Corrigé de Philosophie (1/3) Bac S 2018

Corrigé de Philosophie (1/3) Bac S 2018

Retrouvez dès la fin de l'épreuve le corrigé de Philosophie du Bac S 2018. Le sujet était : "Le désir est-il une marque de notre imperfection?" Tous nos corrigés sont réalisés par des professeurs de l'Éducation nationale !

Également disponible le sujet de l'épreuve de Philo ainsi que les corrigé n°2 et l'étude de texte pour le Bac S 2018.

Accédez également à tous les sujets et corrigés du Baccalauréat 2018 des autres filières.

Également disponibles pour vous entraîner, tous les sujets et corrigés de Washington et de Pondichéry pour le Bac 2018. Allez, on va s'entraîner ? :)

Corrigé de Philosophie (1/3) Bac S 2018

Le contenu du document

 

SUJET 1 : Le désir est-il la marque de notre imperfection ?

Notion en jeu : le désir.

AVANT-PROPOS. Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation.

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve.

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…

PRESENTATION DU SUJET ET PIEGES A EVITER

Ce sujet, « Le désir est-il la marque de notre imperfection ? », a trait à une notion classique du programme de terminale S, le désir, faisant partie du grand domaine ‟La culture”. C’est un sujet à portée existentielle, qui questionne les tenants et aboutissement de quelque chose qui nous touche, le désir.

PIEGES A EVITER :

1) confondre le désir et des envies particulières (avoir envie d’une chocolatine, ce n’est pas le désir) ;

2) sous-estimer le verbe “être”, qui en philosophie est lourd de sens, l’être, c’est l’essence, la nature de quelque chose, c’est loin d’être superficiel ;

3) ne pas comprendre l’expression “notre imperfection”, qui est porteuse elle-aussi : ce n’est pas une imperfection parmi d’autres, anodine (telle personne a mauvais caractère ou mange trop), mais une imperfection de la nature humaine ;

4) ne pas voir que le sujet s’adresse à l’humanité avant tout : ici parler des animaux n’irait pas du tout, c’est un sujet à portée universelle sur la condition humaine.

ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.

1. Définition des termes.

le désir : terme désignant un certain nombre d’envies, de pulsions, mais d’un ordre d’abord irrationnel et / ou corporel (lorsque je veux quelque chose, ma volonté est réfléchie, mais ce n’est plus réfléchi lorsque je désire). C’est aussi plus précisément la conscience d’un manque et l’effort que nous faisons pour pallier à ce manque qui crée le désir. Il semble du coup originellement relié à une certaine imperfection...

est-il : le verbe “être” est sans doute l’un des plus simples de la langue française. Il marque un état, voire un constat. Mais en philosophie il peut se dédoubler et prendre un sens tout autre où il s’agit alors de nature des choses, d’essence. Se demander si le désir est la marque de notre imperfection, c’est donc se questionner quant à son essence.

la marque : une marque, c’est un stigmate, une trace, un indice qui vient nous indiquer quelque chose. Par exemple l’empreinte d’un pas est la marque que quelqu’un a marché...

notre imperfection : comme dit plus haut, il est important de voir ici le côté existentiel de l’imperfection, ce n’est pas une imperfection anodine, mais ce serait plutôt quelque chose frappant la condition humaine en son entier, comme l’indique le pronom personnel “notre”. On peut penser que notre imperfection, c’est le fait d’avoir une double nature composée de corps et d’esprit, ou d’être des êtres de manque parce que dotés d’une conscience qui appelle sans arrêt à autrui pour trouver la plénitude.

2. Mise en tension du sujet et problématisation.

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser.

Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser. Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

- sujet : le désir est-il la marque de notre imperfection ?

- réponse évidente : oui, il semble bien que le désir soit la marque de notre imperfection. Si nous avions tout, s’il ne nous manquait rien, pourquoi donc désirerions-nous ?

- réponse opposée qui réfute la première réponse ou en montre les limites : plutôt que le marqueur de l’imperfection, le désir serait davantage l’indice que nous sommes perpétuellement insatisfaits et insatiable.

Cela amène alors la problématique suivante : l’essence du désir se définit-elle par rapport à une imperfection de notre nature humaine, est-elle forcément négative, défective, ou ne peut-elle pas au contraire être vue de manière plus optimiste, comme le signe d’une quelconque grandeur de l’homme, qui se distingue précisément du reste du monde vivant par son existence désirante, insatiable et perfectible à l’infini.

PROPOSITION DE PLAN

I. Oui, il semble bien que le désir soit la marque de notre imperfection

1. Le désir, ou le manque comme point de départ.

Comme nous l’apprend le mythe d’Eros, le désir est marqué par le manque, le défaut de, l’imperfection, donc. Pourquoi ? Parce qu’Eros est fils de Poros (l’abondance) et de Pénia (la pauvreté), ce qui en fait un « daimon », mi-Dieu mi-homme. De nature pour une part divine et pour une part indigente, le désir est donc conscience d’un manque, mais manque lié à la quête d’être comblé. Il part donc d’une imperfection, c’est elle qui le motive. En effet, comment pourrions-nous désirer ce dont on ne manque pas ?

