Correction Explication de texte - Philosophie Bac S 2017 Liban

Correction Explication de texte - Philosophie Bac S 2017 Liban

Découvrez le corrigé de l'explication de texte de Philosophie du Bac S 2017 du Liban.
Voir le sujet de Philosophie

Ce texte de Montaigne a trait à une notion classique du programme de terminale S, “le devoir”, faisant partie du grand domaine « la morale ». Il s’agit d’un texte sur le mensonge et la vérité. Montaigne ici donne une définition de la vérité et souhaite montrer en quoi non seulement mentir est immoral, mais en plus profondément inutile et contreproductif, tant au niveau individuel, puisque cela aboutit à une perte de confiance d’autrui, qu’au niveau collectif et politique, où un prince menteur mènerait à la perte de ses citoyens.

Téléchargez gratuitement ci-dessous le sujet corrigé de l'explication de texte de Philosophie du Bac S du Liban 2017 !

Correction Explication de texte - Philosophie Bac S 2017 Liban

Le contenu du document



TEXTE DE MONTAIGNE SUR LE MENSONGE

Notion en jeu : la morale / le devoir.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet d’explication de texte. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs, même s’il faut méthodiquement procéder de manière linéaire (expliquer ligne après ligne, du début à la fin, et montrer comment l’argumentation se déroule). Ce corrigé se veut donc avant tout une explication d’un texte et des attentes que suppose cette épreuve différente de la dissertation, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


TEXTE A EXPLIQUER

Expliquer le texte suivant : 

« Apollonios1 disait qu’il appartenait aux esclaves de mentir et aux hommes libres de dire la vérité. C’est la première partie de la vertu, la partie fondamentale. Il faut l’aimer pour elle-même. Celui qui dit vrai parce qu’il y est par ailleurs obligé et parce que cela lui est utile et qui ne craint pas de dire un mensonge quand cela n’a d’importance pour personne n’est pas suffisamment véritable2. Mon âme, par sa nature, fuit fermement la menterie et en déteste même la pensée. J’ai une honte intérieure et un remords piquant3 si parfois le mensonge m’échappe4, comme parfois il m’échappe quand les circonstances me surprennent et me troublent à l’improviste. 

Il ne faut pas toujours tout dire, car ce serait une sottise ; mais ce qu’on dit, il faut que ce soit tel qu’on le pense ; autrement, c’est de la perversité. Je ne sais pas quel avantage mes contemporains attendent de la feinte et de la dissimulation continuelle de leurs pensées si ce n’est de n’être pas crus lors même qu’ils disent la vérité ; cela peut tromper une fois ou deux les hommes ; mais proclamer ouvertement que l’on dissimule, et se vanter, comme l’ont fait certains de nos princes, qu’ils jetteraient leur chemise au feu si elle était dans le secret de leurs intentions [...], et dire que si l’on ne sait pas feindre, on ne sait pas régner, c’est avertir ceux qui ont à négocier avec eux qu’il n’y a que tromperie et mensonge dans ce qu’ils leur disent. »

MONTAIGNE, Essais, 1580.  


1 Apollonios : poète grec du IIIème siècle avant JC.

2 ne dit pas suffisamment la vérité

3 vif

4 si parfois je mens


La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. 


PRESENTATION DU SUJET 

Ce texte de Montaigne a trait à une notion classique du programme de terminale S, “le devoir”, faisant partie du grand domaine ‟la morale”.

Il s’agit d’un texte sur le mensonge et la vérité. Montaigne ici donne une définition de la vérité et souhaite montrer en quoi non seulement mentir est immoral, mais en plus profondément inutile et contreproductif, tant au niveau individuel, puisque cela aboutit à une perte de confiance d’autrui, qu’au niveau collectif et politique, où un prince menteur mènerait à la perte de ses citoyens.


ANALYSE DU TEXTE

• Une explication de texte doit répondre à des attentes précises : lorsque j’explique un texte je dois montrer quelle est la thèse de l’auteur sur un sujet précis (son point de vue) et quelle stratégie argumentative il met en place pour donner sa thèse (de quelle manière il s’y prend ? Quel type d’argumentation il choisit ? Quels procédés sont les siens ? etc.). 

