Marcel Proust A la recherche du temps perdu Du côté de Chez Swann Combray Analyse de texte - 1ère S

Marcel Proust A la recherche du temps perdu Du côté de Chez Swann Combray Analyse de texte - 1ère S

Ce cours est proposé par digiSchool de première S en français sur l'analyse de texte Du côté de chez Swan de Marcel Proust avec la partie sur Combray.

Cette leçon a été réalisée par notre professeur de français de 1ère S sur Combray avec tout d'abord le récit d'un sommeil trouble avec la confusion spatio-temporelle, la perception par le corps et l'univers familier. Puis une description des personnages à travers leurs intrigues et enigmes.

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Marcel Proust A la recherche du temps perdu Du côté de Chez Swann Combray Analyse de texte - 1ère S

Le contenu du document

 

 

Les premiers personnages

 

"Peut-être l’immobilité des choses autour de nous leur est-elle imposée par notre certitude que ce sont elles et non pas d’autres, par l’immobilité de notre pensée en face d’elles. Toujours est-il que, quand je me réveillais ainsi, mon esprit s’agitant pour chercher, sans y réussir, à savoir où j’étais, tout tournait autour de moi dans l’obscurité, les choses, les pays, les années. Mon corps, trop engourdi pour remuer, cherchait, d’après la forme de sa fatigue, à repérer la position de ses membres pour en induire la direction du mur, la place des meubles, pour reconstruire et pour nommer la demeure où il se trouvait. Sa mémoire, la mémoire de ses côtes, de ses genoux, de ses épaules, lui présentait successivement plusieurs des chambres où il avait dormi, tandis qu’autour de lui les murs invisibles, changeant de place selon la forme de la pièce imaginée, tourbillonnaient dans les ténèbres. Et avant même que ma pensée, qui hésitait au seuil des temps et des formes, eût identifié le logis en rapprochant les circonstances, lui, - mon corps, - se rappelait pour chacun le genre du lit, la place des portes, la prise de jour des fenêtres, l’existence d’un couloir, avec la pensée que j’avais en m’y endormant et que je retrouvais au réveil. Mon côté ankylosé, cherchant à deviner son orientation, s’imaginait, par exemple, allongé face au mur dans un grand lit à baldaquin, et aussitôt je me disais : « Tiens, j’ai fini par m’endormir quoique maman ne soit pas venue me dire bonsoir », j’étais à la campagne chez mon grand-père, mort depuis bien des années ; et mon corps, le côté sur lequel je reposais, gardiens fidèles d’un passé que mon esprit n’aurait jamais dû oublier, me rappelaient la flamme de la veilleuse de verre de Bohême, en forme d’urne, suspendue au plafond par des chaînettes, la cheminée en marbre de Sienne, dans ma chambre à coucher de Combray, chez mes grands-parents, en des jours lointains qu’en ce moment je me figurais actuels sans me les représenter exactement, et que je reverrais mieux tout à l’heure quand je serais tout à fait éveillé. 

Puis renaissait le souvenir d'une nouvelle attitude ; le mur filait dans une autre direction : j'étais dans ma chambre chez Mme de Saint-Loup, à la campagne. Mon Dieu ! Il est au moins dix heures, on doit avoir fini de dîner ! J'aurai trop prolongé la sieste que je fais tous les soirs en rentrant de ma promenade avec Mme de Saint-Loup, avant d'endosser mon habit. Car bien des années ont passé depuis Combray, où, dans nos retours les plus tardifs, c'était les reflets rouges du couchant que je voyais sur le vitrage de ma fenêtre. C'est un autre genre de vie qu'on mène à Tansonville, chez Mme de Saint-Loup, un autre genre de plaisir que je trouve à ne sortir qu'à la nuit, à suivre au clair de lune ces chemins où je jouais jadis au soleil ; et la chambre où je me serai endormi au lieu de m'habiller pour le dîner, de loin je l'aperçois, quand nous rentrons, traversée par les feux de la lampe, seul phare dans la nuit."

 

INTRODUCTION

 

Ce passage suit directement l'incipit de la première partie du premier tome d'A la Recherche du temps perdu, qui s'intitule Combray. Alors que le Narrateur (qui n'a pas de nom et qu'il ne faut pas confondre avec l'auteur : nous ne sommes pas dans une autobiographie) décrit ses impressions alors qu'il n'arrive pas à trouver le sommeil va ici enfin nous livrer, de manière retardée, les premières informations sur l'histoire du roman. Mais tout cela reste encore confus, et le lecteur se fait enquête « à la recherche » de l'intrigue et des personnages.

