Le théâtre classique et les règles d'unité - Français - Première L

Le théâtre classique et les règles d'unité - Français - Première L

Nous vous proposons un cours de français niveau première S rédigé par notre professeur de Bac S sur le théâtre classique et la règle d'unité.

Ce chapitre traitera les différentes unités : unité d'actionunité de tempsunité de lieux ; ainsi que l'origine et la finalité de cette règle des 3 unités. Dans un second temps, vous étudierez le respect de cette règle au théâtre et pour finir, vous trouverez des éléments essentiels a bien prendre en compte pour l'examen. 

Téléchargez gratuitement ce cours de français sur le théâtre classique et la règle d'unité de niveau 1ère S.

Le théâtre classique et les règles d'unité - Français - Première L

Le contenu du document

 

Présentation : L’expression artistique doit-elle être libre de toute contrainte ou doit-elle être organisée par des règles précises et incontournables ? Si aujourd’hui l’art tend à se libérer de tout principe et autres théories, il n’en fut pas toujours ainsi. Le théâtre classique en est le meilleur exemple. En effet, au XVIIème siècle, l’art d’écrire une pièce de théâtre était extrêmement codifié et devait respecter différentes règles bien précises. Parmi elles, on trouve les 3 fameuses règles d’unité :

- L’unité d’action 

- L’unité de temps

- L’unité de lieu

I. L’unité d’action ou « en un seul fait »

La pièce de théâtre doit être écrite et développée, du début jusqu’au dénouement, en se concentrant sur une action principale. Il ne doit y avoir qu’une intrigue et tout ce qui se déroule dans la pièce n’a qu’une finalité : servir cette même intrigue. Pas de digression, par d’histoires parallèles pendant la représentation, si du moins elles n’ont pas pour objectif, encore une fois, d’alimenter la raison d’être de la pièce. On va à l’essentiel. L’intérêt d’une telle règle : éviter aux spectateurs de se perdre dans l’histoire, dans les méandres du développement dramatique et l’amener à vivre pleinement l’intrigue en facilitant sa concentration.

 

II. L’unité de temps ou « en un seul jour »

Dans l’idéal, pour les théoriciens du théâtre classique, l’intrigue doit se dérouler en temps réel, en d’autres termes elle doit correspondre au temps de la représentation c’est-à-dire entre deux ou trois heures parfois un peu plus. Mais on s’autorise une projection entre 12 et 30 heures. Pour Aristote, référence de l’antiquité grecque, le temps imparti pour développer une intrigue ne doit pas dépasser « une révolution de soleil » soit 24 heures (La Poétique). Cette règle a pour volonté de rendre l’action plus intense mais également de donner à la pièce de théâtre un semblant de réalité. Un paradoxe car cette unité de temps a engendré fatalement quelques invraisemblances dans le déroulement des intrigues théâtrales. Notons que cette règle est également connue sous l’appellation de règle de 24h ou règle d’un jour.

III. L’unité de lieu ou « en un seul lieu »

Si la pièce ne doit développer qu’une intrigue (unité d’action) et sur une durée de 24h (unité de temps), elle doit également respecter un espace défini et immuable. Ce peut être la salle principale d’un palais. Qu’importe le lieu dès l’instant où il est unique et voit en son sein de dérouler toutes les scènes de la pièce. On comprendra alors qu’il y ait beaucoup de récit dans les dialogues car, unité de lieu oblige il faut bien que les personnages racontent ce qui s’est déroulé ailleurs, en l’occurrence sur les champs de bataille, puisque la guerre est très présente dans les tragédies classiques.

IV. La finalité des 3 règles d’unité

Ces trois règles tendent vers deux objectifs : dynamiser l’histoire et donner au public un sentiment de vérité, de vécu. Concentrer l’action en un lieu unique et sur un temps court participe à l’impression du spectateur d’être témoin d’une histoire vécue en temps réelle. Et comme dit Boileau, dans Art poétique (1676) :

« L'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croit pas »



V. L’origine des 3 règles d’unité

On parle toujours des 3 règles comme si elles étaient indissociables. Pourtant l’unité d’action a d’abord été appliquée bien avant les deux autres règles. Elle régissait la poésie. Aristote en parle dans sa Poétique, plus de 300 ans avant J.C.). On trouve également dans cet ouvrage l’unité de temps et, comme nous l’avons vu plus haut, « la révolution du soleil ».  C’est à la Renaissance que ces trois règles sont réunies par Jean de la Taille dans Art de la tragédie en 

1572. On en trouve trace également chez Pierre de Ronsard ou encore Joachim du Bellay. En 1631, Mairet applique strictement les 3 règles d’unité dans sa pièce La Sophonisbe en 1634.

