Correction Philosophie - Bac S 2017 Polynésie

Correction Philosophie - Bac S 2017 Polynésie

digiSchool Bac S met à votre disposition le corrigé de l'épreuve de Philosophie du Bac S 2017 de Polynésie Française.
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Vous trouverez ici les 3 sujets totalement rédigés, et de manière détaillée : Faut-il préférer la connaissance à la croyance ? // L'Homme est-il un être vivant comme les autres ? // Explication de texte de Rousseau, Lettre à d'Alembert.

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Correction Philosophie - Bac S 2017 Polynésie

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SUJET 1 : FAUT-IL PREFERER LA CONNAISSANCE A LA CROYANCE?

INTRODUCTION

Accroche : « Tout homme désire naturellement savoir » écrit Aristote ; Pour lui, il est évident que l’intelligence humaine aspire à la connaissance des choses et du monde. La connaissance est une intention naturelle de l’homme.


Objection : Pourtant il est des choses inconnaissables à la manière d’une certitude produite par un raisonnement mathématique, et qui sont objets de croyance, telles que l’existence de Dieu ou d’un évènement du passé. Ces croyances reposent sur des raisonnements et sur des faits mais le doute n’est jamais complètement écarté concernant ces choses.


Reprise du sujet : alors faut-il préférer la connaissance à la croyance ?


Problématique : l’enjeu de la question sera de savoir si vraiment il faut préférer la connaissance, plus certaine, à la croyance, qui semble moins sûre ? Dans quelle mesure ? et finalement ne serait-ce pas une erreur d’opposer de manière absolue croyance et connaissance ?


Annonce du plan : Dans un premier temps nous définirons le terme connaissance afin de comprendre ce qu’il englobe. Nous verrons ensuite en quoi la connaissance semble préférable à la croyance. Enfin nous dépasserons ce point de vue en considérant le fait que croyance et connaissance ne s’opposent pas forcément, et que s’il faut préférer la connaissance par souci de vérité, toute croyance n’est pas à bannir pour autant.


PARTIE 1 : QU’EST-CE QUE LA CONNAISSANCE ?

a) C’est Pythagore qui voulut le premier être appelé philosophe, c’est-à-dire ami de la sagesse, et proposa de désigner la connaissance profonde des choses, à laquelle il aspirait, par le nom de philosophie. Il y a dans cette démarche une véritable volonté de connaissance scientifique, une aspiration à la certitude concernant l’être des choses. Connaitre est un acte de la pensée qui pénètre et qui définit l’objet étudié.

 « Connaitre, c’est connaitre par les causes » écrit Aristote, c’est connaitre le pourquoi (but), le par quoi (réalisateur), le comment (forme) et le en quoi (matière) d’une chose. Ainsi toute la démarche de la philosophie est tournée vers ce but : la connaissance du monde. Cette connaissance semble l’objectif premier et souverain.


b) Le but de la connaissance est la certitude : un état qui est hors du doute. La connaissance emprunte plusieurs voies, elle peut être le fruit d’un raisonnement déductif ou d’un raisonnement inductif. Si le raisonnement déductif permet d’accéder à une conclusion certaine et découlant nécessairement des prémisses, le raisonnement par induction est lui peut varier en degré de certitude.  Il faut également remarquer le fait que la connaissance requiert donc à la fois la capacité d’analyse et de synthèse. Mais également une bonne méthode si l’on en croit Descartes, car ce n’est pas tout d’avoir la capacité de connaitre « le principal est de l’appliquer bien » écrit-il dans son Discours de la Méthode


Transition : pourquoi donc préférer la connaissance à la croyance, en vertu de quels arguments ?  


PARTIE 2 : POURQUOI PREFERER LA CONNAISSANCE A LA CROYANCE ?

a) La question peut sembler presque inutile et pourtant il s’agit de rappeler les bienfaits de la connaissance, de rappeler pourquoi l’homme en a besoin. Du point de vue pratique, la connaissance et la certitude qu’elle amène permettent des applications concrètes, utiles et parfois nécessaire à l’homme, individuellement ou pour toute la société. Par exemple, et c’est ce que vient souligner Descartes, la connaissance de la physique permet de se rendre « comme maitres et possesseurs de la nature » pour protéger l’homme et le maintenir en santé. Dans d’autres domaines que la technique, la connaissance semble absolument nécessaire. Le juge, par exemple, ne pourrait prétendre rendre justice s’il se contentait de condamner ou d’innocenter un homme sur les croyances qu’il a concernant les actes de cet homme. Il doit rechercher la vérité et donc la connaissance des faits pour agir de manière juste.


