Les personnages dans La Princesse de Clèves de Madame de la Fayette - Français - Première S

Les personnages dans La Princesse de Clèves de Madame de la Fayette - Français - Première S

digiSchool Bac S vous propose ce cours de Français de 1ère S, rédigé par notre professeur, sur les personnages dans La Princesse de Clèves de Madame de la Fayette. Ce cours s'inscrit dans le thème "Le personnage de roman, du XVIIème siècle à nos jours" au programme de 1ère.

Vous vous intéresserez tout d'abord aux comparses puis les personnages historiques parmi les comparses. Vous étudierez également le Duc de Némours, ainsi que le Prince de Clèves. Enfin, vous aborderez Madame de Clèves.

Téléchargez gratuitement ci-dessous ce cours de Français de Première S sur les personnages de La Princesse de Clèves !

Les personnages dans La Princesse de Clèves de Madame de la Fayette - Français - Première S

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INTRODUCTION

Tous les personnages du roman, répondent à l'idéal classique. Ils sont tous beaux et bien faits, nobles de cœur comme de sang. S’il faut, dans le roman d'amour, des princes et des princesses, c'est que leur supériorité est une exemplarité de destin : lorsqu'on demandait à Racine pourquoi il s'obstinait à ne peindre que des princes, il répondait qu'eux seuls avaient le temps de s'abandonner à leurs passions. Et de tels personnages conservent, en dépit de la violence de leurs passions, une noble réserve et une magistrale discrétion, d'autant plus que le roman est encore une œuvre précieuse.

 

Toutefois le classicisme vient mettre un frein aux passions. Mme de La Fayette elle-même se félicitait, à l'âge de dix-neuf ans, de ne pas aimer, souhaitait que ses amis soient aussi exempts des tourments de la passion ; elle connut cependant des sentiments, mais, sous l'influence de La Rochefoucauld et des jansénistes, aspira au repos, comme son héroïne.

Le classicisme impose aussi l'étude microscopique du cœur humain. Les œuvres, sous l'influence du théâtre, se faisaient brèves mais étaient nourries de l'observation. La Princesse de Clèves en est le modèle inégalé et a servi de référence à tout un courant d'œuvres réunies commodément sous le titre de romans d'analyse psychologique. 

Il est étonnant de constater combien, en dépit de leur jeunesse et de leurs émotions, les personnages sont capables d'analyser leurs sentiments avec une lucidité entière. 

Toujours sous l'influence du théâtre, les vrais personnages ne sont pas nombreux, trois seulement, qu'il faut examiner selon un ordre progressif, les autres n'étant que des comparses, des figurants :

 

LES COMPARSES

Si l'on veut faire un relevé exact, nous constatons que le roman compte quatre-vingt quinze personnages, mais que soixante seulement apparaissent dans l'action et que trente-six y jouent un rôle. La plupart n'ont pour fonction que de créer une péripétie (la reine dauphine, le chevalier de Guise, le vidame de Chartres). Seule Mme de Chartres (qui disparaît tôt du roman) occupe une place importante :

 

  • par l'image «de vertu et de mérite»  qu'elle offre à sa fille, 
  • la rigueur éducative : «Elle faisait souvent à sa fille des peintures de l'amour ; elle lui montrait ce qu'il a d'agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu'elle en apprenait de dangereux» 
  • la rectitude morale et la sévérité sociale qu'elle lui inculque. 
  • Elle est, en revanche, inapte à lui enseigner les méandres et les tourments de l'amour.

 

 

LES PERSONNAGES HISTORIQUES (PARMI LES COMPARSES)

Diane de Poitiers, le Duc d’Orléans, le Duc de Guise, Marie Stuart, Catherine de Médicis sont présentés comme des personnages beaux, élégants, mais dissimulant derrière une belle façade des passions adultérines, des rumeurs et des jalousies qui font et défont les réputations.

 

LE DUC DE NEMOURS

Il est inspiré d’un personnage historique de la cour d’Henri II. Initialement, il est fiancé à Élisabeth d’Angleterre, ce qui ne l’empêche pas de cumuler les conquêtes féminines. Plus âgé que le couple de Clèves (il a trente ans), il est éblouissant et dangereux, sûr d'allier tout ce qui est humainement bon et désirable : le rang, la beauté, l'élégance, l'éloquence, l'habileté à la galanterie dont il suit bien le code, il est d’ailleurs doublement galant dans sa réponse à la reine lors de la rencontre au bal. «Chef-d'œuvre de la nature», seigneur le plus brillant de son temps, aristocrate de très haut rang, c'est un séducteur irrésistible aux nombreuses bonnes fortunes : «Pensez-vous que vos résolutions tiennent contre un homme qui vous adore et qui est assez heureux pour vous plaire ?». 

