La lettre - Français - Première S

La lettre - Français - Première S

Digischool met à votre disposition aujourd'hui un cours de français sur la lettre. Ce cours est rédigé exclusivement pour vous par notre professeur de français de niveau première S.

Dans ce cours intégrant le thème "Le personnage de roman du XVIIème siècle à nos jour", vous étudierez dans un premier temps le dévoilement des passions, ensuite, vous traiterez les confidences du personnages dans une lettre. L'effet de réel cloturera ce chapitre sur la lettre.

Vous pouvez télécharger ce cours de français sur la lettre de niveau 1ère S gratuitement ci-dessous.

La lettre - Français - Première S

Le contenu du document

 

Présentation : Dans leurs lettres, insérées dans des romans, les personnages du roman ne se dévoilent pas seulement au destinataire de la lettre. Le lecteur du roman a un accès presque total aux sentiments et aux passions du personnage qui se dévoile ainsi. Dès lors, comment le personnage de roman acquiert davantage d'épaisseur à travers l'usage de la forme épistolaire insérée dans le roman ?

I. LE DEVOILEMENT DES PASSIONS

Le personnage de roman acquiert davantage d'épaisseur lorsqu'il exprime ses passions. Généralement il utilise le pronom « je ». On entre dans son intimité et l'on a accès aux pensées et aux sentiments du personnage. Ce n'est plus au narrateur, même s'il est omniscient, d'analyser les pensées du personnage ou de nous les transmettre. Mais c'est le personnage lui-même qui prend la parole. Il devient un acteur de premier plan. Sa voie passe avant celle du narrateur qui lui passe au second plan du récit. On le voit en effet dans un roman comme La Religieuse de Diderot, où le narrateur passe au second plan lorsque la religieuse, Suzanne Simonin, écrit à un homme (le marquis de Croismare) d'après son propre point de vue. C'est elle qui analyse sa propre situation, parfois elle peut mentir, elle peut transformer des aspects de la réalité, les déformer et les tourner à son avantage, pour mieux séduire le destinataire de la lettre. Le destinataire de la lettre est généralement une personne unique, mais le fait que cette lettre soit insérée dans le roman rend la lettre lisible par tous. Par exemple à la dernière page du roman la religieuse piège tout autant le lecteur du roman que le destinataire de la lettre, par sa manière manipulatrice de se présenter en victime persécutée. Dans l'extrait suivant, on peut prendre la religieuse en flagrant délit de manipulation et de mensonge :

« Cependant si le marquis, à qui l’on accorde le tact le plus délicat, venait à se persuader que ce n’est pas à sa bienfaisance, mais à son vice que je m’adresse, que penserait-il de moi ? Cette réflexion m’inquiète. En vérité, il aurait bien tort de m’imputer personnellement un instinct propre à tout mon sexe. Je suis une femme, peut-être un peu coquette, que sais-je ? Mais c’est naturellement et sans artifice. »

Si Diderot choisit de terminer son roman par ces mots, c'est encore pour souligner le fait que Suzanne, la religieuse, alors même qu'elle remet en question son attitude séductrice, tente encore de séduire. Elle se dénonce seule comme une femme « coquette » mais la conjonction « mais » souligne encore une tentative qu'elle met en œuvre pour se disculper. Elle est incapable d'avouer le moindre de ses défauts et parvient toujours à séduire son interlocuteur même par ses défauts. Lorsqu'elle analyse son comportement et avoue qu'elle s'est peinte « beaucoup plus aimable que je ne le suis ». Elle montre qu'en effet elle a tenté de séduire le marquis et s'est mise en valeur de manière peu objective et peu honnête face au marquis. Mais c'est toujours pour le séduire qu'elle avoue que si jamais elle passe pour « coquette », elle demeure « naturelle et sans artifice ». Toutefois cette manipulation pourrait être taxée de manque de spontanéité et de naturel. Par conséquent on peut accuser la religieuse de mensonge, ou toutefois de tenter de s'illusionner elle et son lecteur à l'aide d'un narcissisme très puissant, qui l'amène à se rendre aimable même lorsqu'elle parle de ses pires défauts.

