Marcel Proust A la recherche du temps perdu Combray Les clochers de Martinville Analyse de texte - 1ère S

Marcel Proust A la recherche du temps perdu Combray Les clochers de Martinville Analyse de texte - 1ère S

Découvre ce cours de première S rançais sur Marcel Proust A la recherche du temps perdu avec "Les clochers de Martinville" dans la partie de Combray.

Cette leçon de francçais bac S présente dans un 1er temps ce monde en mouvement à travers le paysage, l'espace, le temps et points de vue. Puis analyse le réel sublimé avec la métamorphose des clochers, la symbolique des clochers et ce qui fait que l'écriture sublime le réel.

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Marcel Proust A la recherche du temps perdu Combray Les clochers de Martinville Analyse de texte - 1ère S

Le contenu du document

 

Sans me dire que ce qui était caché derrière les clochers de Martinville devait être quelque chose d’analogue à une jolie phrase, puisque c’était sous la forme de mots qui me faisaient plaisir, que cela m’était apparu, demandant un crayon et du papier au docteur, je composai malgré les cahots de la voiture, pour soulager ma conscience et obéir à mon enthousiasme, le petit morceau suivant que j’ai retrouvé depuis et auquel je n’ai eu à faire subir que peu de changements :

« Seuls, s’élevant du niveau de la plaine et comme perdus en rase campagne, montaient vers le ciel les deux clochers de Martinville. Bientôt nous en vîmes trois : venant se placer en face d’eux par une volte hardie, un clocher retardataire, celui de Vieuxvicq, les avait rejoints. Les minutes passaient, nous allions vite et pourtant les trois clochers étaient toujours au loin devant nous, comme trois oiseaux posés sur la plaine, immobiles et qu’on distingue au soleil. Puis le clocher de Vieuxvicq s’écarta, prit ses distances, et les clochers de Martinville restèrent seuls, éclairés par la lumière du couchant que même à cette distance, sur leurs pentes, je voyais jouer et sourire. Nous avions été si longs à nous rapprocher d’eux, que je pensais au temps qu’il faudrait encore pour les atteindre quand, tout d’un coup, la voiture ayant tourné, elle nous déposa à leurs pieds ; et ils s’étaient jetés si rudement au-devant d’elle, qu’on n’eut que le temps d’arrêter pour ne pas se heurter au porche. Nous poursuivîmes notre route; nous avions déjà quitté Martinville depuis un peu de temps et le village après nous avoir accompagnés quelques secondes avait disparu, que restés seuls à l’horizon à nous regarder fuir, ses clochers et celui de Vieuxvicq agitaient encore en signe d’adieu leurs cimes ensoleillées. Parfois l’un s’effaçait pour que les deux autres pussent nous apercevoir un instant encore; mais la route changea de direction, ils virèrent dans la lumière comme trois pivots d’or et disparurent à mes yeux. Mais, un peu plus tard, comme nous étions déjà près de Combray, le soleil étant maintenant couché, je les aperçus une dernière fois de très loin qui n’étaient plus que comme trois fleurs peintes sur le ciel au-dessus de la ligne basse des champs. Ils me faisaient penser aussi aux trois jeunes filles d’une légende, abandonnées dans une solitude où tombait déjà l’obscurité ; et tandis que nous nous éloignions au galop, je les vis timidement chercher leur chemin et après quelques gauches trébuchements de leurs nobles silhouettes, se serrer les uns contre les autres, glisser l’un derrière l’autre, ne plus faire sur le ciel encore rose qu’une seule forme noire, charmante et résignée, et s’effacer dans la nuit. » 

Je ne repensai jamais à cette page, mais à ce moment-là, quand, au coin du siège où le cocher du docteur plaçait habituellement dans un panier les volailles qu’il avait achetées au marché de Martinville, j’eus fini de l’écrire, je me trouvai si heureux, je sentais qu’elle m’avait si parfaitement débarrassé de ces clochers et de ce qu’ils cachaient derrière eux, que, comme si j’avais été moi-même une poule et si je venais de pondre un œuf, je me mis à chanter à tue-tête. 

 

 

Introduction

 

L'épisode très connu des « clochers de Martinville » est relaté dans le premier volume (Combray) de la première partie (Du Côté de chez Swann) du grand cycle romanesque de Proust, À la Recherche du temps perdu. Passage important où, encore jeune, à l'âge qu'on appellerait aujourd'hui l'adolescence, le narrateur se met à écrire la description d'un paysage qu'il aperçoit par la fenêtre d'une voiture (à l'époque une « calèche »). Le narrateur, toujours très attentif à ses perceptions, observe le mouvement des clochers de l'église de Martinville et de Vieuxvicq, alors que la soir tombe.

Comment cette description d'un monde en mouvement est une sublimation du réel ?