Selon un schéma traditionnel, ce libertin va découvrir le vrai amour et être lui-même victime de sa poursuite d'une femme qu'il désire mais aime aussi en toute authenticité. Il serait donc incapable, comme l'évalue bien la princesse, de «vivre à petit feu». Son amour pour Mme de Clèves va le transformer radicalement : il fait à son tour l'épreuve de la jalousie  par exemple dans la scène du portait dérobé, «il ne put résister à l'envie de le dérober à un mari qu'il croyait tendrement aimé» et de la passion dévoratrice. Toutefois, il garde dans son aventure amoureuse quelques traits de séducteur madré : sa cour est pressante, il ne laisse aucun répit à sa proie, il manque de discrétion ; il commet des indélicatesses lors de sa présence à Coulommiers il harcèle sa victime avec un égocentrisme déplacé. Il entre, dans sa conduite, plus de vanité et même d'orgueil, que de sens moral. On peut supposer que sa passion, comme son chagrin, ne seront pas inconsolables.

 

LE PRINCE DE CLEVES 

Son portrait est très imprécis : on nous dit seulement qu'il est «brave et magnifique». Il est sensible et passionné ; aussi son amour naît-il brutalement sans le rendre aveugle. Cet amour résiste au mariage et au temps. Il reste toujours digne, noble, estimable, soucieux des bienséances. Mais la passion le rend insatisfait et jaloux sans cause. Il est trop passionnément épris de sa femme pour pouvoir dominer sa jalousie : il devient soupçonneux, angoissé, torturé ; il fait surveiller le duc de Nemours en qui il a deviné son rival ; un rapport malheureux et qu'il n'écoute pas jusqu'au bout lui donne à penser, faussement, que sa femme lui est infidèle ; finalement, il se montre injuste à son égard. Son amour se traduit justement par l'amertume de ses plaintes ; il ne peut cesser d'aimer celle qu'il ne croit plus digne de son estime ; dans de telles conditions, la vie lui «ferait horreur».  Aussi ne survit-il pas à ce coup terrible. Sa mort fait de lui un véritable personnage de tragédie, elle précipite son destin. Mais, malgré ses faiblesses, il reste un personnage positif, digne de la vertu de son épouse et supérieur, moralement au moins, à son rival.

 

MME DE CLEVES

Son portrait, brossé par petites touches, est discret, pas vraiment précis et évocateur : «beauté parfaite», «extrême jeunesse» (moins de seize ans au début du roman) ; «teint blanc», «cheveux blonds», «traits réguliers», «grâce et charmes».

 

Elle est timide (elle rougit chez le joaillier), douée d'une sincérité innée et d'une grande franchise («cœur noble et bien fait»). Elle est sage, montre une réserve pudique («contre l'ordinaire des jeunes personnes qui voient toujours avec plaisir l'effet de leur beauté»), a de la vertu, débat de tout avec sa mère qui a veillé elle-même à son éducation, qui l'a assurée que «le bonheur d'une femme est d'aimer son mari et d'en être aimée» et a pris soin de la mettre en garde contre les dangers de la passion. Serait-elle restée trop soumise à sa mère? Aurait-elle dû prendre ses propres décisions?

 

Atteinte malgré tout par la passion, comme une héroïne de Racine, elle est «glorieuse», c'est-à-dire fière de son rang, de sa vertu, comme les héroïnes de Corneille : «Quelque dangereux que soit le parti que je prends, je le prends avec joie pour me conserver digne d'être à vous. Je vous demande pardon si j'ai des sentiments qui vous déplaisent : du moins je ne vous déplairai jamais par mes actions» - «Je sais bien qu'il n'y a rien de plus difficile que ce que j'entreprends» - «une conversation qui me fait honte».

 

Malgré ce courage affiché elle demande avec une insistance pathétique, la protection de son mari. Elle peut nous apparaître, faible en n'étant pas capable de régler son problème toute seule ? N'est-elle pas faible aussi «en fuyant sa passion au lieu de l'affronter» ?