Mais c’est à partir de 1636, avec la représentation de la pièce de théâtre « Le Cid » de Corneille et la querelle (la bien nommée « querelle du Cid) qu’elle engendra que furent officialiser les 3 règles d’unité.

 Elles deviennent alors l’esthétique officielle de l’expression théâtrale, que ce soit dans le domaine de la tragédie ou de la comédie. En 1676, Boileau, dans son ouvrage Art poétique définit ainsi les 3 règles en deux alexandrins :

« Qu'en un lieu, en un jour, un seul fait accompli

Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli».

VI. Les 3 règles d’unité et plus encore !

On parle souvent des trois règles d’unités que sont celles de l’action, du temps et du lieu, mais le théâtre classique repose aussi sur d’autres règles. On retrouve en effet la règle d’unité de ton qui régit et différencie les œuvres tragiques et comiques que ce soit au niveau du langage ou du choix des personnages. En effet, à cette époque, il est primordial de bien séparer les œuvres comiques et dramatiques. On trouve également la règle de vraisemblance ou encore celle de bienséance qui consiste à respecter le public selon les conventions et la morale de l’époque. Par exemple on ne montre pas de scènes violentes, sanglantes ou intimes… Les longs récits de guerre que l’on croise souvent dans les tragédies de cette époque permettaient de respecter ainsi la règle de lieu mais aussi celle de bienveillance. On redonne la parole à Boileau :

« Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose : 
Les yeux en le voyant saisiront mieux la chose ; 
Mais il est des objets que l'art judicieux 
Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux ».

VII. Des règles toujours respectées ?

Pour les auteurs de cette époque, il ne s’agissait de respecter les règles à la lettre ou en tous cas de tenter de s’en approcher le plus possible. Parmi les œuvres célèbres, Athalie, la tragédie de Racine, est une celles qui ont le mieux respecter les 3 règles d’unités. Mais d’autres exemples sont restés célèbres pour avoir, justement, décidé d’aller à l’encontre des règles imposées. On citera, par exemple, le suicide de Phèdre chez Racine devant le public  

VIII. Les règles sont faites pour être dépassées

Au 17ème siècle, déjà, il y eut les partisans des règles d’unités et ceux qui les critiquèrent.  Corneille lui-même, dans son « discours des trois unités d’action, de jour et de lieu » s’interroge sur la pertinence de ces règles. Par exemple, pour lui, l’unité d’action permet certes de clarifier, de rendre plus limpide l’histoire mais elle bride l’auteur dans son imagination, dans son audace créative…. Molière condamnait définitivement ces règles, expression selon lui de la pédanterie des intellectuels du 17ème. Pour lui, il n’y a qu’une règle : « Plaire ». (La critique de l’école des femmes – 1663)

Au début du 19ème siècle, les romantiques tels que Hugo, Vigny ou encore Musset, rejettent catégoriquement les règles du théâtre classique. Pour eux, la tragédie et la comédie peuvent et doivent se confondre, comme le drame et la joie se confondent dans l’existence, ils récusent les règles d’unité de lieu et de temps et s’autorisent à compter des histoires qui s’étendent sur plusieurs années.

Au 20 siècle, des auteurs comme Becket ou encore Ionesco rejettent toute notion de code ou de règle dans l’expression théâtrale.

Ionesco, dans sa pièce La Cantatrice Chauve, respectera la règle de l’unité de temps. Un pied de nez certainement à ces règles qui nous paraissent aujourd’hui bien contraignantes et sans justification.

IX. A bien prendre en compte pour l’examen 

Les règles d’unités sont en quelque sorte le symbole d’un théâtre codifié, contraignant, à mille lieues de la vision que nous avons aujourd’hui de l’art, expression ultime de la liberté, de l’originalité individuelle, de la différence etc. Ayez en mémoire les 3 étapes que nous avons listées ci-dessus : 1. Le théâtre classique et les règles (17 et 18ème siècle) ,2. Le théâtre romantique avec une volonté de changer les règles (19ème siècle), 3. le théâtre moderne et le rejet même de la notion de règles (20ème siècle).

Fin de l'extrait

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