Mais de ce fait, cette séduction qu'opère le personnage de roman sur le destinataire de la lettre, est aussi du même coup opérée sur le lecteur. Ce que le romancier gagne en donnant la parole au personnage, il le perd en analyse réaliste et en commentaire sur le comportement de son personnage. Par exemple dans la Religieuse, il est toujours difficile de dire si la religieuse, qui se présente comme victime, est une femme manipulatrice de son destinataire et de son entourage, ou bien si elle constitue véritablement le bouc émissaire de toute l'humanité, ce qui peut paraître au lecteur excessif et suspect. Par exemple, dans sa famille elle se dit persécutée, on l'enferme dans un couvent contre sa volonté. Ensuite au couvent elle est harcelée moralement et physiquement. Puis une supérieure d'un autre couvent tombe amoureuse d'elle et tente de la séduire et de la violer, mais devant la chasteté et la pureté de Suzanne, la supérieure sombre dans la folie. Suzanne apparaît toujours à la fois comme une femme très séduisante à son insu, donc totalement innocente et à la fois comme une figure christique persécutée par autrui. Ainsi, le lecteur au même titre que le destinataire est à la fois séduit et pris de pitié, sous la manipulation de Suzanne.

II. LES CONFIDENCES DU PERSONNAGE

Dans la lettre le personnage de roman se livre entièrement. On le remarque dans la Nouvelle Héloïse notamment lorsque Saint-Preux témoigne de son amour à Julie notamment dans le passage suivant où Saint-Preux, sentant que son amour est interdit du fait du mariage de Julie avec Wolmar, lui demande de le chasser pour ne pas endurer les tourments de l'amour insatisfait :

« Vous, me chasser ! moi, vous fuir ! et pourquoi ? Pourquoi donc est-ce un crime d’être sensible au mérite, et d’aimer ce qu’il faut qu’on honore ? Non, belle Julie ; vos attraits avaient ébloui mes yeux, jamais ils n’eussent égaré mon cœur sans l’attrait plus puissant qui les anime. C’est cette union touchante d’une sensibilité si vive et d’une inaltérable douceur ; c’est cette pitié si tendre à tous les maux d’autrui ; c’est cet esprit juste et ce goût exquis qui tirent leur pureté de celle de l’âme ; ce sont, en un mot, les charmes des sentiments, bien plus que ceux de la personne, que j’adore en vous. Je consens qu’on vous puisse imaginer plus belle encore ; mais plus aimable et plus digne du cœur d’un honnête homme, non, Julie, il n’est pas possible. »

Dans cette déclaration d'amour, le personnage se livre entièrement : on le voit à l'aide des phrases exclamatives, du rythme marqué par les points virgules, et les virgules, qui rappelle le rythme d'un discours oral où le souffle du personnage serait haletant. Il décrit les qualités non seulement de sa personne physique mais surtout de son âme qui lui paraît infiniment touchante. La concession « Je consens ... mais... » ajoute un rythme binaire aux phrases et surtout, cela montre le tourment du personnage qui subit les paradoxes de l'amour et les contradictions entre la vision commune des femmes et cette vision que Saint-Preux ressent pour Julie. Les superlatifs « plus », soulignent le fait que Julie est mise sur un piédestal et qu'elle est vue comme une femme unique et exceptionnelle. Le mot « non » montre le dialogue intérieur auquel est en proie le personnage tourmenté par amour. Le fait que le personnage se livre entièrement crée une proximité entre le lecteur et le personnage. Le lecteur entre véritablement dans l'intimité du personnage. Il lit dans le cœur du personnage. La forme épistolaire ménage ainsi une véritable transparence du personnage au lecteur.

Il en va de même dans les Lettres Portugaises, de Guilleragues, écrites en 1669. Ces lettres ont d'abord été publiées de manière anonyme. Les lettres d'amour dévoilent véritablement la passion d'une nonne pour un homme. Cette narratrice est passée par des moments de foi dans son amour, de doute puis de désespoir. La violence de cet amour est mise en valeur par le ton lyrique de ces cinq lettres. Ces lettres font preuve d'un sentimentalisme qui permet de dire qu'elle inaugure de façon embryonnaire le roman psychologique et l'auto-analyse d'un personnage.

