L'historien et les mémoires de la guerre d'Algérie - Histoire Géographie - Terminale

L'historien et les mémoires de la guerre d'Algérie - Histoire Géographie - Terminale

Retrouvez sur digiSchool le cours d'Histoire de Terminale sur l'Historien et les mémoires de la Guerre d'Algérie, rédigé par notre professeur.

Dans ce cours, vous étudierez pourquoi les mémoires de la guerre d'Algérie apparaissent encore aujourd'hui conflictuelles, mais aussi quelles contributions apportent les historiens face aux mémoires douloureuses qui s'expriment des deux côtés de la Méditerranée.

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Cette fiche présente le premier chapitre du thème 1 Le rapport des sociétés à leur passé. Pour traiter ce thème, le professeur pouvait choisir entre l'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France et l'historien et les mémoires de la guerre d'Algérie. L'objectif est de montrer l'évolution des mémoires et du travail des historiens qui étudient la guerre d'Algérie, de la fin du conflit à de nos jours.

PRÉREQUIS

Avant d’aborder cette fiche, il faut avoir en tête le déroulé de la guerre d'Algérie. Pour cela, les élèves de Terminales peuvent se référer à leurs cours de 3e ou de Première. Il faut garder en tête que la guerre d'Algérie oppose l'Algérie à la France, qui a colonisé le pays depuis 1830.

OBJECTIFS

Après la lecture de cette fiche, il faut avoir en tête que la mémoire est différente en Algérie et en France :

  • En Algérie, la mémoire est utilisée par l'État pour développer une identité algérienne. Elle est cependant sélective et valorise les actions du Front de Libération Nationale. Elle laisse donc de côté les mémoires des autres groupes nationaux. Le travail des historiens algériens progresse cependant, notamment avec l'aide des historiens français.
  • En France, le gouvernement français choisit tout d'abord de ne pas considérer la période 1954-1962 comme une guerre. Ainsi, les évènements sont longtemps passés sous silence. Certaines mémoires se développent toutefois, comme celles des harkis, des militaires ou des pieds-noirs. Des associations tentent d'obtenir une reconnaissance de l'État : c'est le cas en 1999, lorsqu'une loi française officialise l'appellation « guerre d'Algérie ».

Les notions suivantes sont à maîtriser : Toussaint rouge, Front de Libération Nationale, Armée de Libération Nationale, pieds-noirs, nostalgérie, harkis.

Les repères suivants sont à maîtriser : 1962 : indépendant de l’Algérie, 1999 : l’Assemblée Nationale vote la reconnaissance de l’expression « guerre d’Algérie ».

Les personnages suivants sont à maîtriser : Charles de Gaulle, Houari Boumédiène, Benjamin Stora, Abdelaziz Bouteflika.

INTRODUCTION

La guerre d'Algérie, après des révoltes depuis 1945 (notamment les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata), commence en 1954 par la Toussaint Rouge : il s'agit d'une journée pendant laquelle le Front de Libération Nationale (FLN) commet une série d'attentats en Algérie, à l'époque colonisée par la France. 

La guerre perdure jusqu'en 1962, date à laquelle sont signés les accords d'Évian : ces accords mettent fin à la guerre et donne l'indépendance à l'Algérie. Cependant, les violences ne s'arrêtent pas en Algérie, qui fait face à des massacres de population et un coup d'État en 1965.

Ce conflit, qui s’inscrit dans le contexte de la décolonisation, revêt pour les deux États une importance particulière dans la mesure où il continue de peser lourdement sur les relations qu’entretiennent jusqu’à aujourd’hui les pays en question. En effet, après une véritable politique de « l’oubli » c’est une réelle opposition des mémoires qui perdurent depuis la reconnaissance officielle de l’indépendance de l’Algérie en juillet 1962.

Il faut cependant faire attention à différencier histoire et mémoire :

  • Lorsqu’il travaille un événement, l’historien s’appuie sur l’analyse critique de sources et évite toute implication personnelle. L’histoire doit donc être dénuée de toute subjectivité afin d’atteindre une vérité historique la plus exacte possible ;
  • Au contraire, la mémoire s’appuie sur le souvenir et le témoignage d’acteurs qui ont vécu les événements et cherchent à le transmettre aux populations. Selon l’historien Pierre Nora, la mémoire entretient un rapport affectif au vécu.

