La démonstration - Philosophie - Terminale S

La démonstration - Philosophie - Terminale S

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Le contenu du document

Dans ce cours sur la démonstration, il va s’agir de voir que la démonstration n’est pas qu’une affaire de théorie et d’épistémologie bien lointaine de la réalité. 

Certes, la démonstration, son but premier, est bien de fonder nos connaissances, d’en garantir la véridicité, les bases, en approfondissant toujours les choses, en cherchant à rendre visible l’invisible de notre savoir (les causes, les raisons, les enchaînements logiques). 

Mais elle est souvent brandie par des sophistes, rhéteurs et politiques pour orienter la pensée d’un auditoire dans un but particulier, orienter des actions ! La démonstration est donc un outil majeur, magistral, loin de n’exister que dans le champ du savoir. 

Il faut donc en connaître les tenants et aboutissants, comprendre ce qu’elle est, son importance (elle apporte un crédit supplémentaire à nos connaissances, contrairement à l’intuition qui elle n’est pas fondée et ne garantit pas la véridicité de ce qu’elle impose), mais ses limites aussi afin de pouvoir toujours la manier avec justesse et authenticité.

PRÉREQUIS

Aucun prérequis, c’est un cours de débutant en philosophie, aucune crainte ! Il faut juste être vigilant quant aux distinctions conceptuelles employées et au vocabulaire spécifique utilisé.

OBJECTIFS

L’étymologie (apodeixis) et l’origine aristotélicienne de la démonstration ; La démonstration, un processus discursif, rationnel ; La démonstration dans ce qu’elle est absolument : logique et mathématique ; La démonstration et ce qu’elle n’est que partiellement : preuve et évidence ; La mathématique universelle de Leibniz ; Les syllogismes démonstratifs, dialectiques et éristiques d’Aristote ; Démonstration et sophisme ; Euclide et les principes géométriques ; Descartes et le poids de l’intuition ; La recherche des causes et la garantie de la vérité ; Les limites de la démonstration dans ses fondements indémontrables ; La nécessité de fonder les fondements chez Frege et Aristote ; L’impossibilité de tout démontrer et la facticité du projet démonstratif chez Pascal.

Introduction

A. Définition

Il y a le mot “montrer” dans le mot “démonstration”, ce qui évoque l’exposition au regard d’un public la vérité d’une assertion, d’un raisonnement, une idée de preuve donnée à voir. 

L’objectif d’une telle « monstration » est de rendre indubitable la conclusion mise à l’épreuve, elle vérifie la viabilité d’une théorie et sa cohérence. La démonstration est donc suspendue à une logique.

Il faut bien comprendre trois aspects de la démonstration :

  • La démonstration est un processus, c’est-à-dire une série d’actes conduisant à une conclusion, et cela en suivant un ensemble de règles. Elle n’est pas spontanée, elle s’étend dans une suite logique.
  • Deuxièmement, elle est de nature discursive, c’est-à-dire qu’elle s’exprime dans des discours, des énoncés, qu’elle est extériorisée, au contraire de l’intuition qui se situe seulement dans l’esprit de celui-qui la ressent.
  • Enfin, elle engage un raisonnement des deux côtés, du côté de celui qui l’effectue et du côté de celui qui la reconnaît valide, et ce n’est d’ailleurs que par ce raisonnement, sa logique, que la démonstration “montre”, “prouve”.

 

Ainsi, la démonstration ne peut pas être sans la déduction, puisqu’elle est en effet à comprendre comme une déduction destinée à prouver la vérité de sa conclusion en s'appuyant sur des prémisses (des points de départ logiques, comme les axiomes, les postulats) reconnues ou admises comme vraies.

B. Origine : le syllogisme aristotélicien

Aristote est le premier à analyser et définir le concept de démonstration (apodeixis en grec). La démonstration est pour lui un type spécifique de syllogisme.

