Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac S Washington 2016

Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac S Washington 2016

Voici le corrigé du sujet 1 de Philosophie du Bac S de Washington 2016.

"Travailler, est-ce seulement mettre en oeuvre des techniques ?" est le premier sujet proposé à l'épreuve de Philosophie du Bac S de Washington 2016. Dans cette correction, notre professeur de philosophie a rédigé entièrement la réponse au sujet afin que vous puissiez comprendre ce qui était attendu lors de cette épreuve.

Téléchargez gratuitement ci-dessous la correction du sujet 1 de philosophie du Bac S de Washington 2016.

Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac S Washington 2016

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SUJET 1 : TRAVAILLER, EST-CE SEULEMENT METTRE EN ŒUVRE DES TECHNIQUES ?


INTRODUCTION

Par le travail, l’homme a toujours cherché à répondre à ses besoins, désirs et desseins par une action de transformation de la nature. Celle-ci requiert un certain savoir-faire : une maitrise intellectuelle des procédures et une maitrise pratique de production, qui se cristallisent dans ce que nous appelons la technique.   

Seulement, avec le temps et l’évolution de la civilisation, on assiste à une perte de technique qui se manifeste dans une forme de transfert, ou de délégation : si à l’origine, c’était à l’homme que revenait la mise en œuvre des techniques, on constate que celles-ci sont de plus en plus souvent déléguer à l’autorité de la machine. 

Il faut donc s’interroger sur la nature de ce transfert et ses conséquences possibles. Car dès lors l’homme perd la maitrise de la technique, ne perd-il pas aussi la maitrise de son travail ?  

Pour répondre à cela, nous verrons dans un premier temps que le travail est fondamentalement lié à l’application d’une technique humaine, pour dans un second temps essayer de comprendre les conditions de son transfert. Enfin, nous nous intéresserons aux conséquences de celui-ci.  


L’HOMME, LA TECHNIQUE ET LE TRAVAIL

- Bien davantage que les animaux, même les plus évolués et intelligents, l’homme se distingue par le rapport qu’il entretient avec la nature, avec son environnement. Celui-ci en effet est porté sur la transformation et la production. Bergson explique que l’homme n’est pas seulement « savant » (Homo sapiens), mais aussi et surtout un « technicien » (Homo faber), autrement dit que son intelligence se manifeste dans la fabrication d’outils artificiels. L’intelligence de l’homme est une intelligence technique, et c’est à travers elle qu’il se définit dans son rapport au monde : sa fonction professionnelle est indissociable de lui et de sa technique. 

- L’usage de la technique mobilise donc l’homme tout entier : son intelligence, son organisme et éventuellement des outils lorsqu’il commence à en fabriquer. Comme l’écrit Mauss, le premier et le plus naturel des instruments reste l’organisme, le corps humain : il le qualifie d’ailleurs « d’objet technique naturel ». Pour Aristote, ce qui fait la grandeur et la supériorité de l’homme réside dans les multiples capacités de ses mains : elles supposent un prolongement (de l’esprit et du corps) dans les richesses illimitées de l’outil. L’association homme-instrument est donc la base de l’action de transformation de la nature, par lequel l’être humain définit son travail. Mais il faut remarquer une chose : dans cette configuration, l’homme garde précisément la maitrise de sa technique ; l’outil, inerte et inanimé, est entièrement soumis à la volonté et l’intelligence humaine. 


Transition : le fait est que va succéder à l’outil une nouvelle forme d’instrument, cette fois relativement autonome, qui en change la nature. 


SUR LE TRANSFERT DE LA TECHNIQUE

- Le travail, par la technique, est peut-être une des fonctions fondamentales de l’homme. Ce n’est pas pour autant qu’il doit occuper la totalité de son temps (l’homme à d’autre désirs, d’autres besoins à assouvir). Pour Aristote d’ailleurs, le travail manuel est avant tout réservé à l’esclave, et non à l’homme libre qui pratique essentiellement un travail de l’esprit. Aussi pour Kierkegaard, si le travail, au-delà de sa fonction productive, nous occupe, l’oisiveté est un bien absolument nécessaire. Aussi, Marx précise que lorsque le travail est contraint, il met en péril la liberté de l’homme. C’est pourquoi il milite pour la réduction du temps de travail. 

- Il apparaît donc naturel pour l’homme d’assouplir au maximum la fonction purement professionnelle, et c’est à travers le développement de l’instrument qu’il y parvient : l’instrument facilite le travail, peut en réduire la durée et la pénibilité. Graduellement, l’instrument prend à sa charge une partie toujours plus importante du travail. On commence ainsi à lui déléguer la responsabilité de la technique. L’instrument s’autonomise et l’outil devient machine. Et l’homme commence ainsi à perdre, en un sens, la maitrise de la technique. 


Transition : l’évolution technique et technologique s’accompagne bien entendu de bienfaits. Cependant, le rapport à la machine demande à être pensé car avec elle, on peut considérer que l’homme ne met plus en œuvre la technique : plutôt met-il en œuvre la mise en œuvre de la technique. 


LES CONSEQUENCES D’UNE PERTE DE MAITRISE

- C’est Marx qui va faire le parallèle entre progrès technique et aliénation du travail. Il note d’abord que le travail n’appartient plus à l’ouvrier : il lui est extérieur, le travailleur ne se retrouve pas lui-même dans ce qu’il produit ; comme si son activité appartenait à un autre. Ensuite, il explique que le travail de l’homme ne correspond pas à son essence. Il y a une rupture entre ce qu’est l’homme et qu’il fait dans son travail. C’est tout le contraire d’une technique naturelle qui marquait, grâce précisément à la maitrise que l’homme avait de la technique, une continuité entre l’esprit, la main, l’instrument et l’objet produit. En donnant une autonomie à la machine, en réduisant la fonction de l’homme, en cloisonnant et divisant les tâches, on a comme brisé l’harmonie de l’Homo faber. 

- Il ne faut pas pour autant ne voir que le mal dans la machine. Le transfert des techniques cache peut-être aussi une certaine méconnaissance de nouvelles techniques : une méconnaissance favorisée par la peur de la nouveauté et de l’étrangeté. Pour Simondon, la défiance vis-vis de la machine n’a pas d’autre fondement, et la rupture profonde qui existe entre elle et l’homme relève (encore) du mythe. L’homme reste l’organisateur de sa technique. 


CONCLUSION

Le travail se définit toujours par l’usage de techniques, quelles qu’elles soient. Seulement, la question qu’il faut se poser est de savoir à qui ou à quoi revient la maitrise et la responsabilité de cette technique. 

En effet, on constate qu’avec l’évolution et les progrès de la civilisation, la technique est de plus en plus, et de façon inquiétante, déléguée à l’instrument ou l’outil devenue machine autonome. Or, les conséquences de ce transfert, comme certains n’ont pas manqué de le montrer, peuvent avoir des répercutions bien au-delà du domaine professionnel. 

Peut-être que l’enjeu des générations à venir sera de parvenir à redevenir maître de sa technique (de manière nouvelle), afin de se rendre maître de son travail, et finalement maître de soi-même. 

Fin de l'extrait

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