b) Ainsi, l’homme doit chercher à connaitre les choses et le monde, de manière certaine, s’il veut pouvoir agir et construire son bonheur, elle lui permet d’avoir une certaine emprise sur le monde et de trouver comment répondre à ses besoins et ses désirs. Et s’il y a un philosophe qui a vu et recherché les bienfaits de la connaissance certaine c’est Descartes. En effet Descartes part du constat que tout homme a la faculté de connaitre, or certains sont dans l’erreur. Comment donc garantir l’accès de la raison à la vérité et à la certitude ? Pour lui la réponse est simple, il faut emprunter la méthode mathématique, science de l’ordre, de la mesure et de la certitude. Pour Descartes, l’objectif est clair : la connaissance certaine, indispensable à l’homme d’un point de vue pratique et aspiration naturelle de notre esprit.


Transition : Il apparait clairement qu’il faille préférer la connaissance à la croyance, car elle est indispensable à l’homme. Mais il faut apporter d’autres arguments à notre réflexion, car si la connaissance doit être notre but premier, elle n’est pas toujours possible d’une part et d’autres part toutes les croyances ne se valent pas, certaines ont un degré de certitude incontestable alors que d’autres sont du ressort de l’opinion


PARTIE 3 : CROYANCE ET CONNAISSANCE NE S’OPPOSENT PAS FORCEMENT 

a) Il est des choses inconnaissables, qui semblent dépasser les capacités de connaissances humaines. Pour Kant par exemple, Dieu, la liberté, et l’immortalité de l’âme sont inconnaissables. Ils ne peuvent être l’objet d’une démonstration, qui permettrait la certitude. De même, pour reprendre l’exemple de la justice, il est des cas où il semble compliqué de savoir avec certitude qui est coupable et qui ne l’est pas. La certitude est parfois inaccessible. Il nous faudrait également souligner un autre point : la majorité de nos connaissances sont acquises par croyance, elles sont transmises en s’appuyant sur le témoignage de quelqu’un ou des plusieurs. Nous jugeons vrai ce qui nous est rapporté comme tel car nous avons des raisons de le faire.


b) Ainsi il y a de fait une réelle nécessité de distinguer les croyances : la croyance est l’adhésion à un jugement. Elle se distingue de la simple opinion. La croyance peut être motivée, par des témoignages par exemple, et fondée sur des connaissances, de la compétence des témoins par exemple. Il serait illégitime de ne pas distinguer les croyances fondées sur des motifs arbitraires et subjectifs, et celles qui s’appuient indirectement sur des connaissances certaines et objectives car elles n’ont pas le même degré de certitude et de véracité. Il faut donc distinguer la simple opinion de la croyance raisonnée. Notre intelligence juge les motifs pour adhérer à une croyance, et après cet examen critique, notre volonté peut décider s’il est rationnel de croire ou non. 


CONCLUSION

Bilan : Après avoir analysé les termes du sujet, il apparait clairement que la connaissance est préférable à la croyance car elle est certaine.


Réponse définitive : Si la connaissance doit être notre objectif premier, elle n’est pas nécessairement incompatible avec la croyance, qui, à certaines conditions et même si elle ne supprime jamais définitivement le doute, peut permettre d’atteindre un certain degré de certitude


Ouverture : Nous pourrions ouvrir cette réflexion sur la question de savoir quels sont les critères d’une connaissance certaine.


SUJET 2 : L’HOMME EST-IL UN ETRE VIVANT COMME LES AUTRES?

INTRODUCTION

Accroche : Se nourrir, se reproduire, croitre, etc… sont autant de de facultés que partagent les êtres vivants.


Objection : et si l’homme possède ces facultés, il possède également la capacité de communiquer, de mettre en place des techniques, de se cultiver, etc…


Reprise du sujet : alors l’homme est-il un être vivant comme les autres ?


Problématique : L’enjeu de la question sera de savoir l’on peut vraiment affirmer que l’homme est semblable aux autres êtres vivants ? Ne serait-ce pas oublier la complexité de sa nature ?


Annonce du plan : Il nous faudra dans un premier temps définir le terme de vivant. Dans un second temps nous verrons que l’homme semble différent des autres vivants du point de vue de son agir. Enfin nous montrerons qu’il y a une spécificité humaine du point de vue de l’être également dont l’appellation « être vivant » ne saurait rendre compte.