Cependant, la mémoire peut être une source permettant à l’historien de construire l’histoire.

Problématiques :

  • Pourquoi les mémoires de la guerre d’Algérie apparaissent-elles encore aujourd’hui si conflictuelles ?
  • Quelles contributions peuvent apporter les historiens face aux mémoires douloureuses qui s’expriment des deux côtés de la Méditerranée ?

I. LA GUERRE D’ALGÉRIE, UNE « GUERRE SANS NOM »

A.  Une guerre cachée par la France

L’État français n’a reconnu que très tardivement la situation de guerre sur le territoire algérien. L’Algérie était en effet une colonie au statut très particulier, elle faisait partie intégrante de la France puisque composée de trois départements : Oran, Alger et Constantine. Parler de guerre à propos des attentats qui sont déclenchés le 1er novembre 1954, c’était reconnaître une situation de guerre civile sur le sol français. Au lendemain de la Toussaint rouge, le ministre de l’Intérieur de l’époque, François Mitterrand, qui s’exprime dans les journaux est très clair : « L’Algérie c’est la France ! ».

DÉFINITION : Toussaint rouge. La Toussaint rouge, qui se déroule le 1er novembre 1954, désigne une série d'attentats organisés par le Front de Libération Nationale (FLN) en Algérie pour lutter contre la colonisation française.

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Les gouvernements qui se succèdent parlent donc d’«événements», d’«opérations de pacification», même si certains médias évoquent dès 1955 la « sale guerre », au risque d’être censurés et saisis. Mais face à quelques journalistes, c’est le discours officiel qui prévaut largement, l’objectif étant d’abord de ne pas inquiéter les populations.

B. Un oubli des deux côtés de la Méditerrannée

 Après la fin des combats, s’ouvre alors une période où les deux États gèrent les mémoires de façon différente :

En France, Charles de Gaulle, président de la République depuis 1958, souhaite rapidement tourner la page du drame algérien.

PERSONNAGE : Charles de Gaulle (1890-1970). Il est le chef des Forces Françaises Libres (Résistance française) lors de la Seconde Guerre mondiale. Il préside le GPRF de 1944 à 1946 puis est élu président de la Ve République en 1958. Il reste à cette fonction jusqu’à sa démission, en 1969.

L’oubli est d'abord organisé par toute une série de lois d'amnistie (annulant les sanctions) entre 1962 et 1982 : ainsi, les auteurs d’exactions, d’actes de torture et même les généraux qui ont organisé le coup d’État avorté de 1961 sont amnistiés en 1968. 

Ces actes montrent une volonté d’occulter une période durant laquelle les Français furent largement divisés. En effet, l'unité nationale française avait été mise à mal entre les partisans de l’Algérie française qui prônent parfois l’action violente (comme l’Organisation armée secrète) mais aussi les défenseurs d’une Algérie algérienne. Ne pas parler de cette guerre permet alors d’évacuer des traumatismes dont les acteurs restaient encore très présents, y compris dans les sphères politiques.

En Algérie, après avoir connu une présidence de l'un des chefs du FLN, Ahmed Ben Bella, le pouvoir est détenu par Houari Boumédiène dès 1965 suite à un coup d'État.

PERSONNAGE : Houari BOUMÉDIÈNE (1932-1978). Il est le chef militaire de l’ALN de 1959 à 1962, puis un personnage politique à partir de l’indépendance de l’Algérie. Il est président du Conseil de la Révolution, suite à un coup d’État, de 1965 à 1976, puis président de la République de 1976 à sa mort, en 1978.

Le discours officiel fait l’objet d’une véritable confiscation par le pouvoir. L’expression de « guerre de Libération » est employée comme celle de « révolution nationale » pour forger un mythe unitaire. Le Front de Libération Nationale (FLN) avec son bras armé, l'Armée de libération nationale (ALN), apparaît comme la source unique du nationalisme algérien.