Et un syllogisme c’est un raisonnement déductif, produisant une connaissance, et qui, à partir de deux prémisses permet de tirer une conclusion. L’exemple de syllogisme le plus célèbre est sans doute le suivant :

  • À partir des deux propositions : « Tous les hommes sont mortels » et « Socrate est un homme », on peut déduire que « Socrate est mortel ».

La science du syllogisme est une science des formes du raisonnement, des différents enchaînements et combinaisons de proposition (universelles : « tous les… », existentielles : « il existe un… ») à partir de laquelle on peut juger de la validité des raisonnements indépendamment de ce à quoi renvoient les termes dans la réalité (« les hommes », « Socrate »).

Aristote présente donc la démonstration comme un type particulier de syllogisme, ayant pour prémisses des principes premiers évidents et indémontrables. Le syllogisme démonstratif se présente selon lui comme l’outil premier de la science.   

C. Problématique

Pourquoi démontrer ? Quel est l’intérêt de la démonstration ?

N’est-ce pas un processus de pensée extrêmement lourd et rigide, qui n’aurait sa fin qu’en lui-même, la cohérence absolue d’un raisonnement mais si aride dans sa présentation qu’on s’en passerait bien ? La démonstration serait-elle alors un simple caprice d’un entendement qui se satisferait intérieurement de sa force logique ? Ou ne répond-elle pas bien plutôt à un véritable besoin épistémologique, de la connaissance, lorsqu’on serait par exemple en présence de vérités partielles qui nécessiteraient un degré d’assurance supérieur pour être parfaitement validées et atteindre la certitude absolue ?

En somme, quel rôle détient la démonstration en matière de connaissance, de vérité et de savoir ? Un rôle majeur ou un rôle accessoire ? Et comment comprendre son rapport à son autre, l’intuition, ce savoir quasi immédiat, spontané, ne nécessitant aucun détour discursif ? Sont-elles opposées ou complémentaires ?

I. LA DÉMONSTRATION, CE QU’ELLE EST (LOGIQUE, MATHÉMATIQUE) ET CE QU’ELLE N’EST PAS TOUT À FAIT (PREUVE, ÉVIDENCE)

A. La démonstration, une affaire de logique

La démonstration trouve son acte de naissance, on l’a vu, avec Aristote et sa théorie du syllogisme. Elle a donc pieds et mains liés avec la logique, puisque le syllogisme est lui-même au fondement de la discipline nommée logique.

La logique ouvre la possibilité d’une formalisation totale des processus de la pensée, d’une mise en forme de ces derniers qui assure leur cohérence et garantit leur bon déroulement. Certes, on peut juger que la logique n’occupe qu’un espace restreint dans l’ordre de la connaissance, tout comme Kant qui croyait ainsi que la logique d’Aristote était une science complète et achevée. 

Mais on peut aussi penser l’inverse, ainsi peu de temps avant lui, Leibniz avait émis un tout autre jugement en affirmant que tout raisonnement pouvait être ramené à un calcul, donc à une logique, et selon lui c’est même cela qui fait la force d’un raisonnement. 

Ce pourquoi Leibniz présente l’idée d’une mathématique universelle, d’une théorie de la démonstration qui ne contiendrait aucune faille. Il écrivit à cet égard, dans les Nouveaux essais sur l’entendement humain : « Je tiens que l’invention de la forme des syllogismes est une des plus belles et des plus considérables de l’esprit humain, et même des plus considérables. 

C’est une espèce de mathématique universelle dont l’importance n’est pas assez connue ; et l’on peut dire qu’un art d’infaillibilité y est contenu, pourvu qu’on sache et qu’on puisse s’en servir, ce qui n’est pas toujours permis ». 

Leibniz anticipait ainsi le renouveau de la logique au tournant des XIXème et XXème siècles, où l’on pense que pour parfaire la logique, il est absolument nécessaire que celle-ci use d’un ensemble de signes qui lui soit propre, qui soit distinct notamment du langage pour éviter tous les quiproquos et équivoques de ce dernier. 