PARTIE 1 : QU’EST-CE LE VIVANT ?

a) Si la question de « qu’est-ce que la vie ?» est insoluble scientifiquement, il est toutefois possible de chercher à savoir quels sont les propriétés spécifiques aux êtres vivants. Les propriétés mises en avant par la science expriment bien la matérialité du vivant : l’organisation des corps, à partir des cellules, qui sont leurs unités basiques, la nutrition qui désigne la conversion de nutriments en énergie, l’irritabilité qui désigne la capacité de réponse face aux sollicitations extérieures, l’adaptation, le développement et la reproduction. Descartes affirme d’ailleurs que les mécanismes sont la seule chose que nous pouvons connaitre des êtres vivants, et c’est pourquoi il considère la biologie comme une partie de la physique. Finalement le vivant serait semblable à la machine.

Mais si toutes ces propriétés engagent la matière, Aristote considère que le vivant désigne ce qui est « animé ». Autrement dit « qui possède une âme ». Cette âme, unie à la matière, est conçue comme le principe de vie. Croissance, nutrition, reproduction, organisation ne seraient que les effets permis par cette union. Aristote n’est pas le seul à considérer que la matière n’est pas l’unique source de la vie. Bergson ou encore Claude Bernard, médecin et physiologiste français, admettent l’idée que la vie ne peut s’expliquer uniquement par la matière. Quoiqu’il en soit, il apparait que le vivant ne peut se réduire à la machine, un principe d’unité semble être à l’œuvre au sein du vivant, principe qui fait défaut à la machine.


b) Ainsi le vivant n’est pas comparable à la machine, malgré des similitudes de fonctionnement avec elle. D’un point de vue scientifique : il désigne tout être doué de vie, et doté des capacités de croissance, de nutrition, de reproduction, d’organisation. Du point de vue philosophique on pourrait dire que le vivant désigne tout être capable d’un mouvement spontané (qui vient du sujet) et immanent (qui se termine dans le sujet). Or il y a une multitude d’êtres qui partagent ces caractéristiques propres au vivant et, même s’ils ont cela en commun, ils semblent très différents. Sous le terme vivant se trouve en effet une très grande variété d’êtres qui va du végétal à l’animal jusqu’à l’homme. Alors peut-on dire que l’homme est un vivant comme les autres ?


Transition : l’homme semble différent des autres êtres vivants :


PARTIE 2 : DU POINT DE VUE DE SES ACTES TOUT D’ABORD

a) Si l’instinct contient les animaux dans certaines attitudes, ce n’est pas le cas de l’homme. Ce pourquoi il n’y a pas d’excès chez les animaux, ni dans un sens ni dans l’autre : les animaux n’écriront pas la 9eme symphonie de Beethoven mais ils n’organiseront pas de génocide non plus par exemple. L’homme est à la fois capable de bien mieux que les autres êtres vivants mais aussi de bien pire. C’est pourquoi la morale qui vient donner à l’homme les outils pour régler ses actes. Morale, politique, culture et même religion sont autant d’aspect de l’action humaine qu’on ne retrouve pas chez les autres êtres vivants et qui disent de l’homme qu’il est essentiellement et intrinsèquement différent de ceux-ci. 


b) Il faut également mentionner l’art. En effet toutes les activités que nous venons de citer révèlent que l’homme a quelque chose de plus que les autres vivants. Et l’art, lui aussi, est révélateur d’une différence fondamentale. En effet il est orienté vers la recherche du beau, même s’il a pu dépasser cette quête notamment à travers l’art contemporain, vers une certaine expérience du sublime. L’homme finalement essaye de dépasser sa condition imparfaite pour accéder à quelque chose qui le transcende : le beau. Cette volonté de dépasser l’imperfection, sa nature, ne se trouve qu’en l’homme. Dans le Banquet, Platon va jusqu’L' dire que la contemplation du beau donne un sens à l’existence.