Comment ce texte qui est encore l'évocation des problèmes nocturnes du narrateur nous fournit-il des indications sur la situation romanesque ?

Pour le savoir, nous étudierons dans un premier temps le récit des perceptions d'une demi-conscience, puis dans un deuxième temps les informations fournies par ce passage.

 

Le récit d'un sommeil trouble 

 

Une confusion spatio-temporelle 

Le texte commence par le récit d'un sommeil troublé et la description des sensations du Narrateur alors que sa conscience est altérée par le demi-sommeil.

Nous relevons dans le texte les marques de cette confusion qui est une confusion des perceptions, c'est-à-dire une confusion spatio-temporelle : « mon esprit s'agitant pour chercher, sans y réussir, à savoir où j'étais, tout tournait autour de moi dans l'obscurité, les choses, les pays, les années. »,  « mon corps, trop engourdi pour remuer, cherchait etc », « avant même que ma pensée, qui hésitait au seuil des temps et des formes, eût identifié le logis en rapprochant les circonstances », « cherchant à deviner son orientation », etc.

Cette confusion spatio-temporelle n'a pas simplement pour but de nous plonger, par la lecture, dans l'état d'une semi-conscience, dans l'état d'une insomnie. Même si cette volonté d'ouvrir le roman à ces impressions est nouvelle (on parlera souvent de « roman impressionniste » à l'égard de Proust), c'est surtout pour permettre au passé de surgir et de se mêler au présent. D'où cette phrase paradoxale, « puis renaissait le souvenir d'une nouvelle attitude » (la « renaissance (…) d'une nouvelle attitude » paraissant a priori assez difficile), qui fait que les époques se confondent. Or, cela, nous le verrons, n'est pas un hasard...

 

La perception par le corps 

Dans ce passage, nous assistons à une dichotomie entre le corps et l'esprit

En effet, nous sommes les témoins d'une séparation entre les deux parties, une séparation qui est la cause même de la confusion. Ainsi, le narrateur parle de son corps à la troisième personne du singulier (en plus du pronom sujet, nous trouvons des pronoms possessifs de la troisième personne), et il est même doté d'une mémoire propre : « Sa mémoire, la mémoire de ses côtes, de ses genoux, de ses épaules, lui présentait successivement plusieurs des chambres où il avait dormi, tandis qu’autour de lui les murs invisibles, changeant de place selon la forme de la pièce imaginée, tourbillonnaient dans les ténèbres. »

Cette séparation du corps et de l'esprit est clairement indiquée par le balancement logique de la phrase suivante : « avant même que ma pensée, qui hésitait au seuil des temps et des formes, eût identifié le logis en rapprochant les circonstances, lui, - mon corps, - se rappelait etc ».

 

Un univers familier 

Cette confusion est d'autant plus forte qu'elle se manifeste dans un univers familier.

Nous sont ainsi fournies des indications que l'on attendait plus tôt dans le récit. 

 

  • les lieux : « Combray, chez mes grands-parents », à la campagne, à « Tansonville ».
  • les différents âges du narrateur. L'écheveau des différentes couches temporelles sont difficiles à démêler ici. Nous avons le narrateur enfant : « j'ai fini par m'endormir quoique mamant ne soit pas venue me dire bonsoir », l'évocation des gîtes chez les grands-parents, indiqués comme « des jours lointains » ; le narrateur adulte, qui a une vie sociale (le dîner, l'habit à endosser, Mme de Saint-Loup).

 

Ainsi, la conscience naît dans un milieu socio-économique donné, qui nous est précisé ici à travers le nom de la femme évoquée : « Mme de Saint-Loup » et le « dîner » qui se donne le soir. Nous sommes dans un milieu aisé, sûrement aristocratique.

Cet univers familier est donc construit non seulement à travers les perceptions intérieures, intimes du narrateur, mais également à travers son passé (la famille, le baiser à la « maman », ses promenades), ses habitudes (la sieste), et son présent intime : ainsi, il précise que « c'est un autre genre de vie qu'on mène à Tansonville, chez Mme de Saint-Loup, un autre genre de plaisir que je trouve à ne sortir qu'à la nuit ». 

 

TRANSITION

Nous comprenons que c'est justement le récit des perceptions altérées par l'état de semi-conscience (d'un demi-sommeil, d'un état de veille) qui permet au narrateur d'introduire progressivement les éléments qui rendent l'histoire compréhensible. Quels sont-ils ?

 

Des personnages

 

Après les lieux (la chambre à coucher, Combray, la campagne, Tansonville), nous trouvons déjà nommés une série de personnages qui sont nommés et caractérisés, sur lesquels nous avons quelques informations.