DÉFINITION : Front de Libération Nationale (FLN). Le Front de Libération Nationale (FLN) est un parti politique algérien fondé en 1954 qui milite pour l’indépendance de l’Algérie. Après l’indépendance en 1962, le FLN prend le pouvoir et met en place un régime de parti unique.

DÉFINITION : Armée de Libération Nationale (ALN). L’Armée de Libération Nationale (ALN) est le bras armé du Front de Libération Nationale (FLN), fondé en 1954. L’organisation est active pendant la guerre d’Algérie, de 1954 à 1962.   

C’est une façon de masquer les divisions qui existaient au sein des mouvements nationalistes algériens. Les mouvements rivaux du FLN comme celui de Messali Hadj, le Mouvement Nationaliste Algérien (MNA) sont oubliés, la violence effectuée par le FLN est tue, le nombre des victimes algériennes souvent surévalué de manière à rejeter toutes les fautes sur les Français. Même des héros de la guerre d’indépendance, comme Ben Bella, chef historique du FLN et premier président de l’Algérie, sont mis en prison après s’être montrés hostiles au nouveau pouvoir. De même, la part active de la Kabylie dans cette guerre d’indépendance est largement occultée par l’État : elle est reléguée au rang d’« ennemi interne » face au discours officiel qui vante les mérites d’un peuple algérien uniquement arabo-musulman.

C. Une nécessaire reconnaissance des victimes

Différents types de mémoires naissent au sortir de la guerre :

- Celle des pieds-noirs : ce sont des Européens qui quittent l’Algérie à la suite des accords d'Évian.

DÉFINITION : Pieds-noirs. Les pieds-noirs sont des Français installés en Afrique du Nord jusqu’à l’époque de l’indépendance.

Ils laissent derrière eux leurs biens – la formule « la valise ou le cercueil ? » résume leurs enjeux au sortir de la guerre. Ils s'installent en France, notamment en Corse, dans le Sud-Ouest et sur la côte d’Azur. Cette population diversement accueillie, réclame des indemnisations pour leurs pertes et la reconnaissance de leur statut de victimes. Elle représente également une forme de culture soucieuse d’entretenir le souvenir de la terre perdue. Ce phénomène, surnommé nostalgérie, est visible dans quelques chansons de Gaston Ghrenassia.

DÉFINITION : Nostalgérie. La nostalgérie désigne la nostalgie éprouvée par les pieds-noirs, obligés de quitter l’Algérie après l’indépendance du pays.

Chanteur français né à Constantine en 1938, il quitte l’Algérie en 1961 et devient rapidement une célébrité sous le nom d’Enrico Macias. Il est aussi un des représentants des pieds-noirs en France.

Extrait de « Adieu mon pays », chanson d’Enrico Macias (1962).

« J'ai quitté mon pays

J'ai quitté ma maison

Ma vie, ma triste vie

Se traîne sans raison

J'ai quitté mon soleil

J'ai quitté ma mer bleue

Leurs souvenirs se réveillent

Bien après mon adieu

Soleil ! Soleil de mon pays perdu

Des villes blanches que j'aimais

Des filles que j'ai jadis connues

[…]

Mais du bord du bateau

Qui m'éloignait du quai

Une chaîne dans l'eau

A claqué comme un fouet »

- Celle des harkis : ils désignent les anciens combattants algériens pour la cause française.

DÉFINITION : Harkis. Les harkis sont des Algériens engagés dans l’armée française durant la guerre d’Algérie.

A l’issue de la guerre, seule une minorité, 40 000 environ sur 300 000 harkis, réussissent à gagner le territoire métropolitain français. Ceux qui restent, délaissés par l’armée et les autorités françaises, sont le plus souvent massacrés. Ils sont alors considérés comme des « collaborateurs » par les nationalistes algériens et oubliés voire méprisés par les pouvoirs publics français lorsqu’ils arrivent en métropole. 

Ainsi, pendant très longtemps, ils n’ont aucune place dans les cérémonies de commémorations en France. Par ailleurs, ils rejettent la date du 19 mars 1962 comme commémoration de la fin de la guerre d’Algérie, car pour eux cette date marque le début de massacres sanglants.