Transition : Ainsi les actes de l’homme sont révélateurs d’une nature qui dépasse la simple définition de « être vivant » :


PARTIE 3 : L’HOMME EST EGALEMENT DIFFERENT DU POINT DE VUE DE SON ETRE 

a) Aristote écrit que « l’homme est un animal rationnel ». Il admet dans cette phrase que, comme l’animal, l’homme est un être vivant, qui croit, se meut, se reproduit, etc. Pourtant il vient éclairer là une différence fondamentale : l’homme est « rationnel » ; il possède une faculté naturelle appelée raison, que n’ont pas les autres êtres vivants. Cette rationalité lui permet à la fois d’essayer de comprendre le monde, mais également d’essayer de se comprendre lui-même. L’homme est rationnel et a conscience de lui-même. Aucun être vivant n’est en mesure de faire le raisonnement cartésien menant au « cogito ». De même, si les animaux communiquent entre eux, seul l’homme a un langage : lui seul met en place un système de signes capables d’évolution et de signifier des choses abstraites telle qu’un raisonnement métaphysique. La communication animale et le langage humain ne sont similaires que dans la mesure où ils permettent d’échanger des informations mais la comparaison s’arrête ici car le langage humain révèle une intelligence et une conscience de soi, et il ne peut se réduire à un simple échange d’informations. 


b) Enfin il faut noter une autre différence majeure : le désir insatiable de l’homme. Essentiellement, l’homme désire le bonheur. Dans chaque action qu’il pose, il recherche le bonheur à plus ou moins long terme. De ce désir fondamental, lié à la nature de l’homme, découle tous les autres désirs qui portent sur les réalités, les choses qui me permettent d’atteindre ce bonheur. L’homme, comme les autres vivants, a des besoins. Mais il cherche bien plus qu’à répondre à ces besoins. Le désir de l’homme est illimité : il n’est jamais pleinement comblé par les biens limités qu’il recherche pour l’atteindre. Le désir est la marque de l’infini dans l’homme mais aussi le signe de sa finitude : il désire quelque chose de plus que tout ce qu’il peut avoir, il lui manque toujours quelque chose. Enfin il faut noter une autre différence essentielle : l’homme est en quête de savoir et de sens. Depuis Pythagore, qui le premier se désigna par le nom de philosophe, c’est-à-dire ami de la sagesse, l’homme a soif de connaitre, de comprendre et de donner du sens. A tel point que lorsqu’il n’y parvient pas, il fait appel aux mythes pour tenter de satisfaire ce besoin. Ainsi il apparait clairement que l’homme n’est pas un vivant comme les autres.


CONCLUSION

Bilan : Si l’homme partage toutes les caractéristiques de l’être vivant avec les animaux et les végétaux, on ne peut cependant pas le réduire à être un vivant comme les autres.


Réponse définitive : Que ce soit du point de vue de son agir ou de son être, l’homme est fondamentalement différent de par sa conscience et sa liberté.


Ouverture : A la lumière de cette réflexion, il nous faudrait alors penser les rapports entre l’homme et les autres êtres vivants, peut-on par exemple justifier une utilisation humaine des autres êtres vivants et pourquoi ?


SUJET 3 : EXPLICATION DE TEXTE 

ROUSSEAU, LETTRE A D’ALEMBERT

Thèmes du texte : homme, travail, société, plaisir, bonheur, politique

Notions à maitriser pour ce texte : idem

Niveau de difficulté : texte assez simple, qui nécessitait de définir certains termes, comme la politique par exemple. Il fallait mettre en avant le fait que la recherche de ce qui est purement utile ne suffit pas à l’homme pour être heureux, et qu’on ne peut pas l’enfermer dans cette quête. Il lui faut plus et ce plus est le plaisir et la joie pour Rousseau. Il ne fallait pas oublier de proposer une critique, bienveillante et pertinente aux idées proposées par l’auteur ici.


Accroche : La nature humaine est constituée d’un ensemble de besoins biologiques : boire, manger, dormir. Toutes ces choses sont nécessaires : l’homme ne peut s’en passer sous peine de mourir. Il est donc utile pour lui de travailler pour répondre à ses besoins, et de travailler collectivement car il a besoin des autres pour répondre à l’ensemble de ses besoins.


Objection : Pourtant l’homme peut-il simplement se satisfaire de répondre à ses besoins nécessaires ? Peut-il simplement se satisfaire de ce qui est utile ? Et peut-on organiser la vie sociale seulement autour de ce qui est utile ? Il semble que cela ne soit pas suffisant pour faire le bonheur de l’homme et de la société.


Problématique : L’enjeu de cet extrait de la lettre à d’Alembert rédigée par Rousseau pose la question de savoir quelles sont les conditions sociales dans lesquelles l’homme peut répondre à ses besoins, tout en étant heureux, et qui permettront ainsi de préserver l’équilibre et la paix au sein de la société ? 


Thèse de l’auteur : la thèse de Rousseau est la suivante : l’homme ne doit pas seulement survivre, répondre à ses besoins primaires, il doit vivre agréablement au sein d’une société ordonnée qui lui permette non seulement de répondre à ses besoins mais également d’avoir du plaisir et de la joie.


