais elle est morte » La liberté ne consiste pas à fuir le réel mais à l'affronter.

 Il ne s'agit pas de cesser de rêver mais de donner à la réalité la forme de nos rêves. 

VI. La liberté est un idéal ambigu

D'un côté elle engage une indépendance radicale de l'autre elle suppose une volonté de maitrise et de conquête du réel par l'action et la connaissance. La liberté dans ce cas est inséparable d'un effort de libération d'émancipation qui affronte le réel et les contraintes qu'il nous impose. Elle est à la fois une révolte face au réel, une révolte qui peut prendre une forme irrationnelle et en même temps l'effort pour faire face à notre condition, l'éclairer par notre raison et lui donner sens dans l'action.

La liberté peut apparaître comme ce qui donne sens à notre condition, l'idée d'humanité est une exigence et un idéal. Être humain c'est chercher à le devenir. Ainsi l'humanité ne prend sens que tant que l'homme affirme librement son identité comme un idéal à conquérir. La culture est l'expression de la façon dont l'homme cherche à donner sens à sa liberté dans son histoire.

La morale engage un certain nombre de règles, d'interdits, d'impératifs qui peuvent apparaître comme autant de restrictions à notre liberté. Agir moralement ce n'est pas faire ce que je veux mais c'est faire ce que je dois faire. Or, qui réduit la morale à une pure contrainte oublie que la liberté est le fondement même de la morale. 

La morale suppose comme condition de possibilité un être volontaire et capable de se reconnaître dans ses actes. Loin que la morale soit réductible à une contrainte, les devoirs qu'elle affirme n'ont de sens et de valeurs que pour un être libre. Tout acte moral est l'expression d’une liberté en acte.

Un être moral affirme son pouvoir d'autonomie.

Kant, Critique de la raison pure, morale est l'expression la plus haute de notre liberté et de notre dignité humaine. L'homme affirme sa liberté dans la mesure où il n'est pas simplement un  être sensible mais aussi et essentiellement un  être intelligible (doué d'intelligence). Ainsi la morale révèle en tout homme une liberté essentielle: une liberté face à soi-même qui se signifie par cette capacité de faire choix de soi-même.

La morale loin de limiter notre liberté affirme au contraire une liberté proprement humaine, celle d'un être capable de décider du sens de ses actions et qui n'est jamais le pur pantin de ses passions et de ses appétits. La morale suppose bien ainsi l'affirmation de notre liberté car elle suppose un être qui refuse d'obéir aveuglément sans avoir interrogé la valeur de ses actions. C'est d'ailleurs cette autonomie et cette exigence de pensée qui distinguent fondamentalement le devoir de la contrainte.

Devoir: obéissance à une loi reconnue comme légitime.

Contrainte: obéissance forcée.

Il n'y a jamais d'autorité supérieure en matière de devoir: mon premier devoir est de faire usage de ma raison.

Kant, La religion dans les limites simples de la raison, l'immoralité ne procède pas de l'affirmation de notre liberté mais elle procède au contraire du renoncement de notre liberté.

De prime abord on pourrait considérer les lois comme autant de contraintes et de limites à notre liberté. Elles peuvent apparaître comme des restrictions nécessaires à l'indépendance des membres de la société. Ainsi, les lois seraient des contraintes nécessaires qui en restreignant la liberté de chacun empêcheraient les libertés de se nuire et ce faisant de s'annuler les unes les autres. Vivre en société suppose bien que chacun renonce à son indépendance naturelle, c'est à dire cette liberté dont il jouirait en dehors de toute loi commune.

John Locke, Second traité du gouvernement civil, « ce n'est pas séquestrer quelqu'un que de lui rendre inaccessible les marécages et les précipices ». Les lois n'ont pas pour finalité de limiter notre liberté mais de nous détourner d'actions mauvaises, voire inhumaines. Ce n'est pas la liberté que la loi limite mais au contraire toutes les formes de violences qui menacent les libertés individuelles.

Les seules conditions rationnelles du pacte civil qui unit les hommes sont de reconnaître la liberté comme la finalité première de cette association ainsi, les membres d'une société ne s'associent qu'en vue de donner force et réalité à la liberté de chacune par cette alliance. La liberté est ainsi le fondement même du contrat qui unit les hommes et donne sens aux lois, elle est la finalité des lois mais aussi l'idéal au nom duquel on peut légitimement les critiquer, toutes les fois où elles cessent, justement, de servir notre liberté. Nul ne peut faire de la loi l'instrument de sa propre volonté aux dépens des autres et s'accorder ainsi des privilèges.

La loi politique ne vaut et n'est légitime que tant que chacun peut y reconnaître l'expression de sa propre volonté et de sa liberté, reconnaissance qui, seule, peut motiver l'obéissance à la loi.

L'autonomie commune, le fait de se donner en commun des lois, est le moyen des libertés individuelles. En obéissant aux lois, je ne renonce pas à ma liberté, je la rends possible.

L'obéissance aux lois est inconditionnelle que si les lois sont bien l'expression de la volonté générale. Ce ne sont pas les lois qui limitent notre liberté, c'est au contraire l'exigence de liberté, qui limite les lois. Les lois ne peuvent définir notre liberté que tant qu'elles servent notre liberté. Sans cela elles ne sont plus que de vulgaires contraintes.

Notre humanité serait ainsi solidaire de l'affirmation d'une liberté fondamentale en tout homme.

C'est bien une telle solidarité que Jean-Paul Sartre veut souligner en disant: « nous sommes condamnés à être libres ». L'homme est un être qui peut répondre de lui-même en tant qu'il peut faire choix de lui-même. Comme le souligne Sartre,  « l'important ce n'est pas ce qu'on a fait de nous mais ce qu'on fera de ce qu'on a fait de nous ».

Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal,  la barbarie a essentiellement pour origine le renoncement à la liberté. Eichmann fut l'un des maîtres d'œuvre de la solution finale, sous le régime nazi, entre 1942 et 1945, autrement dit l'un des organisateurs de la mort systématique de millions d'individus, dont le seul crime était d'être né quelque part et de partager une culture. Renoncer à faire usage de son libre-arbitre et de sa pensée, renoncer à la liberté d'exercer sa raison et de demander raison à l'autre, renoncer à protester et à désobéir, renoncer ainsi à choisir et à se choisir c'est bien ça la barbarie.

Primo Lévi, Si c'est un homme, reconnaît dans le renoncement à la liberté l'origine de toute barbarie.

La liberté nous renvoie à notre responsabilité face à l'humanité entière. Être homme, c'est ainsi ne jamais pouvoir faire comme si nos actes, parce que justement nous en faisons choix, n'engageait pas le choix que nous faisons de la condition humaine. Selon Sartre, tout choix est l'expérience d'une angoisse fondamentale est cela, non pas simplement parce que choisir me met face à mon destin individuel mais, parce qu'en choisissant pour moi, je fais choix d'une certaine idée de l'humanité. En ce sens l'expression de notre liberté ne se réduit jamais à une décision égoïste: le choix singulier que je fais de moi-même est aussi une façon de risquer une certaine idée de l'homme. 

Fin de l'extrait

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