D'abord, la « maman », à qui le personnage est profondément attaché, au point qu'il ne peut pas s'endormir sans qu'elle vienne lui « dire bonsoir » (nous savons qu'en outre, dans le fameux questionnaire d'Antoinette Faure, à la question « Votre idée du malheur », Proust répondra « Être séparé de maman »).

Ensuite les « grands-parents », qui vivent à « Combray ». Nous apprenons que le grand-père est « mort depuis bien des années ».

Enfin, « Mme de Saint-Loup » qui semble être un personnage important, puisqu'elle a droit à un paragraphe à elle entier. On apprend que le narrateur a une « chambre » chez elle, « à la campagne » également, plus précisément à « Tansonville », qu'il est son ami puisqu'il fait tous les jours une « promenade avec Mme de Saint-Loup ». 

 

Une intrigue ?

Les éléments d'une intrigue romanesque se filent petit à petit.

D'abord, donc le milieu familial : la mère, les grands-parents, Combray ; ensuite, le milieu social figuré non seulement par une femme, mais en plus au nom énigmatique : Mme de Saint-Loup. Ce nom n'est pas un choix au hasard : un « loup » est un « masque ». Or, non seulement l'identité de cette femme, pour l'instant, nous échappe (le masque tombera au cours du récit), mais en plus c'est une femme qui – nous l'apprendrons –, comme sa mère, se joue des vérités et des mensonges.

Il y a donc l'opposition entre le monde clos et sécurisé de la famille, et le monde trompeur de la société. C'est cela l'intrigue du roman.

Il y a une opposition entre « maman » et « Mme de Saint-Loup ». C'est une opposition entre deux formes d'amour : un amour pur, nommé d'un nom universel (« maman ») et un amour compliqué, qui se cache : « Mme de Saint-Loup ». De la même manière, nous avons une opposition entre le nom des deux lieux cités (et on se souvient de l'importance qu'ont les noms de lieu chez Proust qui va jusqu'à appeler deux de ses romans, Nom de pays : le Nom, et Nom de pays : le Pays ) : « Combray », arrondi par sa nasale, familier et rassurant par son aspect campagnard et normand, s'oppose à « Tansonville », plus agressif, qui évoque aussi, par homonymie, le « taon » (outre que « temps » bien sûr) qui pique : c'est le « plaisir » et la douleur d'aimer.

Car le roman est aussi, évidemment, un roman d'amour. C'est l'« autre genre de vie », « l'autre genre de plaisir » que l'on trouve à « Tansonville », « la nuit ».

 

Des enigmes...

Proust cherche à maintenir le lecteur dans une attente et à éveiller sa curiosité. Le réveil devient l'image d'une lecture de roman : les choses prennent forme petit à petit. Malgré la modernité de l'apparence du texte, les processus littéraires restent les mêmes.

Nous sommes invités à imaginer ce qui va se passer. Qui est Mme de Saint-Loup ? La précision de cet « autre fente de plaisir que je trouve à ne sortir qu'à la nuit » est clairement une allusion à sa vie amoureuse, voire sexuelle. On saura, par exemple, que Mme de Saint-Loup est Gilberte, la fille d'Odette (celle dont sera amoureux Swann et qu'il épousera malgré ses mœurs déplacées). Or Gilberte est le premier amour du jeune Narrateur. Ainsi, en empruntant des subterfuges de noms, le Narrateur prépare le récit de ses « amours enfantines », mais aussi le récit des aventures des principaux personnages de son romans : Swann, Odette, Robert de Saint-Loup qui sera son meilleur ami et qui donc, nous le découvrons dès ces premiers pages, se mariera avec Gilberte, la fille de son enfance.

La Recherche s'apparente donc à la fois à une découverte du monde et à une découverte du roman lui-même.

 

Conclusion

Ce texte, très beau, a une construction progressive : l'évocation d'une séparation entre le corps et l'esprit, la confusion spatio-temporelle qui en résulte, permet au narrateur de commencer à introduire les personnages mais aussi l'intrigue du roman.

Roman d'amour, roman social, roman de la perception, A la Recherche du temps perdu est un peu tout cela. Entre les figures de l'amour pur et heureux (« Maman ») et celles de l'amour intense et douloureux (« Mme de Saint-Loup », Odette, Albertine...).

Mais nous voyons aussi que c'est le roman du roman. L'éveil, la conscience, sont des allégories du roman lui-même. Ainsi, il faut regarder attentivement ce que disent les mots, ce que valent, en eux-mêmes, ces mots. Roland Barthes allait jusqu'à dire que le véritable héros de La Recherche était « le Nom »...

Fin de l'extrait

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