• Il faut aussi voir si la position défendue par l’auteur est originale ou pas, et qu’est-ce que cela nous apprend sur le sujet. En effet, si la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, chaque extrait à expliquer fait partie d’un thème au programme de philosophie, qu’on est censé connaître. Ainsi, on peut faire dialoguer la position de l’auteur avec nos connaissances sur la question, afin de voir si sa thèse est subversive ou classique, originale ou non.

• L’idéal serait aussi de mettre en évidence un enjeu : manière par exemple que le texte a de faire résonner une question plus générale.

• Dans une première lecture du texte, afin de vous assurer que vous l’avez bien compris (et que vous pouvez donc commencer l’explication), il faut pouvoir répondre aux six attentes de l’Introduction, ce que nous allons donc faire ici.


1) Situation du texte 

Dans ce texte, extrait du livre Essais, Montaigne...


2) Thème du texte (de quoi cela parle, quel est le domaine général auquel il a trait) 

... s’intéresse à la vérité, ce qu’elle est vraiment, et a contrario ce qu’est le mensonge.


3) Problème du texte

... et se demande comment il est possible que mentir soir devenu une mode, voire une norme, alors que la tradition pensait bien que la morale dépendait de notre condition et que ses contemporains lui montrent à tous instants que ce n’est pas le cas.


4) Thèse du texte (point de vue défendu par Montaigne)

Alors que lorsqu’on ment, on semble servir ses intérêts, au final on se tromper, mentir est clairement contreproductif puisqu’on perd la confiance d’autrui et que cela aboutit à être seul au monde puisque plus personne ne nous croit. Néanmoins, il ne s’agit pas non plus de penser que la vérité consiste à tout dire ! Il faut simplement être fidèle à soi-même lorsque l’on parle.


5) Enjeu

L’enjeu de ce texte est, pour Montaigne, double : 1° montrer que la vérité n’est pas un idéal inatteignable, absolu, et extrêmement difficile à tenir, mais bien plus une affaire de loyauté et de fidélité à soi-même ; 2° retourner la situation et montrer qu’on perd plus à mentir qu’à dire vrai, si on est vraiment calculateur.


6) Annonce du plan (étapes par lesquelles Montaigne procède). 

Montaigne procède ainsi en deux temps. 

D’abord, il s’intéresse à la vérité, en donne une définition et montre qu’elle est le pilier de la morale et que quelles que soient les circonstances, il faut l’aimer. La vérité est un idéal qu’il faut poursuivre à tout prix, ni par intérêt ni par utilité, et sans aucune feinte.

Ensuite, dans un second temps, Montaigne va s’intéresser davantage au mensonge en montrant d’une part que la vérité n’est pas un idéal absolu et inatteignable, mais tout à fait mesuré, et qu’on gagne plus à la dire qu’à mentir, car mentir met en péril toute relation avec autrui, ce qui est encore plus grave d’un point de vue politique évidemment.


PROPOSITION DE PLAN

I. Aimer la vérité pour elle-même, quelles que soient les circonstances, ou le fondement de la morale.

« Apollonios disait qu’il appartenait aux esclaves de mentir et aux hommes libres de dire la vérité. »

↳ Montaigne débute cet extrait en reprenant à son compte la formule d’un poète le précédant de presque mille ans. Autant dire que sa position est plus que classique. Quelle est telle ? Son idée est que la morale, ici symbolisée par le fait de dire la vérité et de refuser de mentir dépend de notre nature : si l’on est esclave ou homme libre, on ne se comportera pas de la même façon... La grandeur de l’homme dépend donc de sa condition. Une telle thèse serait inacceptable de nos jours.


« C’est la première partie de la vertu, la partie fondamentale. Il faut l’aimer pour elle-même. » 

↳ Pour Montaigne, le fait de dire la vérité est la « première partie de la vertu », au sens de partie fondamentale. C’est-à-dire qu’elle est étroitement liée à la morale, qu’elle en est le point de départ. Nous avons donc ici une caractérisation de la vérité comme pilier fondateur de la morale.