Avec un système formel à part, la logique serait universelle et objective. Ce ne serait qu’ainsi que la rigueur des démonstrations ou chaînes de déductions permises se trouverait assurée.

On comprend dès lors que l’intuition n’a plus aucune place dans la démonstration, il s’agit bien de deux choses contraires et opposées, il faut démontrer, raisonner logiquement, pour asseoir la vérité d’une proposition, il ne suffit en aucun cas de l’intuiter d’une quelconque façon que ce soit.

REPÈRE. La démonstration est pieds et mains liés à la logique. Son but est précisément de déplier un raisonnement selon une grande cohérence de pensée, afin d’en asseoir la validité. Pas de démonstration sans logique, donc.

B. Le poids des mathématiques

C’est assez logiquement dans les mathématiques que la démonstration a acquis ses lettres de noblesse.

Prenons comme premier point de référence la géométrie, qui fut pour la première fois pensée en tant que telle par Euclide, dans son traité Éléments de Géométrie. La science géométrique a pour objet des figures ou plus exactement des relations entre points, droites, plans et espaces.

La méthode d’Euclide est axiomatique, c’est-à-dire qu’elle fonde la démonstration sur des définitions, des axiomes ou postulats, et des notions communes. 

Définitions, axiomes et postulats sont relatifs aux entités primitives (ex : « tous les angles droits sont égaux entre eux ») tandis que les notions communes sont des énoncés universels, évidents (« les choses qui sont égales à une même chose sont égales entre elles »). 

Ces propositions « de base » ne font pas l’objet d’une démonstration, elles sont ce qui permet cette dernière, ce à partir de quoi seront tirées, par déduction, toutes les vérités géométriques, les théorèmes. La démonstration est ainsi une chaîne déductive qui, à partir des définitions, axiomes, etc. et des théorèmes précédemment démontrés, déduit de nouveaux théorèmes. 

Le système euclidien, et plus généralement la méthode des mathématiques ont longtemps symbolisé l’idéal de la connaissance ; on y voyait alors la réalisation de la science au sens qu’Aristote avait donné à ce terme.

C’est pourquoi la philosophie s’est très souvent préoccupée d’évaluer la rigueur de sa méthode, l’exactitude de ses conclusions à l’aune de la science mathématique. 

L’exemple le plus remarquable de cette configuration mathématique de la pensée est probablement l’Éthique de Spinoza. L’éthique, comme réflexion et évaluation des actions et conduites humaines, est probablement l’un des domaines de connaissance dont on dirait le plus volontiers qu’il échappe aux procédés scientifiques.

Il n’en est rien pour Spinoza dont le sous-titre de l’ouvrage est : « démontrée selon l’Ordre Géométrique », ordre qui n’est rien d’autre que celui d’Euclide. On peut également citer Kant qui, lui, n’entend pas introduire la méthode mathématique en philosophie, mais voit dans les mathématiques le paradigme d’une connaissance valable a priori (avant toute expérience), connaissance par conséquent apodictique (évidente) et dont il s’agit de penser la possibilité en philosophie.

Autrement dit, la démonstration, sa configuration mathématique, ont de forts attraits quant à la puissance logique d’un raisonnement, à tel point que les mathématiques deviennent un modèle pour la pensée.

C. La démonstration et la preuve

Il ne faut pas toutefois pas confondre les notions de preuve et de démonstration. La preuve prétend, tout comme la démonstration, établir, rendre irréfutable la vérité, l’existence, la réalité de quelque chose, mais la preuve a avant tout pour fonction de supprimer le doute, l’incertitude (exemples : preuve de l’existence de Dieu, de la validité d’un calcul, etc.). 

La démonstration quant à elle est plus universelle, elle vaut pour tous et en tout temps tandis qu’il est possible que la preuve ne vaille que pour certaines personnes et dans certaines circonstances.