Annonce du plan : Nous expliquerons donc ce texte en suivant l’ordre que l’auteur y a mis lui-même : dans une première partie nous étudierons la thèse de Rousseau et les arguments qui l’accompagnent (Ligne 1 à 9). Dans une seconde partie nous étudierons l’argument du plaisir exposé par l’auteur (ligne 10 à 19) Enfin nous proposerons une analyse critique en troisième partie.


Partie 1 : Le texte s’ouvre sur la thèse de Rousseau, l’idée centrale qu’il veut développer :

a) « Il ne suffit pas que le peuple ait du pain et vive de sa condition : il faut qu’il y vive agréablement » voilà l’idée principale de Rousseau : ce n’est pas tout d’avoir de quoi vivre, il faut aussi que cette existence soit agréable, c’est-à-dire plaisante pour l’homme. Rousseau n’explicite pas encore ce qu’il entend par agréable, il le fera en deuxième partie. Dans ces premières lignes, il va montrer en quoi il est bénéfique, du point de vue de l’individu d’abord, de vivre agréablement. Il explique donc qu’une vie plaisante permet à tout homme de remplir au mieux les devoirs imposés par sa condition, d’en assumer les responsabilités au mieux et surtout de s’en satisfaire. De ne pas s’épuiser à vouloir en sortir. On pourrait ici faire un parallèle avec la phrase d’un philosophe du Moyen-Age, Saint Thomas d’Aquin, qui écrit que « il faut un minimum de confort pour pratiquer la vertu ». En effet, et Rousseau le souligne, l’homme est plus enclin à être vertueux, c’est-à-dire à faire ce qui est juste comme faire son devoir, s’il a ce qu’il faut pour vivre et vivre de manière confortable. Cela veut dire non seulement avoir ce qui est nécessaire à la survie physique mais aussi ce qui n’est pas de l’ordre du nécessaire mais de l’agréable, du plaisant.


b) Dans un deuxième temps, Rousseau va montrer en quoi il est bénéfique, du point de vue de la société cette fois, que l’homme vive agréablement. Il écrit que cela permet que « l’ordre publique soit mieux établi » et il explique. Les personnes qui ne trouvent pas satisfaction dans leurs conditions de vie sont plus enclines d’une part à comploter pour obtenir ce qu’elles veulent ce qu’il appelle « l’esprit d’intrigue » et d’autre part à envier les autres. Et Rousseau pointe un danger réel : que l’état ne soit plus stable et que la société ne soit plus ordonnée. En effet comme il l’explique, ces intrigues et ses jalousies finiront forcément par déséquilibrer l’état puisque le bien commun passera après les intérêts particuliers ; la société ne sera plus une et il risque, in fine, que les hommes ne soient plus égaux puisque chacun luttera pour ses intérêts, au détriment des autres. Ainsi le fait que les hommes vivent agréablement est nécessaire à l’équilibre de la société.  Et l’état doit prendre en considération cette aspiration humaine à une vie agréable pour mener une politique efficace.


Transition : Après avoir montré les bienfaits individuels et sociaux d’une existence agréable, et non pas simplement centrée sur ce qui est utile, Rousseau va développer l’argument du plaisir : car c’est lui qui permet à l’homme de mener une existence satisfaisante et en ce sens, il est aussi un garant de l’équilibre social.


Partie 2 : l’argument du plaisir

a) Rousseau commence par s’attaquer à une idée répandue : il est « faux » et  « barbare » de considérer que l’homme doit s’éloigner du plaisir car il le décentre de son travail. Rousseau choisit le terme « barbare » et ce choix n’est pas anodin. Ce terme désigne à la fois ce qui touche à une culture étrangère (et souvent considérée comme moins bonne- terme qui vient du grec ancien- en effet les grecs de l’antiquité nommaient barbares tous les hommes qui n’étaient pas de culture grecque)) et ce qui est considéré comme cruel. Ainsi il y a clairement ici l’idée que priver l’homme de plaisir est un acte d’ignorant comme de personne cruelle. La critique rousseauiste est ici très forte ! la thèse de Rousseau est très claire : l’homme ne peut se satisfaire de l’utile « gagner son pain », il a besoin de plus « le manger avec joie » et c’est tellement vrai que s’il ne trouve pas cette joie, il finira par arrêter de chercher à le gagner. Finalement le plaisir que doit permettre la quête de l’utile donne un sens à cette quête ; l’homme ne peut pas simplement travailler parce qu’il le faut. Il doit également y trouver son plaisir.