C'est ce que nous allons étudier en analysant dans une première partie la description des clochers de Martinville et, dans une seconde, le processus de sublimation.

 

Un monde en mouvement

 

Une description d'un paysage 

 

Le sujet de ce passage semble a priori tout à fait anodin, classique, voire même banal : il s'agit de la description d'un paysage, plus précisément d'une architecture dans un paysage de campagne.

Le narrateur a passé la journée en promenade avec sa famille, et le docteur Percepied qui les croise leur propose de les raccompagner. Sur cette route du retour, le jeune homme est frappé par le paysage qu'il aperçoit et se met à écrire une description : « demandant un crayon et du papier au docteur, je composai malgré les cahots de la voiture (…) le petit morceau suivant... »

On connaît l'attachement de Proust à l'art, et ce passage vient illustrer l'influence très forte que la peinture exerce sur l'auteur. 

En effet, la description, comme pour une description de peinture, commence par une vue d'ensemble, et s'attache ensuite aux détails et aux impressions. Ainsi, le morceau commence par une description générale et lointaine du paysage et du sujet : « Seuls, s'élevant du niveau de la plaine et comme perdus en rase campagne, montaient vers le ciel les deux clochers de Martinville. » Il se poursuit par les impressions liées au mouvement de la voiture. Ces « impressions » sont notées par des verbes de perceptions : « nous en vîmes trois », « regarder », « apercevoir », « je les aperçus », « je les vis ». L'usage fréquent du passé simple marque la soudaineté mais aussi la fugacité de l'impression.

 

 

L'espace et le temps 

 

Comme toujours chez Proust, le temps est intimement lié à l'espace. Le mouvement du temps et aussi le mouvement dans l'espace, ce que vient illustrer à merveille ce passage.

D'abord parce que la description se fait en « voiture » (dans l'espace donc), mais aussi au moment du coucher du soleil (dans le temps) : « je les vis (…) se serrer les uns contre les autres, glisser l'un derrière l'autre, ne plus faire sur le ciel encore rose qu'une seule forme noire, charmante et résignée, et s'effacer dans la nuit. » L'éloignement spatial s'accompagne de la tombée de la nuit.

Ensuite parce que le temps du trajet en calèche induit la position de l'observateur par rapport aux clochers. D'abord, il est loin ; ensuite, il passe devant l'église ; enfin il s'éloigne. L'emploi des adverbes et des conjonctions nous renseigne sur ces différents temps de la description : « bientôt nous en vîmes trois », « puis le clocher de Vieuxvicq s'écarta », « quand, tout d'un coup, la voiture ayant tourné, elle nous déposa à leurs pieds », « nous avions déjà quitté Martinville ».

Trois temps (avant, pendant, après) qui font écho aux trois clochers même qu'aperçoit le narrateur.

 

 

Les points de vue 

 

De la même manière, nous avons un point de vue qui se déplace au cours du texte.

Même si nous sommes tout au long du texte dans une focalisation interne (nous voyons à travers les yeux du narrateur), le point de vue, dans son détail, est plus subtil.

D'abord, donc, nous observons le paysage par les yeux du narrateur (« nous en vîmes trois », « nous allions si vite » : la première personne du singulier correspond aux passagers de la calèche, mais semble également englober le lecteur lui-même, embarqué de fait dans la voiture), puis le point de vue se déplace sur les clochers eux-mêmes : « le clocher de Vieuxvicq s'écarta, prit ses distances », « ils s'étaient jetés », « ses clochers et celui de Vieuxvicq agitaient encore », etc. Enfin, nous nous concentrons à nouveau sur les impressions du narrateur tandis qu'il s'éloigne de l'église : « je les aperçus une dernière fois de très loin », « ils me faisaient penser », « je les vis », etc.

Il faut aussi évoquer ici les différents temps du récit, toujours intimement imbriqués dans la narration : d'abord il y a le récit d'un souvenir d'enfance (qui explique que pendant un voyage en voiture, il se met à écrire : « je composai malgré les cahots de la voiture », etc) ; auquel vient s'ajouter le point de vue du narrateur adulte qui commente ce souvenir : « le petit morceau suivant que j'ai retrouvé depuis et auquel je n'ai eu à faire subir que peu de changements », passage typique de l'ambiguïté de la nature du roman (cette précision a priori inutile trahit un scrupule de sincérité qui serait le propre de l'autobiographie, or nous ne sommes pas dans l'autobiographie...) ; « Je ne repensai jamais à cette page, mais à ce moment-là... » dont la négation qui nous fait revenir au temps de l'enfance.

Ce texte est donc marqué par une pluralité de points de vue qui en fait aussi sa richesse et son intérêt.

 

TRANSITION

Nous sommes dans un monde en mouvement : Proust est porte une attention presque clinique (scientifique) aux perceptions. Pourtant, il s'agit bien d'un passage qui vient sublimer le réel.