Ajoutons que s’il y a bien des preuves purement déductives, la plupart d’entre elles incluent des procédés d’induction (raisonnement à partir d’expériences ou connaissances particulières). En ce sens, la preuve contient des éléments d’incertitude, elle est affectée d’un degré de probabilité et fait l’objet d’un certain degré de croyance.

Si la démonstration vient valider la force logique d’un raisonnement et assurer la véridicité de ce dernier, elle n’est une preuve qu’au sens métaphorique du terme, elle n’est pas un signe de vérité, mais un moyen de cette dernière.

D. La démonstration et l’évidence

La démonstration, on l’a bien vu avec Aristote et Euclide, s’appuie sur des principes premiers et indémontrables, axiomatiques. En ce sens on pourrait penser que la démonstration contient une part sensible d’évidence, car qu’est-ce qui fait la validité des principes originels sur quoi se fonde la démonstration ?

Descartes par exemple affirme le rôle fondamental que jouent l’évidence et l’intuition en mathématiques. 

Ainsi entend-il par “intuition”, la conception d’une intelligence pure et attentive, conception si facile et si distincte qu’il ne subsiste absolument aucun doute au sujet de ce que nous intelligeons ainsi ; ou ce qui revient au même, une conception inaccessible au doute, conception de l’intelligence pure et attentive, qui naîtra de la seule lumière de la raison et qui, parce qu’elle est plus simple, est plus certaine encore que la déduction. 

Il poursuit son raisonnement en expliquant que chacun peut voir par intuition qu’il existe, qu’il pense, que le triangle est limité par trois lignes seulement, la sphère par une seule surface et des choses semblables, qui sont bien plus nombreuses que ne pourraient le penser la plupart des hommes, et il regrette que les hommes éprouvent du dédain à tourner leur esprit vers des choses si faciles. 

Descartes en vient même à se demander pourquoi, en plus de l’intuition, nous avons ajouté un autre mode de connaissance qui se fait par déduction ; par laquelle nous entendons tout ce qui conclut nécessairement d’autres choses connues avec certitude, bien qu’elles ne soient pas elles-mêmes évidentes du moment qu’elles sont déduites de principes vrais et connus, par un mouvement continu et interrompu de la pensée qui a l’intuition de chaque terme d’une manière distincte. 

Et de rajouter « C’est ainsi que nous savons que le dernier anneau de quelque longue chaîne est connecté au premier même si nous ne voyons d’un seul et même coup d’œil tous les intermédiaires dont dépend ce lien. 

Il suffit que nous les ayons parcourus un à un, et que nous nous souvenions que, du premier au dernier, chacun tient du précédent et du suivant. 

Nous distinguons donc ici l’intuition intellectuelle d’une déduction certaine en ce que l’on conçoit en celle-ci un mouvement ou une certaine succession et pas dans l’autre ; et que de plus, pour la déduction une évidence actuelle n’est pas exigée comme pour l’intuition, mais plutôt qu’elle tire sa certitude de la mémoire. 

D’où il s’ensuit, concernant les propositions qui sont la conséquence immédiate des premiers principes, qu’on peut dire, selon la manière de les considérer, tantôt qu’on les connaît au moyen de l’intuition, tantôt qu’on les connaît au moyen de la déduction ; mais les premiers principes eux-mêmes ne sont connus que par intuition ; et à l’inverse, les conditions éloignées ne peuvent être connues que par déduction » (Règles pour la direction de l’esprit, III). 

Descartes défend ainsi l’idée selon laquelle la simplicité de certaines vérités mathématiques rend impossible que quelqu’un se trompe à leur sujet ; ces vérités sont objets d’intuition. Descartes insiste même sur le caractère intuitif de certaines démonstrations ou déductions. 

Si l’évidence est bien pour Descartes ce qui “prouve” l’exactitude des mathématiques, elle pose néanmoins la question des fondements des mathématiques ; on peut ainsi se demander si elle n’enracine pas définitivement l’objectivité mathématique dans le sol d’une expérience (même si ce n’est qu’une expérience de pensée) présentant toujours un certain coefficient de subjectivité.

