Correction Sujet 1 Philosophie - Bac S 2017 Washington

Correction Sujet 1 Philosophie - Bac S 2017 Washington

Découvrez le corrigé du sujet 1 de Philosophie du Bac S d'Amérique du Nord 2017.
Voir le sujet de Philosophie

Ce sujet « Le désir a-t-il toujours un objet ?» a trait à une notion classique du programme de terminale S, le désir, qui se rapporte au grand domaine « Le sujet ». Se demander si notre désir est toujours porté vers un objet c’est questionner la nature du désir, ce qu’il peut le définir. Comme toute réflexion sur le désir, ce sujet se présente comme une interrogation sur l’ambiguïté du concept.

Téléchargez gratuitement ci-dessous le sujet corrigé de Philosophie du Bac S 2017 de Washington (Amérique du Nord)

Correction Sujet 1 Philosophie - Bac S 2017 Washington

Le contenu du document


LE DESIR A-T-IL TOUJOURS UN OBJET ?

Notions en jeu : le désir.  


AVANT-PROPOS 

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet « Le désir a-t-il toujours un objet ?» a trait à une notion classique du programme de terminale S, le désir, qui se rapporte au grand domaine « Le sujet ». Se demander si notre désir est toujours porté vers un objet c’est questionner la nature du désir, ce qu’il peut le définir. Comme toute réflexion sur le désir, ce sujet se présente comme une interrogation sur l’ambiguïté du concept. 

Niveau de difficulté : intermédiaire. 


DEFINITION DES TERMES

• Le désir : le désir est un appétit vers quelque chose, une tendance consciente vers un objet, au sens philosophique il est une passion de l’âme que l’on oppose à la raison et que l’on rapproche de termes comme le souhait, l’envie, la convoitise. 

• a-t-il : le verbe « avoir » marque une appartenance entre deux éléments. Sa présence ici questionne le lien entre le désir et son ou ses objets. 

• toujours : cet adverbe de temps questionne ici la nécessité du lien entre désir et objet. En philosophie, ce qui est « toujours » est invariable, nécessaire. Pour reformuler le sujet, on pourrait dire : Le désir est-t-il nécessairement porté vers un objet ? Ce qui est nécessaire a trait à l’essence. Ainsi, se demander si le désir a toujours un objet, c’est questionner si l’objet est ce qui définit le désir. 

• un objet : le terme « objet » est particulièrement vague. Au sens courant, c’est une chose matérielle indéfinie. Au sens philosophique, « l’objet » se défini d’abord comme le contraire du « sujet ». L’objet est ce qui est visé par une conscience, vis-à-vis d’un sujet. La notion d’objet désiré ne peut donc être séparée de celle de sujet désirant. Il faudra aussi penser à la pluralité des objets possibles. 


PROBLEMATISATION

La problématisation est sans doute l’étape clé de votre dissertation. Il s’agit de montrer ce qui pose problème dans le sujet, à l’aide de la définition des termes effectuée précédemment. Attention, problématiser ce n’est pas simplement reformuler l’énoncé, c’est mettre en tension les termes pour montrer l’intérêt philosophique de la question. 

À la question « le désir a-t-il toujours un objet ? », on serait évidemment tenté de répondre « oui, sans aucun doute ». En effet, le désir paraît toujours être désir de quelque chose, tension vers un objet particulier qui suscite notre envie. Qu’il soit pour un objet déterminé (une voiture par exemple) ou pour un état diffus et général (comme le bonheur), le désir d’un sujet se dirige toujours vers des objets extérieurs qui lui manquent. 

Mais cette première réponse omet le caractère éminemment variable et indéterminé du désir.  L’ambiguïté essentielle du désir c’est qu’il veut et ne veut pas être satisfait. A la différence du besoin, il est insatiable et illimité. Comment donc définir l’objet d’une passion variable bornée à l’insatisfaction ?

Cela amène alors la problématique : faut-il penser ce sujet sous la forme d’une alternative aussi radicale (oui, le désir a toujours un objet ; non, on ne peut pas définir un objet pour le désir) ou penser un renversement de la perspective ? Alors que l’objet paraît non-nécessaire car soumis à la variabilité du désir, peut-être que ce qui peut définir le désir, c’est non pas l’objet désiré mais le sujet désirant. 


PROPOSITION DE PLAN


I.  Le désir, par définition, ne peut pas exister sans avoir d’objet : le désir est toujours désir de quelque chose.

1. L’étymologie du désir nous indique qu’il est toujours désir de quelque chose.

Du latin desiderare qui signifie « cesser de contempler » puis, par glissement, « constater l’absence » puis « chercher à obtenir », « tendre vers quelque chose qu’on n’a pas et qu’on considère comme bon pour soi ».  L’étymologie nous apprend donc que le désir est par définition une aspiration vers quelque chose, pour qu’elle chose dont on constate le manque. Le désir est par définition cette pulsion qui veut satisfaire ce manque. 


2. Les différents objets du désir.

Le terme « objet » est très vague et indéterminé. Il est donc bon de revenir sur quels peuvent être les différents objets du désir. On peut ici utiliser la tripartition effectuée par Epicure dans sa Lettre à Ménécée. Il y a trois sortes de désir pour Épicure : les désirs naturels et nécessaires (manger quand on a faim, boire quand on a soif), les désirs naturels mais non nécessaires (manger des mets délicieux par exemple), et pour finir les désirs non naturels et non nécessaires (la fortune, la célébrité, la puissance). 