- Celle des militaires. Les soldats français dans le conflit sont d’abord des engagés. Ils sont rejoints à partir de 1956 par les appelés du contingent, venus de métropole, avec peut-être une autre perception du conflit. A leur retour, les expériences personnelles sont multiples et diverses ainsi que les sentiments.

II. DÉVELOPPEMENT DES POLITIQUES MÉMORIELLES À LA FIN DU XXe SIÈCLE

A. Des contextes politiques pesants

La montée des débats autour de la question du racisme en France dans les années 1980 est corrélée à la montée dans les scrutins du Front national, parti politique d’extrême droite qui fait de l’immigration un des maux de la France d’alors. En 1983, une marche contre le racisme réunit 100 000 personnes.

En 1991, des enfants de harkis se révoltent pour souligner l’humiliation qui a été faite à leurs parents et les conditions de vie très dures qui leur ont été infligées sans aucune reconnaissance des sacrifices consentis pour la France.

En Algérie, la décennie 1980 est inaugurée par le printemps berbère : le mythe de l’unité nationale vole en éclat. Le président Bendjedid réhabilite certains opposants tandis que le contrôle sur les publications d’histoire diminue : de nouvelles études montrent l'hétérogénéité de la population opposée à la puissance coloniale, notamment grâce à un regard porté sur l’identité kabyle. Lors de la décennie suivante, la guerre civile entre islamistes et État algérien redonne à la guerre d’Algérie une importance symbolique très forte. Ainsi, la responsabilité de cette guerre est incombée à la France uniquement.

B. Les enjeux mémoriels en France

L’historien Benjamin Stora évoque une « accélération mémorielle » qui démarre une vingtaine d’années après la fin de la guerre d’Algérie.

PERSONNAGE : Benjamin STORA. Benjamin Stora (né en 1950) est un historien français qui a étudié l’histoire de l’Algérie, et notamment la guerre d’Algérie. 

Des commémorations locales, concernant quelques acteurs de la guerre, donnent parfois lieu à polémique. Les pieds-noirs entretiennent ainsi le souvenir de leur traumatisme par des retrouvailles, des pèlerinages, la publication de nombreux témoignages pour la reconnaissance de leur situation.

Des associations travaillent aussi à l’entretien de cette mémoire et à son intégration dans l’histoire nationale. La Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA) pousse à son enseignement dans les écoles : ainsi, la guerre d’Algérie entre dans les programmes scolaires des lycées en 1983.

Certains faits sont aussi portés sur la scène médiatique au nom de la lutte contre l’oubli. Lors du procès Papon en 1997, des associations militantes rappellent que celui qui est alors poursuivi pour son action durant la Seconde Guerre mondiale était aussi préfet de Paris en 1961. Le 17 octobre de cette année, de nombreux Algériens sont tués par une répression sanglante des forces de l’ordre contre leur manifestation.

Même si la volonté d’apaiser les tensions semble prévaloir au début des années 1980, les approches mémorielles demeurent assez différentes des deux côtés de la Méditerranée.

C. Les enjeux mémoriels en Algérie

Alors que le FLN se lance dans la collecte des témoignages, débute à Alger la construction du monument aux martyrs en 1982. Cette réécriture de l’histoire demeure fortement contrôlée par l’État. Ainsi, les chefs historiques du FLN comme Ben Bella, qui sort de prison en 1979, demeurent exclus d’une histoire qui reste largement officielle.

L’ouverture d’une première chaire d’histoire contemporaine à Alger en 1992 semble marquer toutefois un début d’ouverture. En pleine « décennie noire » - entre 1992 et 2002, après l’annulation de la victoire du Front Islamique de Salut (F.I.S.) aux élections, des groupes islamistes (G.I.A et F.I.S.) multiplient les actions terroristes en Algérie, il y aurait eu jusqu’à 150 000 morts d’après des estimations officielles - le président Abdelaziz Bouteflika tente de reprendre et élargir l’effort de réhabilitation de l’ensemble des acteurs de la guerre.