 

 

Le réel sublime

 

 

La métamorphose des clochers 

 

Le réel n'est pas simplement décrit de manière réaliste : le jeune homme poétise sa description pour exprimer l'émotion qu'il ressent.

Cette poétisation de la description passe d'abord par la personnification des clochers

En effet, les trois clochers sont mus par un mouvement autonome : « le clocher de Vieuxvicq s'écarta, pris ses distances et les clochers de Martinville restèrent seuls (…) que même à cette distance (…) je voyais jouer et sourire ». Ils sont ici humaniser par des activités et des attitudes propres aux humains : « jouer et sourire ». En les personnifiant, le narrateur cherche exprimer son attachement pour ce paysage qui lui est cher. Ils rentrent même en communication avec le jeune homme : « ses clochers et celui de Vieuxvicq agitaient encore en signe d'adieu leurs cimes ensoleillées. » 

Ils ont même des sentiments : « Parfois l'un s'effaçait pour que les deux autres pussent nous apercevoir un instant encore », ils sont attentionnés et sont, comme le narrateur, doués d'une sensibilité exacerbée.

Ainsi, le réel est en harmonie avec le narrateur.

 

 

La symbolique des clochers 

 

La sublimation passe également par le choix même du sujet de la description : les trois clochers.

Le clocher est évidemment un élément architectural riche en symboliques.

D'abord, c'est un élément architectural religieux

Cette thématique de la religion est très riche et très complexe chez Proust qui, par ailleurs, n'est pas particulièrement croyant (il est même sans doute athée). Pourtant, Proust reste attaché à l’Église comme marque, dans le présent, du passé (c'est un « temps retrouvé »). L'église est, dans le paysage, ce qui reste, ce qui fait lien avec notre histoire.

Ensuite, le clocher est le lien entre la terre et le ciel. À une époque où les bâtiments ne sont pas particulièrement élevés (notre perception a bien changé avec les gratte-ciels), le clocher impressionne par son élancement (c'est évidemment ce que recherchaient les architectes) : c'est cette aspect impressionnant qui est ici mise en avant. Le jeune homme est fasciné par ces éléments singuliers du paysage. C'est ce que relève la première phrase : « Seuls, s'élevant au niveau de la plaine et comme perdus en rase campagne » : c'est la verticalité contre une horizontalité (« plaine », « rase campagne ».

Enfin, il faut noter la prédominance du chiffre 3 dans ce passage : il y a trois moments de la description (avant, pendant, après), trois clochers (les deux de Martinville et celui de Vieuxvicq), et « trois jeunes filles ». Ces « jeunes filles d'une légende » non seulement renvoient aux Grâces, les symboles du bonheur et de la joie, mais elles annoncent aussi les femmes de La Recherche : Gilberte, Odette, Albertine, ou encore Oriane (la duchesse de Guermantes dont sera amoureux le jeune homme à Paris). 3 est le chiffre de la Trinité, bien sûr, et, de manière plus général, le chiffre de l'équilibre, voire de la perfection.

Ce texte est le récit d'un moment de pur bonheur.

 

 

L'écriture sublime le réel 

 

Mais, sans doute, c'est l'écriture elle-même qui sublime le réel. 

Non seulement par ce que nous avons relevé jusqu'à maintenant (personnification, symbolique, poétisation, temporalités, etc), mais aussi, simplement, par le besoin impérieux d'écrire.

Par l'écriture, le narrateur canalise l'énergie de l'impression (nous pourrions dire que c'est son moyen de (di)gérer son émotion). 

Ce texte est un texte de l'inspiration : on sait que le narrateur veut devenir écrivain, et nous nous sommes les témoins ici d'un moment privilégié de sa vocation. C'est grâce à ce passage par l'écriture que le narrateur est heureux. Il y a même une sorte d'ivresse de l'inspiration et de l'écriture que le chant vient trahir : « quand (…) j'eus fini de l'écrire, je me trouvai si heureux (…) que, comme si j'avais été moi-même une poule et si je venais de pondre un œuf, je me mis à chanter à tue-tête. » Le registre moins soutenu, plus familier (« tue-tête »), la comparaison un peu ridicule, comique, de soi-même avec une « poule », vient signifier un état de légèreté et de bonheur pur après une intensité de l'écriture.

 

Conclusion

Cet épisode de la description des « clochers de Martinville » est important à plus d'un titre : … Mais c'est aussi le mythe de l'inspiration que renouvelle Proust ici. Une inspiration si impérieuse qu'il est obligé d'écrire en même temps qu'il voit, c'est-à-dire qu'il vit. C'est ce que viendra résumer l'adage fameux de l'auteur de La Recherche : « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature ».

 

Fin de l'extrait

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