La démonstration n’équivaut pas à l’évidence à proprement parler, son objectif est même absolument contraire à l’évidence puisqu’elle suppose de déplier un raisonnement de a à z pour en montrer la validité, mais elle n’en est donc pas totalement étrangère dans ses postulats et axiomes.

REPÈRE. La démonstration n’est pas la preuve ni l’évidence à proprement parler, néanmoins elle n’y est pas absolument étrangère non plus : si la démonstration s’oppose à la preuve par son caractère universel, elle prouve toutefois la cohérence d’un raisonnement, et si elle s’oppose à l’évidence par l’explication logique qu’elle met en œuvre, elle démarre bien pour autant par l’évidence de ses principes axiomatiques premiers.

II. LES USAGES DE LA DÉMONSTRATION : POURQUOI DÉMONTRER ?

La démonstration n’est que la mise en œuvre, on l’a vu, d’opérations extrêmement logiques et formelles. 

Elle relève ainsi de contraintes précisément formelles qui peuvent sembler étrangères aux exigences du savoir, ou du moins à la manière dont celui-ci tend à se constituer naturellement. 

Il faut pouvoir rester concentrés et suivre la logique inhérente à la démonstration, cela suppose un véritable effort. Quel serait donc l’intérêt d’un tel effort ? Pourquoi démontrer si cela demande un travail supplémentaire pour l’esprit, une difficulté de plus ? Que gagne-t-on à démontrer ?

A. L’explication, l’approfondissement par la recherche des causes

On l’a vu, avec la démonstration, il s’agit sans doute moins d’acquérir de nouveaux savoirs, que de garantir l’assise d’une connaissance déjà là, mais partielle. 

En géométrie par exemple, la démonstration rend visible (montre, en référence à son étymologie) des rapports qui sans elles restent peu limpides, alors la démonstration assoit bien la vérité géométrique en rendant visibles les choses, le déroulement logique de ces vérités. 

Cela vaut aussi pour les sciences de la nature, dont on ne peut connaître les tenants et aboutissants qu’en mettant en évidence les causes : je ne peux être certaine de la météo qu’il fera demain que si je mets au jour tout ce qui implique cette météo, que si je révèle les causes : tel anticyclone, telle position de nuages, telle vitesse du vent, etc. 

La démonstration, si elle rend visible des causes, n’est alors plus un simple jeu formel, mais l’expression d’un ordre de dépendance établi dans les choses mêmes, un rapport de cause à effet. La démonstration approfondit donc nos connaissances, leur donne une assise en les expliquant, c’est-à-dire en en dépliant les causes.

B. Garantir la vérité ?  Du bon usage de la démonstration. Reconnaître une vraie démonstration …

La démonstration tient toute sa valeur de ses procédures formelles, c’est-à-dire du raisonnement déductif qui est son outil de base. Pourtant cela ne semble pas suffire pour garantir une vérité, car il semble tout aussi possible de prouver de manière rigoureuse des choses fausses ou paradoxales. 

Ce fut d’ailleurs tout le jeu des Sophistes, ceux contre lesquels luttaient un Socrate dans la Grèce antique, qui persuadaient leur auditoire par un esprit logique complètement biaisé et qui pouvaient ainsi faire avaler des couleuvres à n’importe qui ou presque. On retrouve de tels usages spécieux de la logique chez bon nombre de politiques !

Prenons à cet égard l’exemple d’un syllogisme faux, pour montrer que la démonstration peut en effet biaiser totalement la vérité :

« Tout quadrupède est un âne

Toute baleine est un quadrupède

Donc toute baleine est un âne. »

Ici tout est faux, les deux prémisses comme la conclusion, tout, sauf le raisonnement démonstratif. Donc la démonstration en elle-même ne suffit pas à garantir la vérité, il faut que les principes de base soient exacts, et ça, elle ne le démontre précisément pas, c’est hors de son champ.