 

PERSONNAGE : Abdelaziz BOUTEFLIKA. Abdelaziz Bouteflika (né en 1937) intègre l’ALN pendant la guerre d’Algérie. Après l’indépendance de l’Algérie, il occupe de multiples fonctions de ministre, puis devient président de l’Algérie dès 1999.  

On assiste à une libéralisation relative de l’édition, les villes et communes algériennes honorent leurs héros locaux. L’accès aux archives reste difficile cependant. Dans les ouvrages scolaires, la période coloniale est présentée comme une parenthèse de l’histoire algérienne tandis que la guerre continue à jouer un rôle d’événement fondateur de la nation.

III. UNE QUESTION QUI CONTINUE À GÊNER LES RELATIONS ENTRE LA FRANCE ET L’ALGÉRIE AUJOURD’HUI

A. Reconnaître la guerre et la torture

Durant le conflit, la question de la torture en Algérie avait été abordée avec des ouvrages tels que celui d’Henri Alleg, militant du parti communiste algérien, La Question. Bien que censuré, ce livre publié en 1958 dans les pays voisins a connu un réel succès dépassant les 50 000 exemplaires.

Cependant, les historiens ne purent que difficilement se pencher sur ces questions à l’issue du conflit. Les archives demeuraient fermées pour les chercheurs et les travaux qui pouvaient être entrepris en ce sens comme ceux de Pierre Vidal Naquet, dont l'ouvrage est intitulé La Torture dans la République (1972), étaient marginalisés voire censurés.

Cette question ressurgit avec force dans les années 2000. Louisette Ighilariz, une ancienne militante du FLN, accuse des généraux français, comme Massu ou Bigeard, d’avoir fait pratiquer des actes de torture. Parallèlement, le général Aussaresses indique dans ses mémoires que de telles pratiques avaient bien lieu et les justifie : il est de ce fait condamné en 2001 pour apologie de crimes de guerre. Une jeune historienne, Raphaëlle Branche, publie en 2000 un ouvrage issu de sa thèse saluée par les membres du jury : La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962.

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Ainsi, le tournant des années 2000 marque une réelle avancée dans l’évolution des mémoires de la guerre d’Algérie. L’État français, par l’intermédiaire de l’Assemblée nationale, relaie ce réveil des mémoires en votant pour la première fois, le 10 juin 1999, la reconnaissance de l’expression « guerre d’Algérie » pour qualifier la période qui s’étend de 1954 à 1962.

REPÈRE : Reconnaissance de l'expression "guerre d'Algérie". En 1999, l’Assemblée nationale vote la reconnaissance de l’expression « guerre d’Algérie ».

B. Un enjeu diplomatique et sociétal

Des conflits persistent en France. Ainsi, en octobre 2001, le match amical de football France-Algérie tourne à l’émeute. Une partie du public siffle La Marseillaise tandis que la pelouse est envahie par des centaines de spectateurs ; à la 76ème minute, la rencontre est interrompue. Les médias se déchainent et dénoncent un nouveau débordement des banlieues sans prendre en compte suffisamment la dimension historique et mémorielle d’une telle rencontre.

En voyage à Alger en 2003, le président Chirac reçoit un accueil triomphal, il propose à son homologue Bouteflika de signer un traité d’amitié et de coopération. Plus de dix années ont passé et aucun traité n’a été signé. Le discours victimiste du président algérien demeure très fort : les comportements des Français durant la guerre d’Algérie sont comparés à ceux des nazis. 

Par ailleurs, le président algérien emploie régulièrement le terme de génocide. Il n’est pas du tout certain que la population algérienne adhère à un tel discours qui peut sembler en contradiction avec les aspirations d’une jeunesse qui lorgne de l’autre côté de la Méditerranée.

L’État algérien a exigé comme condition première à la signature de tout traité d’amitié la reconnaissance par le gouvernement français des exactions coloniales et la présentation d’excuses. Une partie de la classe politique française s’oppose vivement à cette « repentance » et n’envisage aucunement de présenter des excuses. 

De plus, la loi de 2005 votée en France sur les « aspects positifs de la colonisation » fait remonter la tension entre les deux pays. Par ailleurs, la tension est régulièrement réactivée par la sortie de films cinématographiques qui rappellent combien ces mémoires restent sensibles.

