Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac S Washington 2016

Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac S Washington 2016

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Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac S Washington 2016

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SUJET N°3 : EXPLICATION DE TEXTE

Le gouvernement arbitraire d’un prince juste et éclairé est toujours mauvais. Ses vertus sont la plus dangereuse et la plus sûre des séductions : elles accoutument insensiblement un peuple à aimer, à respecter, à servir son successeur quel qu’il soit, méchant et stupide. Il enlève au peuple le droit de délibérer, de vouloir ou de ne vouloir pas, de s’opposer même à sa volonté lorsqu’il ordonne le bien ; cependant ce droit d’opposition, tout insensé qu’il est, est sacré : sans quoi les sujets ressemblent à un troupeau dont on méprise la réclamation, sous prétexte qu’on le conduit dans de gras pâturages. En gouvernant selon son bon plaisir, le tyran commet le plus grand des forfaits. Qu’est-ce qui caractérise le despote ? est-ce la bonté ou la méchanceté ? Nullement ; ces deux notions n’entrent pas seulement  dans sa définition. C’est l’étendue et non l’usage de l’autorité qu’il s’arroge. Un des plus grands malheurs qui pût  arriver à une nation, ce serait deux ou trois règnes d’une puissance juste, douce, éclairée, mais arbitraire : les peuples seraient conduits par le bonheur à l’oubli complet de leurs privilèges, au plus parfait esclavage

Diderot, Réfutation suivie de l’ouvrage d’Helvétius (1783-1786)


PRESENTATION

Texte de Diderot, philosophe français du XVIIIe siècle, qui porte exclusivement sur des questions politiques, et notamment sur le problème des sources de légitimité du pouvoir politique. 

L’extrait est dans l’ensemble relativement simple à comprendre, mais si la thèse est plutôt bien exprimée, il faut cependant faire attention à la dégager avec clarté, en la distinguant notamment des arguments sur lesquels elle repose. 


INTRODUCTION

Dans ce texte, extrait de La Réfutation d’Helvétius, Diderot s’interroge sur ce qui légitime le pouvoir politique. Plus précisément, il s’agit de se demander ce qui caractérise l’autorité d’un despote. 

Ainsi pour l’auteur, un despote ne se définit pas selon le contenu de son « programme », mais avant tout par la nature et l’étendu du pouvoir qu’il s’attribue. Par conséquent, dans ces conditions, le pire n’est pas un prince mauvais, mais bien le contraire car le cas échéant, la sympathie qu’il s’attirerait ferait oublier au peuple sa toute puissance. 

La thèse de Diderot peut étonner : pourquoi remettre en question un régime politique dont les mesures satisferaient les individus gouvernés ? Ce n’est pas tant que ce texte à une profonde portée théorique (déterminer avec précision ce qu’est un despote ; penser le politique en dehors de ses applications concrètes), mais plutôt qu’il s’inscrit dans sur le long terme. En effet, pour Diderot, le prix à payer pour les générations futures serait d’autant plus dur ; et la liberté individuelle, qui n’a pas plus de forme précise que ne le prend le pouvoir, serait mise à mal. 

Pour construire son argumentation, l’auteur fonctionne en quatre temps. Le premier lui permet d’exposer la thèse. Dans le second, il insiste sur le droit fondamental du peuple de s’opposer à son dirigeant. Dans un troisième temps, il définit la nature du despote, pour, enfin, expliquer sa thèse avec plus de précision. 


PREMIERE PARTIE

« Le gouvernement arbitraire d’un prince juste et éclairé est toujours mauvais. »

Il s’agit ni plus ni moins de la thèse de l’auteur. La formule étonne, du fait de la dépréciation d’une politique « juste » et « éclairée ». Mais il faut précisément s’appesantir sur l’aspect arbitraire d’une telle politique : c’est parce qu’elle ne possède aucune légitimité qu’elle est mauvaise. 


 « Ses vertus sont la plus dangereuse et la plus sûre des séductions […] »

L’auteur va plus loin : c’est justement par ses qualités que le gouvernement arbitraire pose problème. A travers la notion de « séduction », Diderot laisse envisager que les vertus apparentes peuvent devenir un instrument d’autorité.  


« […] elles accoutument insensiblement un peuple à aimer, à respecter, à servir son successeur quel qu’il soit, méchant et stupide. »

Diderot s’explique alors. Les qualités d’un dirigeant poussent assez naturellement son peuple, qui s’y retrouve, à l’apprécier et à le suivre, presque aveuglément. Les conséquences se mesurent sur le long terme : un prince qui gagne la confiance de son peuple s’assure une image positive, dont pourra profiter celui ou ceux qui, lui succédant, sauront capitaliser dessus dans l’illusion. Rien alors ne s’opposera à l’arrivée d’un dirigeant cette-fois mauvais. Or comme va l’expliquer Diderot, le droit de s’opposer à l’autorité est fondamental. 