Donc non, la démonstration en elle-même n’est pas garantie de vérité. Seul un bon usage de cette dernière la rend véridique et crédite la connaissance d’un degré supérieur d’assise.

Il faut donc systématiquement vérifier la validité d’un procédé démonstratif... Comment faire ? C’est Aristote le premier, dans les Topiques, qui s’est soucié de faire une théorie de la démonstration, une « syllogistique », qui fait l’inventaire des raisonnements déductifs valides. 

Il précise qu’il y a à proprement parler “démonstration” quand le syllogisme a pour point de départ des propositions vraies et premières, ou des propositions admises. 

Par contre c’est un syllogisme biaisé, qu’il nomme “éristique”, quand il part de propositions qui, tout en paraissant admises, ne le sont pas en réalité. Il faut donc vérifier, toujours, d’après Aristote, que ce qui se présente comme admis ou vrai soit véritablement admis ou vrai.

REPÈRE. Trois types de syllogismes chez Aristote, dont deux valides : le syllogisme purement démonstratif (portant sur des propositions certaines et vraies) et le syllogisme dialectique (portant sur des propositions admises, donc vraisemblables). Le syllogisme éristique quant à lui ne se soucie aucunement de la vérité, il est l’outil de prédilection des rhéteurs et sophistes pour réfuter quelqu’un.

Ainsi donc, la démonstration, si on n’en fait pas un moyen de pratiques de persuasion mal intentionnées, est bien un mode majeur pour l’établissement et l’authentification du savoir, malgré le procédé formel relativement lourd qu’elle mobilise. 

On lui préfère donc parfois l’évidence de connaissances parfaitement simples et claires par elles-mêmes, mais restent que ces évidences-là ne garantissent en rien de ne pas être trompeuses. La démonstration est plus lourde mais elle légitime nos certitudes, c’est sans doute là le prix à payer pour assurer nos connaissances.

III. LA DÉMONSTRATION A-T-ELLE DES LIMITES ?

A. Des principes indémontrables donc malgré tout discutables …

Selon les défenseurs de la démonstration, l’idée que certaines vérités pourraient s’exempter de démonstration incite à la méfiance. 

Et pourtant, il est impossible de tout démontrer et on l’a vu, dans la démonstration elle-même certaines choses ne sont pas démontrées / démontrables. 

Toute démonstration en effet mobilise des propositions dont la vérité est préalablement admise ou a été obtenue indépendamment de toute démonstration, ou est encore le produit d’une démonstration antérieure. 

Or, il est bien impossible dans le domaine de la connaissance d’envisager une régression à l’infini, la démonstration donc en pâtit puisque la part de l’indémontrable et de l’indémontré reste sensible.

Deux points de vue ici s’opposent alors :

 

  • Soit l’on considère, à l’instar d’Aristote, le caractère indémontrable des principes premiers comme l’expression d’une différence de statut entre les vérités principes et les autres, qui auraient besoin à la différence des premières d’être démontrées.
  • Soit l’on pense, ainsi que Pascal, que l’impossibilité de rendre compte de certaines vérités premières est la marque d’un échec radical du projet scientifique lui-même. Dans De l’esprit géométrique, il vante les vertus de la méthode démonstrative, mais tout en étant parfaitement conscient de ses limites. Ainsi écrit-il que : « Certainement cette méthode serait belle mais elle est absolument impossible car il est évident que les premiers termes qu’on voudrait définir en supposerait de précédents pour servir à leur explication et que de même les premières propositions qu’on voudrait prouver en supposeraient d’autres qui les précédassent ; et ainsi il est clair qu’on n’arriverait jamais aux premières. [...] Aussi, en poussant les recherches de plus en plus, on arrive nécessairement à des mots primitifs qu’on ne peut plus définir, et à des principes si clairs qu’on n’en trouve plus qui le soient davantage pour servir à leur preuve. »

B. Une solution : vérifier les fondements de la démonstration

Afin que la démonstration ne perde pas de son crédit en admettant de l’arbitraire et de l’indémontré dans ses principes premiers, il faut renforcer ses bases et garantir ses fondements logiques. Aristote le disait déjà en départageant, dans les topiques, différents types de syllogismes. 