« Celui qui dit vrai parce qu’il y est par ailleurs obligé et parce que cela lui est utile et qui ne craint pas de dire un mensonge quand cela n’a d’importance pour personne n’est pas suffisamment véritable. »

↳ Montaigne fait une distinction entre dire la vérité par contrainte (c’est en ce sens-là qu’il faut entendre le terme d’“obligation”) et par intérêt ou utilité, et la dire parce qu’on est convaincu qu’il faut la dire. Selon lui, ce n’est pas une attitude loyale ou morale.


« Mon âme, par sa nature, fuit fermement la menterie et en déteste même la pensée. J’ai une honte intérieure et un remords piquant si parfois le mensonge m’échappe, comme parfois il m’échappe quand les circonstances me surprennent et me troublent à l’improviste. »

↳ Pour être moral, il faut donc, en toutes circonstances fuir la menterie et en détester même la pensée. C’est donc presque une allergie intérieure qu’il faut ressentir envers elle, et aimer la vérité pour elle-même, quelles que soient les circonstances, même si mentir n’a aucune importance directe. Montaigne, en parlant à la première personne, donne une image de ce que doit être un homme ferme moralement, il en donne même le vécu. Un homme moral qui ment va ressentir de la honte, un remords... parce qu’il ne correspond plus à la valeur qu’il s’était fait de lui-même.


II. Les limites de la vérité et les conséquences du mensonge.

« Il ne faut pas toujours tout dire, car ce serait une sottise ; mais ce qu’on dit, il faut que ce soit tel qu’on le pense ; autrement, c’est de la perversité. »

↳ Dire la vérité, quoiqu’il en soit, ne signifie pas tout dire tout le temps. Il ne s’agit pas de quelque chose de quantitatif et d’exhaustif. Il s’agit simplement, lorsque l’on parle, de dire ce que l’on pense, sans se cacher, sans omettre, en étant pur. La vérité est donc une affaire de qualité et non de quantité. Dans ce début de seconde partie, Montaigne s’attache donc à préciser la définition de la vérité qu’il avait donnée jusqu’alors, en en énonçant les limites. La vérité n’est pas absolue quantitativement. 


« Je ne sais pas quel avantage mes contemporains attendent de la feinte et de la dissimulation continuelle de leurs pensées si ce n’est de n’être pas crus lors même qu’ils disent la vérité ; cela peut tromper une fois ou deux les hommes ; »

↳ Montaigne dit deux choses ici. D’abord, il place son propos dans un contexte, la contemporanéité dans laquelle il vit, entouré de personnes qui mentent, « feignent et dissimulent ». Ensuite, il met en évidence les conséquences de tels mensonges : on ne gagner rien à mentir, excepté à perdre la confiance d’autrui. Montaigne table ici sur le paradoxe du menteur : à force de mentir, même quand il dit la vérité le menteur risque de ne pas être cru. Montaigne montre ainsi qu’il n’y a aucun avantage réel à mentir.


« ... mais proclamer ouvertement que l’on dissimule, et se vanter, comme l’ont fait certains de nos princes, qu’ils jetteraient leur chemise au feu si elle était dans le secret de leurs intentions [...], et dire que si l’on ne sait pas feindre, on ne sait pas régner, c’est avertir ceux qui ont à négocier avec eux qu’il n’y a que tromperie et mensonge dans ce qu’ils leur disent. »

↳ Effet de mode, du temps de Montaigne on se vante d’être menteur, on le proclame comme s’il s’agissait d’une fierté, on prévient le peuple qu’on est un prince calculateur (comment ici ne pas penser à Machiavel ?). On ne rend pas compte que se faisant on perd tout : la confiance du peuple d’une part, la confiance de ceux avec qui l’on négocie, d’autre part. 

Alors que le mensonge de personne à personne peut avoir des effets dévastateurs sur les relations humaines puisqu’il aboutit à une perte absolue de confiance, le mensonge en politique est encore pire : on se sert mais on perd à la fois son peuple et les nations alentour.

Ce qui permet alors sans doute de revenir sur la véracité de la première phrase, ou de la prendre ironiquement : on ne ment pas forcément que quand on est esclave au sens strict du terme, mais surtout quand on est esclave de soi-même, de ses pulsions de pouvoir, de domination, de ses instincts.

Par un calcul donc, il paraît bien plus avantageux de dire le vrai que de mentir.

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac S le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac S

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac S

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?