b) L’idée que la politique doit prendre en compte la nature humaine revient ici une nouvelle fois. En effet la politique est la science du gouvernement de la citée pour les grecs, d’une communauté de manière générale. Or pour gouverner les hommes, il faut d’abord les connaitre. Pour Rousseau si Dieu par le biais de la nature a prévu que l’homme travaille mais aussi qu’il se repose, la politique doit faire de même. Elle le doit du point de vue de la justice mais elle y a aussi un intérêt stratégique qui est « rendre le peuple actif et laborieux » en adoucissant ses jours et en lui permettant d’être content de son état et, donc, peu enclin à déséquilibrer l’ordre social par des intrigues et des calculs d’intérêts.


Transition : Ainsi nous pouvons faire plusieurs remarques et critiques aux arguments de Rousseau :


Partie 3 : Analyse critique 

a) A la lecture de ce texte on pourrait tout d’abord se demander s’il suffirait vraiment de mettre en place une société parfaitement juste pour effacer l’envie et l’égoïsme du cœur humain. En effet dans un autre de ses écrits, Rousseau dit que « l’homme nait bon, c’est la société qui le corrompt » mais il semble dire ici qu’une société parfaitement juste et équitable, aurait pour effet d’effacer la tendance à faire le mal de l’homme. Peut-on vraiment considérer que le mal est le fruit d’une organisation sociale imparfaite ? Au regard des exemples de l’Histoire, il faut l’admettre en partie. Pourtant cette explication ne semble pas pleinement satisfaisante car l’Histoire regorge aussi d’exemples qui montrent que l’homme a tendance à faire le mal, même s’il ne manque de rien dans sa condition. Aussi faudrait-il sans doute nuancer les propos de Rousseau ici : admettre avec lui que l’ordre politique et la justice permettent d’effacer certains maux mais considérer également qu’ils semblent impuissants à effacer le mal lui-même.


b) La deuxième remarque que l’on peut faire à Rousseau concerne l’argument du plaisir. Avant le siècle des Lumières, le courant appelé jansénisme avait beaucoup critiqué les plaisirs humains et l’écrivain Blaise Pascal en particulier. Pour ce dernier, le divertissement, les fêtes et les jeux ne sont pas bénéfiques pour l’homme, ils sont plutôt un moyen pour lui de fuir, d’oublier sa condition misérable d’être mortel. Et c’est sans doute à lui, parmi d’autres, que Rousseau fait allusion quand il parle de « ceux qui voudraient ôter au peuple les fêtes ». Si la position de Pascal est très pessimiste, la position de Rousseau semble un peu simpliste. En effet, il faut reconnaitre avec lui que l’homme a besoin d’éprouver du plaisir, un des composants du bonheur. Mais peut-on vraiment affirmer que des amusements et des fêtes suffisent à combler le désir de l’homme qui ne peut se satisfaire de la quête de ce qui est utile ? De nombreux personnages de l’histoire, philosophes et scientifiques notamment, ont trouvé leur plaisir dans la recherche et la réflexion plus que dans les amusements et dans la fête. S’il ne faut pas adopter une position binaire, il semble toutefois qu’il manque des ingrédients à la vie agréable que voudrait décrire Rousseau ici.  


CONCLUSION

Bilan : Nous avons donc vu que Rousseau cherche à expliquer en quoi subvenir à ses besoins nécessaires ne suffit pas à l’homme pour être heureux et satisfait.


Thèse de l’auteur : Pour lui, la société et l’état doivent s’organiser de manière à ce que l’homme ait une vie agréable, qu’il y trouve du plaisir et qui lui permette d’être satisfait de sa condition. Ainsi l’individu trouvera satisfaction et l’ordre social comme l’équilibre de l’état seront préservés.


Intérêt du texte/Ouverture : Bien avant Marx, Rousseau constate que travailler pour subvenir à ses besoins est loin de suffire au bonheur de l’homme. Pour lui, il faut ajouter un élément : le plaisir et la joie, qui donne une raison d’être au labeur. De fait l’homme ne peut se satisfaire de chercher ce qui est utile à sa survie, il a besoin de plus. Et si le plaisir fait partie de ce plus, comme le souligne Rousseau, il semble qu’il faille d’autres éléments tels que l’épanouissement de soi ou un sens à son existence.

Fin de l'extrait

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