Au début du roman, elle ignore l'amour et se marie sans répugnance mais sans inclination, n'éprouvant pour le prince qu'estime et reconnaissance. Elle paraît un peu niaise à certains égards nous pouvons la comparer à l'Agnès de L’école des femmes de Molière.

 

Le duc de Nemours éveille en elle la passion qui donne à son caractère une profondeur nouvelle,  en attestent les raisons qu'elle se donne à elle-même lorsque son portrait est dérobé par son « amant » ; les petits mensonges qu’elle fait à sa mère ; la jalousie ; la découverte de l'amour.

 

L'intérêt du roman réside dans l'analyse des progrès de la passion dans son âme en dépit de ses efforts pour rester maîtresse d'elle-même. 

 

Nous pouvons distinguer plusieurs étapes : 

 

  • La passion naît dès la première rencontre. 
  • L'héroïne croit le duc épris de la reine dauphine : la jalousie qu'elle en ressent la contraint à s'avouer à elle-même l'amour qu'elle éprouve pour lui. 
  • Elle renonce à fermer son cœur à cet amour : «Elle ne se flatta plus de l'espérance de ne le pas aimer ; elle songea seulement à ne lui en donner jamais aucune marque».
  • Mais cela  même est impossible : son silence lorsque le duc dérobe son portrait n'est-il pas déjà une marque d'amour? 
  • Le masque qu'elle est obligée de porter la fait souffrir et accroît la crise morale : elle ne voit plus clair en elle, hésite entre la sincérité (conforme à sa vertu) et le mensonge (imposé par le jeu social). 
  • Un peu plus tard, sous le coup d'une émotion vive (le duc est victime d'un accident) puis d'une nouvelle atteinte de la jalousie (il s'agit d'une lettre d'amour adressée à une autre femme et qu'elle croit de la main du duc), elle ne peut cacher ses sentiments à celui qu'elle aime.
  • Dès lors, il ne lui reste plus qu'un recours : avouer à son mari le trouble de son cœur ; cet aveu a été beaucoup discuté à la parution du livre et a été jugé majoritairement invraisemblable.
  • Les conséquences en sont funestes puisque celui-ci en meurt en l'accusant ; elle avoue son amour au duc pour y renoncer.
  • Dans sa méditation finale, elle ajoute aux raisons qui sont du côté de son devoir celles qui sont du côté de son repos, et ce sont ces dernières qui sont les plus fortes, car, si dur qu'il lui soit de renoncer à celui qu'elle aime, elle ne peut supporter l'idée qu'un jour, peut-être, il cessera de l'aimer et qu'elle sera livrée aux tortures de la jalousie. Aussi a-t-on pu parler de sa peur de l'amour. 
  • Une maladie grave l'amène à renoncer non seulement à l'amour mais au monde et c'est la morale chrétienne qui triomphe pour preuve la dernière phrase du roman : «et sa vie, qui fut assez courte, laissa des exemples de vertu inimitables» puisque, se défiant des forces humaines, elle recommande d'éviter avant tout de s'exposer aux tentations.

 

 

Elle a le sens de sa «gloire», comme une héroïne de Corneille, le sentiment du devoir, la volonté stoïque et la raison lucide. Mme de La Fayette n'est pas moins racinienne que cornélienne : elle met en évidence les ravages de la passion. La princesse refuse d'être au duc autant par souci de son repos que par respect de son devoir ; elle oppose une ferme résistance aux séductions de l'amour coupable ; elle éprouve une peur de l'amour dont on ne saurait dire s'il faut l'attribuer plutôt à une expérience intime de l'autrice, à une tradition précieuse ou à ce pessimisme qui, sous l'influence janséniste, pénètre la littérature française pendant la seconde moitié du XVIIe siècle. Son renoncement est peut-être une peur devant la vie, comme une impuissance à affronter l'évolution du réel ; héroïne racinienne, elle admet la force de l'amour et, si elle refuse d'épouser le duc, c'est par amour-propre ou, plus simplement, par lucidité de femme.

 

En définitive, il faut constater la vérité humaine de ce roman : les sentiments sont authentiques. Le drame qui se joue dans le cœur de l'héroïne peut se résumer par ces deux maximes de La Rochefoucauld : «La même fermeté qui sert à résister à l'amour sert aussi à le rendre violent et durable» - «Qu'une femme est à plaindre quand elle a tout ensemble de l'amour et de la vertu».

Fin de l'extrait

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