2. Le désir, ou le dés-astre, à la quête de l’étoile perdue.

Étymologiqument, le désir vient du latin desiderare, de sidus, “étoile” ; mot provenant de la langue des augures. Au sens étymologique, le désir est le regret d’un astre disparu, la nostalgie d’une étoile. Cf. le désir comme dés-astre, l’absence de l’astre, dont parle chez Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra. Si nous avons perdu notre étoile, alors il y a manque et imperfection encore. C’est ce qu’explique Platon bien avant dans le mythe d’Aristophane du Banquet : le désir pour lui est la marque de notre imperfection originelle, nous ne serions selon lui que des moitiés d’homme, coupés de notre autre moitié, de notre alter ego, suite à une punition divine. Toute notre vie donc, nous cherchons notre alter ego, cette autre partie de nousmêmes dont nous avons été amputés. Lorsque l’on a trouvé cette moitié, nous ne désirons plus, nous sommes comblés, achevés, et plus imparfaits.

II. Mais en fait, ce serait plus la marque d’une insatiabilité existentielle, ou d’un idéal, ce qui n’est pas équivalant à cette imperfection de nature dont nous parlent l’étymologie ou les mythes.

1. Le désir archétypal, motivé par un idéal, ce que nous apprend la psychanalyse.

On peut très bien penser à l’instar de la psychanalyse que le désir provient d’un archétype construit par notre inconscient. Lacan dans son séminaire explique ainsi que nous nous créons tous une image de nous-mêmes rêvée, un idéal auquel on aimerait correspondre, qui provient de notre éducation, de la société, de ce qu’on l’on veut être au plus profond de nous-mêmes. Or lorsque l’on désire une personne, selon la psychanalyse c’est parce que cette dernière est la marque de cet idéal que nous avons construit, elle est notre alter-ego idéal. Ce n’est donc pas parce que nous sommes imparfaits que nous désirons ici, mais parce qu’au contraire nous nous idéalisons.

2. Le désir, la marque d’une insatiabilité existentielle.

Plus encore, l’être humain ne se suffit pas de ce qu’il a ou de ce qu’il est. C’est ce qui le différencie de l’animal qui se contente de satisfaire ses besoins. Mais le désir n’est pas un besoin, il va plus loin, il est la marque d’une insatiabilité de nature, qui peut être le signe de notre grandeur : l’homme repousse toujours ses limites, progresse, ne veut pas se contenter de ce qu’il a sous la main. Il désire donc, à l’infini, et une fois qu’un désir est comblé, un autre survient. À l’image de la célèbre citation de Lévinas, « le désir ne s’assouvit qu’en créant de nouvelles faims », le désir, précisément parce qu’il n’est pas besoin, ne peut jamais s’assouvir. Il est insatiable et l’accomplissement d’un désir en auto-génère quasi automatiquement un autre. Nous sommes des éternels insatisfaits, mais ce n’est pas là une quelconque imperfection, c’est bien plutôt le signe d’une transcendance par rapport au reste du monde vivant.

III. Et si donc le désir était au contraire positif, et loin d’être la marque de notre imperfection, il serait bien plutôt le symbole non seulement de notre grandeur, mais particulièrement dans celle-ci, de notre perfectibilité ?

1. La perfectibilité : le propre de l’homme, une qualité

L’homme n’est conçu comme imparfait que parce qu’il est perfectible infiniment. Est-ce là vraiment une imperfection ? Pourquoi voir les choses de manière si négative ? Si l’on se perfectionne, est-ce vraiment parce qu’à la base on est catégoriquement imparfaits, ou parce que nous sommes des êtres de progrès ? Rousseau, dans le Discours sur l’origine, explique que « sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation : c’est la faculté de se perfectionner, faculté qui, à l’aide des circonstances, développe successivement toutes les autres et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu ; au lieu qu’un animal est au bout de quelques mois ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce au bout de mille ans ce qu’elle était la première année de ces mille ans ». Autrement dit, la perfectibilité, le désir absolu de s’améliorer sans cesse, est ici une qualité et non un défaut, ce n’est donc pas la marque d’une imperfection, mais la marque d’une grandeur : la capacité à se surpasser, à s’adapter, à progresser et se transcender.

2. Le désir comme élan vital, fondement de notre existence et non imperfection de cette dernière

Ce sont les auteurs classiques, ou les théoriciens religieux qui ont tendance à considérer le désir comme la marque de notre imperfection, parce que désirer cela serait nous ramener à notre essence corporelle, celle qui nous rapproche des animaux. Le désir en tant que tel est à condamner et seul celui qui ne désire plus se rapproche du sage, de la perfection... Platon condamne le désir, à l’image de sa comparaison avec le tonneau des Danaïdes : l’homme désirant serait comme un tonneau percé, qu’on remplit sans cesse et qui se vide sans cesse. Mais c’est sans compter le fait que le désir, au contraire du plaisir, n’est pas exclusivement corporel : il est conscient, et motivé de toutes parts par l’esprit. Le désir, loin de l’idée que s’en font les classiques est ainsi positif, marque de notre différence d’avec le reste du monde vivant, mais aussi et surtout ce qui, au-delà des conditions minimales de survie (les besoins), nous maintient humainement en vie.

Ainsi Spinoza affirme dans l’Ethique que le désir est conatus, et cela équivaut à une puissance d’exister, un mouvement pour persévérer dans l’être, pour exister encore et toujours plus : « Le désir est l'essence même de l’homme, c’està-dire l’effort par lequel l’homme s'efforce de persévérer dans son être ». Le désir est ce que donne sens à nos existences d’humain. D’ailleurs, lorsqu’on est malade, ou dépressif, on ne désire plus. Ne pas désirer serait la marque d’une diminution de notre vitalité.

Conclusion.

Le désir donc, loin d’être le sceau d’une quelconque imperfection comme l’entendent les auteurs classiques ou ascétiques, est la marque de notre grandeur : une vie proprement humaine, insatiable, perfectible à l’infini, et qui a besoin de désirer pour avoir un sens.

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac S le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac S

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac S

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?