DEUXIEME PARTIE

« Il enlève au peuple le droit de délibérer, de vouloir ou de ne vouloir pas, de s’opposer même à sa volonté lorsqu’il ordonne le bien […] »

C’est ici la conséquence d’un règne juste et éclairé : en s’attirant la confiance, il supprime la nécessité, et jusqu’à l’idée même, de s’y opposer. Or justement le peuple n’est pas un jouet. Il ne s’agit pas seulement pour Diderot, à l’image de certains théoriciens politiques, de déterminer ce qui est le mieux pour le peuple ou pour l’Etat, mais de mettre les individus dans la position où ils peuvent faire ce choix eux-mêmes. Le cas où le dirigeant est bon est certes radical, mais ne doit en aucun cas remettre ce droit en question :  


« […] cependant ce droit d’opposition, tout insensé qu’il est, est sacré […] »

Un cas radical donc, qui peut générer des réactions en apparence « insensées », écrit-il, mais qui au fond permet de défendre la critique ou l’opposition en tant que tels. 


« […] sans quoi les sujets ressemblent à un troupeau dont on méprise la réclamation, sous prétexte qu’on le conduit dans de gras pâturages. »

C’est bien ce dont il est question ici : le droit et le pouvoir inhérents à l’individu et donc au peuple de ne pas simplement obéir, quelle que soit la nature des ordres qui sont donnés. Diderot utilise la métaphore du troupeau afin de distinguer l’exception humaine : l’homme, quel que soit son statut ou son rang, doit pouvoir jouir de ses libertés. 


« En gouvernant selon son bon plaisir, le tyran commet le plus grand des forfaits. »

C’est donc parce que, et seulement parce que le dirigeant gouverne selon ses propres choix et non ceux du peuple qu’il devient un tyran. 


TROISIEME PARTIE

« Qu’est-ce qui caractérise le despote ? […] »

La question qui se pose alors est celle de la nature du despote, dont la définition ne peut se limiter à ses décisions. 


« […] est-ce la bonté ou la méchanceté ? Nullement ; ces deux notions n’entrent pas seulement dans sa définition »

C’est ici que la réflexion de Diderot concernant le pouvoir prend toute son importance : justement, elle glisse du contenu du pouvoir à la légitimité du pouvoir elle-même. La question n’est pas de savoir si un dirigeant gouverne bien ou mal, dans le sens du peuple ou non. Ce n’est tout simplement pas à travers cela que l’on détermine un despote. 

« Nullement ; ces deux notions n’entrent pas seulement dans sa définition. C’est l’étendue et non l’usage de l’autorité qu’il s’arroge. »

Conformément à ses arguments précédents, Diderot insiste sur la notion de légitimité. Il faut distinguer l’usage du pouvoir de son étendue, et seule la seconde nous renseigne sur la nature d’un dirigeant. Autrement dit, la question n’est pas savoir s’il fait le bien ou le mal, mais de savoir comment il le fait, et s’il le fait à travers la contrainte ou pas. C’est à partir de cette définition du pouvoir que Diderot juge un despote, et il est nécessaire de la comprendre pour saisir sa thèse dans sa globalité. 


QUATRIEME PARTIE

Ceci étant expliqué, Diderot peut revenir à la thèse exposée au début de l’extrait, en la prolongeant. 


« Un des plus grands malheurs qui pût arriver à une nation, ce serait deux ou trois règnes d’une puissance juste, douce, éclairée, mais arbitraire : les peuples seraient conduits par le bonheur à l’oubli complet de leurs privilèges, au plus parfait esclavage. »

Le fond du problème est la légitimité politique, et une autorité arbitraire n’a pas cette légitimité. Aussi, quelle que soit la forme que prend cette autorité, c’est-à-dire quelles que soient les décisions et les mesures concrètes qu’elle décide, bonnes ou mauvaises, justes ou injustes, elle ne pourra se révéler acceptable. La raison étant que l’on finira toujours par le regretter. Aussi est-il préférable qu’un pouvoir illégitime affiche immédiatement de mauvaises intentions (dans le sens : défavorables à la liberté individuelle des individus gouvernés), sans quoi la sympathie qu’on lui accorderait, la grandeur qu’il acquerrait, seraient une menace aux libertés individuelles en neutralisant, dans la douceur de l’habitude, toute forme d’opposition. 

Fin de l'extrait

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