On peut aussi rappeler que les objets du désir peuvent être matériels et déterminés (vêtement, maison, voiture) ou immatériels et diffus (comme le bonheur). 


II. Mais l’ambiguïté même du désir rend difficile sa définition par l’objet. Peut-on dire que le désir a toujours un objet quand ce dernier est par essence indéterminé ?

1. La différence entre besoin et désir

On peut définir le besoin comme l’état de l’organisme lorsqu’il est privé de ce qui assure son fonctionnement. On peut distinguer deux types de besoins : le besoin vital (boire et manger) qui concerne la conservation de l’individu, et le besoin sexuel, qui assure la survie de l’espèce. On peut ajouter à ces besoins dits « physiologiques » des besoins « artificiels », crées par la société. 

Le besoin et le désir se distinguent précisément dans leur rapport à leur objet. Dans le cas du besoin, l’objet lui est préexistant et le complète nécessairement. Au contraire, dans le cas du désir, il n’y a pas d’objet qui soit préexistant. Par exemple, quand on désire être heureux, est-on pour autant capable de définir ce que l’on veut véritablement ? L’insatisfaction du désir et donc sa permanence sont liées à cette indétermination essentielle. 

Cette distinction besoin/désir permet donc d’établir une première limite à l’idée selon laquelle le désir aurait toujours un objet. 


2. Le désir est variable et illimité si bien qu’on ne peut lui assigner d’objet

Bien que le désir semble être toujours désir pour quelque chose, la dynamique désirante qui nous pousse toujours à désirer de nouveaux objets si notre désir a été satisfait rend complexe la définition d’un objet pour le désir. 

 Le désir est par essence variable et illimité, contrairement au besoin. On peut citer ici le célèbre héros de Molière, Dom Juan, dans la pièce du même nom : « Je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d’aimable ; et dès qu’un beau visage me le demande, si j’en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir d’amour est dans le changement. (…) Il n’est rien qui puisse arrêter l’impétuosité de mes désirs : je me sens cœur à aimer toute la terre ; et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour pouvoir étendre mes conquêtes. » Cette réplique de Dom Juan montre bien comme l’illimitation du désir et sa variabilité extrême rendent impossible la définition d’un objet. 


3. Le désir ne serait-il pas désir du désir d’autrui ?

Le désir est avant tout une dynamique sociale. Plus qu’une tension vers un objet déterminé, il semble être un mouvement perpétuellement insatiable. Cela s’observe dans ce que l’on appelle le « mimétisme », fonctionnement social théorisé par René Girard. Le mimétisme peut être définit comme une reproduction involontaire des comportements, des attitudes d’autrui. Selon René Girard, le désir fonctionne par mimétisme. Ainsi, l’objet du désir serait lui-même un autre désir, celui d’autrui. Cela se voit dans la société notamment à travers les phénomènes de mode. Par exemple, c’est parce que vous avez vu telle ou telle marque portée par un camarade que vous allez vouloir acheter le même. Ainsi, le désir n’a pas d’objet défini, il est constamment influencé par nos relations à autrui. 


Cette indétermination fondamentale nous invite donc à renverser la perspective. On accordera alors le rôle le plus important non à l’objet du désir (variable et condamné à disparaître) mais au sujet désirant. Le désir n’est non pas défini par ses objets mais par celui qui désire.


III.  Le désir est davantage défini par son sujet que par ses objets.

1. Le désir, plutôt qu’une tension vers un objet, peut être défini comme une force créatrice : la positivité du désir

Contre le désir comme manque et quête perpétuelle d’un objet, on peut redéfinir le désir à partir du sujet. En effet, contrairement aux objets variables donc non nécessaires, le sujet est toujours la même source désirante. Le désir a toujours un sujet. Le désir ne dépend pas de l’objet mais de la constitution psychique du sujet désirant. 

D’après Spinoza dans l’Ethique, III, proposition 9, scolie : « nous ne nous efforçons à rien, ne voulons, n’appétons ni ne désirons aucune chose parce que nous la jugeons bonne ; mais au contraire, nous jugeons qu’une chose est bonne parce que nous nous efforçons vers elle, la voulons, appétons et désirons. », le désir est une source d’évaluation et nous permet de savoir ce qui est bon ou non. C’est donc non pas l’objet qu’il faut considérer, mais bien le sujet. 


2. Le désir, plus que désir, pour un objet en particulier est essence de l’homme. Ce qui compte donc n’est plus l’objet désiré mais le sujet désirant. 

Le désir est ce qui nous définit en tant qu’êtres humains. On peut citer Spinoza dans l’Ethique III, proposition 9 : « Le désir est l’essence même de l’homme en tant qu’elle est conçue comme déterminée à faire quelque chose par une affection quelconque donnée en elle. ». Cela signifie que le désir est ce qui permet à l’homme de persévérer dans son être, de rechercher l’accomplissement. Le désir est, pour Spinoza, l’équivalent du conatus, source dynamique en chaque chose qui exprime la puissance et la vie même. Le désir est donc bien davantage que le manque d’un objet. Il est défini par le sujet et il est essentiellement positif. 

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac S le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac S

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac S

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?