Frege va plus loin, dans Les fondements de l’arithmétique, en disant qu’il faut toujours éprouver la démonstration par le doute et ne jamais considérer les axiomes de base comme absolument certains. 

Ainsi dit-il que « des formules numériques telles que 7 + 5 = 12 et des lois telles que celles de l’associativité ont été si souvent confirmées par d’innombrables applications quotidiennes qu’il peut sembler ridicule de les soumettre au doute et d’en réclamer une preuve mais [qu’]il est inscrit dans l’essence des mathématiques que partout où l’on peut donner une preuve, elle est préférable à une confirmation inductive. 

Une fois persuadé qu’un bloc de rocher est inébranlable parce qu’on a essayé sans succès de le faire bouger, on peut se demander ce qui le soutient si solidement. 

Plus on poursuivra la recherche, moins nombreuses seront les vérités fondamentales auxquelles on pourra tout ramener, et peut-être même pourra-t-on espérer atteindre les procédés généraux de la construction des concepts et l’art des principes fondamentaux pour tous les cas, même les plus complexes, en prenant conscience de ce que les hommes ont fait instinctivement dans les cas les plus simples, pour peu que l’on dégage ce qui est universellement valide en ceux-ci. »

Conclusion

La démonstration n’est pas du tout un outil superflu. Sa rigueur et sa lourdeur logique sont de véritables efforts, mais ne doivent pas être un frein pour la pensée. 

La démonstration sert à asseoir la véridicité des connaissances, à les légitimer et les garantir, pour celui capable de procéder à un tel travail discursif. Elle s’oppose ainsi à la simplicité de l’évidence ou de l’intuition, mais elle gagne en profondeur en ce qu’on sait pertinemment avec la démonstration que les fondements de nos connaissances mêmes les plus certaines sont vrais.

Toutefois elle a des limites, car la pensée humaine est marquée d’imperfection et de finitude. Ses limites se trouvent dans ses fondements, pour la plupart indémontrés et admis. 

Il faut alors pour garantir la fiabilité de la démonstration, son entière véridicité, œuvrer à une étude critique de ses fondements : vérifier un à un d’où ils viennent, leur portée et leur véridicité, afin d’éviter les jugements spécieux issus de syllogismes éristiques, adorés par les rhéteurs, les sophistes et les politiques. 

On le voit, la démonstration, ainsi, n’est pas qu’une affaire de théorie et de justesse épistémologique : elle a un fort poids dans le domaine de la pratique et de l’action humaine, que des discours politiques et sophistes peuvent tout à fait orienter...

LE PETIT + DANS TA COPIE

Lorsque tu dissertes sur la démonstration, il faut être parfaitement clair et conceptuel. Cette notion demande encore plus de clarté qu’une autre, puisqu’elle a trait au domaine de la connaissance. 

La dissertation de philo sur la démonstration sera une mise en abîme du concept même de démonstration, le correcteur attendra de toi un effort de rigueur, de logique et de pertinence conceptuelle encore plus aboutie !

POUR ALLER PLUS LOIN …

À lire le petit livre de Schopenhauer, De l’art d’avoir toujours raison, qui montre de manière simple comment l’on peut faire des sophismes à partir de démonstrations biaisées.

PROGRAMME COMPLET DE PHILOSOPHIE

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  1. La conscience
  2. L'inconscient 
  3. Le désir
  4. L'art
  5. Le travail et la technique 
  6. La religion 
  7. La démonstration 
  8. Le vivant 
  9. La matière et l'esprit 
  10. La vérité
  11. La société et l'État
  12. La justice et le droit 
  13. La liberté 
  14. Le devoir
  15. Le bonheur (1/2)
  16. Le bonheur (2/2)

 

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