Des gestes démontrent des liens complexes entre la France et l'Algérie :

  • Le 18 octobre 2012, le président François Hollande reconnait la responsabilité de l’État français dans les massacres à Paris du 17 octobre 1961.
  • En 2013 puis en 2015, le président Bouteflika vient se faire soigner en France, officiellement d’un ulcère hémorragique.

C. Le travail des historiens

Au début du XXIe siècle, les études historiques se multiplient sur différents sujets ayant trait à la guerre d’Algérie en pleine période de « déferlement mémoriel » qui se traduit par des inaugurations de plaques, de monuments, de noms de rues. Un des travaux les plus aboutis est l’ouvrage de Mohamed Harbi et de Benjamin Stora : La Guerre d’Algérie, la fin de l’amnésie : celui-ci constitue une synthèse assez représentative de l’état des recherches à l’heure actuelle. 

Le fait que des historiens des deux pays puissent désormais travailler ensemble, participer à différents colloques laisse poindre une histoire partagée qui peut être le prélude à des mémoires apaisées, sur la guerre d’Algérie mais aussi sur la période coloniale. 

En ce sens, l’ouvrage dirigé par Frédéric Abécassis et Gilbert Meynier parait en 2006 à l’issue d’un colloque organisé à Lyon en juin de la même année : Pour une histoire franco-algérienne, avec pour sous-titre : En finir avec les pressions officielles et les lobbies de mémoire.

Conclusion

  • Pourquoi les mémoires de la guerre d’Algérie apparaissent-elles encore aujourd’hui si conflictuelles ?
  • Quelles contributions peuvent apporter les historiens face aux mémoires douloureuses qui s’expriment des deux côtés de la Méditerranée ?

Les interrelations qu’entretiennent mémoires et histoire sont par nature complexes. Cette complexité dans le cadre de la guerre d’Algérie est renforcée encore par la division des communautés, leur diversité qui renvoie à la multiplicité des enjeux et des acteurs en cause. Face à cela, les États ont d’abord servi leurs propres intérêts en prenant peu en compte les souffrances des peuples, leurs blessures, et en privilégiant longtemps des discours officiels loin de la réalité des situations subies. 

C’est la tâche des historiens de faire comprendre le passé, en tentant de donner la parole à tous les protagonistes de cette époque, et en faisant émerger les mémoires tues, celles qui ne sont pas entendues au nom d’intérêts parfois contradictoires.

Le chapitre pour le bac

Il est possible d’avoir à traiter le jour du baccalauréat :

  • Pour toutes les sections, un sujet de composition « l'historien et les mémoires de la guerre d'Algérie » ;
  • Pour les sections S, une analyse d'un ou de deux documents ; pour les sections L et ES, une étude critique d’un ou de deux documents.

LE PETIT + DANS TA COPIE

Citer des noms précis d'historiens qui ont travaillé sur la guerre d’Algérie et les titres de leurs ouvrages.

POUR ALLER PLUS LOIN…

À VOIR : Les films …

  • FAUCON, Philippe (réalisateur), La Trahison, 2006
  • SIRI, Forent (réalisateur), L’ennemi intime, 2007
  • BOUCHAREB, Rachid (réalisateur), Hors-la-loi, 2010
  • BOUCHAREB, Rachid (réalisateur), Indigènes, 2006

À LIRE :

  • Benjamin Stora, La guerre des mémoires : la France face à son passé colonial, Éditions de l’Aube, 2007
Fin de l'extrait

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Les avis sur ce document

FannyJ18
5 5 0
20/20

Bonjour, ce document est un cours complet sur le chapitre des mémoires. Il est possible que vous n'ayez peut-être pas tout vu, mais cela vous donne un peu plus de matière pour votre bac. Le dernier paragraphe est en effet un extrait de document qui illustre bien les relations entre la France et l'Algérie :) Bonnes révisions !

par - le 10/05/2017
benjibuaron
5 5 0
20/20

trop compliqué, le dernier titre est un extrait de texte pas un développement

par - le 06/05/2017

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