De même chez André Gide dans les Faux-Monnayeurs, la première lettre du roman, celle de Bernard à son père Monsieur Profitendieu, permet au romancier non seulement d'amuser le lecteur mais encore et surtout, de pénétrer les motifs de cette fugue. Le lecteur accède à la conscience de son personnage Bernard qui part et fugue lorsqu'il se découvre bâtard. Le personnage qui rédige la lettre, Bernard, feint un sentiment de dégoût envers son père, notamment lorsqu'il écrit à ce père : « Je signe du ridicule nom qui est le vôtre, que je voudrais pouvoir vous rendre, et qu'il me tarde de déshonorer. » La lettre dévoile ainsi avec humour un sentiment de dégoût et de mépris après la découverte de Bernard de sa situation de bâtard. La situation oscille entre le tragique et le grotesque, grâce à l'humour et à la décision extrême de fuite que choisit Bernard.

Aussi la lettre d'Olivier à Bernard, montre bien la jalousie d'Olivier à travers la tentative de montrer son indifférence. On le comprend par rapport au contexte : Olivier est jaloux de Bernard, qu'il croit en couple homosexuel avec Edouard, alors que tous deux sont en voyage et que Bernard est simplement embauché comme secrétaire par Edouard. Ensuite le romancier montre au lecteur une phrase barrée par Olivier, à la fin de sa lettre prétentieuse et indifférente : « Dis à l'oncle E... que je pense à lui constamment ; que je ne puis pas lui pardonner de m'avoir plaqué et que j'en garde au cœur une blessure mortelle. » Cette phrase barrée, à la suite d'une lettre très narcissique et méprisante, permet à l'auteur de montrer la réaction d'Olivier et non de la décrire. Montrer permet de mettre en scène de rendre vivants et tangibles les sentiments des personnages. La lettre illustre, met en image et montre les événements au lieu de les décrire et de les commenter avec distance. La lettre ancre donc le récit dans la vie vraiment vécue et permet d'enlever la froideur, la distance et l'ennui que peut engendrer la description dans le roman.

III. L'EFFET DE REEL

Les lettres permettent enfin de donner une vision du monde, celle du personnage. On est dans le témoignage sur la réalité. De longues descriptions peuvent toujours être insérées dans les lettres. Par exemple dans la Nouvelle Héloïse, Rousseau utilise le point de vue d'un étranger à Clarens (Saint-Preux) qui vient en visite, pour décrire le fonctionnement de cette économie domestique. Il la décrit longuement ce qui permet au lecteur de comprendre le fonctionnement de l'économie domestique de Clarens. L'effet de réel est réalisé par le point de vue de l'invité qui ancre les scènes dans son expérience personnelle. Il a assisté à ces scènes, il a été acteur et spectateur de certains événements comme de certaines fêtes entre les domestiques et les maîtres qui permettaient de souder la communauté.

De même dans les Lettres Persanes, Montesquieu met en scène un personnage étranger en voyage pour donner un point de vue extérieur à la société en question et donc un point de vue critique sur les sociétés visitées. Le personnage invité porte un regard critique et sa vision de voyageur permet à l'auteur de donner davantage de crédit au point de vue extérieur. Ce positionnement permet aussi de prendre du recul par rapport à ce que la société affirme ou défend. Le personnage extérieur est libre d'encenser ou de critiquer cette société. Par exemple, dans la lettre XXIV de Rica à Ibben, le personnage qui se promène à Paris ironise presque sans le savoir sur les mœurs français et le pouvoir ridicule du roi qui semble manipuler ses sujets :

« D'ailleurs ce roi est un grand magicien : il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets ; il les fait penser comme il veut. S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor et qu'il en ait besoin de deux, il n'a qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux, et ils le croient. »

Dès lors, la forme de la lettre écrite par un étranger à un lieu permet de véhiculer le point de vue de l'auteur et de faire preuve de distance et de regard critique sur des traditions, tout en échappant en partie à la censure du fait de l'origine étrangère du personnage qui critique.

De même chez Gide, dans les Faux-Monnayeurs, une lettre que lit Olivier annonce des faits importants sur le personnage de Vincent, le frère d'Olivier, qui aurait tué Lady Griffith en la noyant. Mais seul le lecteur sait que c'est Vincent le frère d'Olivier qui l'a tué. Olivier est privé de cette information que la lettre ne donne pas. Ainsi, insérer une lettre dans un roman permet à l'auteur de donner au lecteur un accès à plusieurs points de vue possibles sur l'histoire : le point de vue du personnage est bien montré lorsque le romancier juge cela nécessaire, et le point de vue du romancier peut réapparaître aussi lorsque cela est nécessaire pour apporter un regard critique sur le point de vue nécessairement biaisé du personnage.

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac S le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac S

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac S

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?