Incipit Le Rouge et le Noir, Stendhal : Analyse de texte - Français - 1ère S

Incipit Le Rouge et le Noir, Stendhal : Analyse de texte - Français - 1ère S

Notre professeur a rédigé pour vous cette analyse de l'incipit de l'oeuvre de Stendhal : Le Rouge et le Noir.

Dans ce cours de français pour le Bac S, vous verrez comment, à travers la description réalise qui ouvre le roman, Stendhal présente les premiers éléments d'une analyse critique de la société. Pour cela, vous étudierez dans un premier temps la présentation de Verrières, pour ensuite aborder les éléments constitutifs de l'analyse critique.

Téléchargez gratuitement ce cours de français ci-dessous sur l'analyse de l'incipit du roman "Le Rouge et le Noir" de Stendhal !

Incipit Le Rouge et le Noir, Stendhal : Analyse de texte - Français - 1ère S

Le contenu du document

 

TEXTE

Le début du roman (incipit)

 

Le roman Le Rouge et le Noir est présenté par Stendhal comme une « chronique du XIXe siècle » qui retrace l'ascension sociale d'un jeune homme ambitieux et grand admirateur de Napoléon, Julien Sorel, jusqu'à son exécution. Cette ascension se fait en deux parties : d'abord en Province, ensuite à Paris.

Le premier chapitre du roman, intitulé « Une petite ville » s'ouvre sur la description de Verrières.

 

Chapitre I : Une petite ville

Put thousands together

Less bad.

But the cage less gay.

HOBBES.

La petite ville de Verrières peut passer pour l'une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges, s'étendent sur la pente d'une colline, dont des touffes de vigoureux châtaigniers marquent les moindres sinuosités. Le Doubs coule à quelques centaines de pieds au-dessous de ses fortifications bâties jadis par les Espagnols, et maintenant ruinées.

Verrières est abritée du côté du nord par une haute montagne, c'est une des branches du Jura. Les cimes brisées du Verra, se couvrent de neige dès les premiers froids d'octobre. Un torrent, qui se précipite de la montagne, traverse Verrières avant de se jeter dans le Doubs, et donne le mouvement à un grand nombre de scies à bois, c'est une industrie fort simple et qui procure un certain bien-être à la majeure partie des habitants plus paysans que bourgeois. Ce ne sont pas cependant les scies à bois qui ont enrichi cette petite ville. C'est à la fabrique des toiles peintes, dites de Mulhouse, que l'on doit l'aisance générale qui, depuis la chute de Napoléon, a fait rebâtir les façades de presque toutes les maisons de Verrières.

À peine entre-t-on dans la ville que l'on est étourdi par le fracas d'une machine bruyante et terrible en apparence. Vingt marteaux pesants, et retombant avec un bruit qui fait trembler le pavé, sont élevés par une roue que l'eau du torrent fait mouvoir. Chacun de ces marteaux fabrique, chaque jour, je ne sais combien de milliers de clous. Ce sont de jeunes filles fraîches et jolies qui présentent aux coups de ces marteaux énormes les petits morceaux de fer qui sont rapidement transformés en clous. Ce travail, si rude en apparence, est un de ceux qui étonnent le plus le voyageur qui pénètre pour la première fois dans les montagnes qui séparent la France de l'Helvétie. Si, en entrant à Verrières, le voyageur demande à qui appartient cette belle fabrique de clous qui assourdit les gens qui montent la grande rue, on lui répond avec un accent traînard : Eh ! elle est à M. le maire.

 

INTRODUCTION

Le Rouge et le Noir, roman réaliste publié en 1830 (c'est-à-dire au cœur de la période romantique) est présenté par Stendhal comme une « chronique du XIXe siècle » qui retrace l'ascension sociale d'un jeune homme ambitieux et grand admirateur de Napoléon, Julien Sorel, de ses débuts modestes jusqu'à son exécution. Cette ascension se fait en deux parties : d'abord en Province, ensuite à Paris.

Le premier chapitre du roman, intitulé « Une petite ville » s'ouvre sur la description de Verrières. Cet incipit est une présentation de la ville d'abord sur un plan esthétique, puis géographique, pour ensuite se concentrer sur la situation économique et ses habitants. Quelles sont les informations fournies par cet incipit ? Que révèle cette première approche ?

 

LE DECOR

LA DESCRIPTION DE VERRIERES

Le texte se présente d'abord comme une description géographique du paysage et de la ville de Verrières. Nous retrouvons les outils littéraires de la description : 

  • indications topologiques et géographiques (« Franche-Comté », « Doubs », « Verrières est abritée du côté du nord par une haute montagne, c'est une des branches du Jura », « Mulhouse », « les montagnes qui séparent la France de l'Helvétie » ;
  • des éléments grammaticaux qui permettent de reconstituer un décor cohérent et réaliste : les locutions prépositionnelles de lieu (« au-dessous de », « du côté du », etc) ;
  • un vocabulaire géographique : « s'étendent sur la pente d'une colline », « un torrent qui se précipite de la montagne », « le voyageur », etc.

 

Un mouvement, qu'on qualifierait aujourd'hui de « cinématographique » (« travelling avant ») nous porte de l'extérieur vers l'intérieur de la ville. Dans le premier paragraphe, on aperçoit la ville de loin ; dans le second, on voit le paysage alentour, puis on pénètre dans la ville ; dans le dernier, on assiste à des détails (« les marteaux énormes », « les jeunes filles fraîches et jolies », etc).

A ces indications géographiques, s'ajoute la première occurrence d'un personnage central : le maire, qui est Monsieur de Rênal.

 

LE GOUT DU PITTORESQUE

La description est fortement marquée par le goût du pittoresque.  

« Pittoresque » vient de l'italien « pittura » qui signifie « peinture » : c'est reconstituer une atmosphère particulière grâce à des indications précises, typiques d'un lieu ou d'une époque. Ici, le narrateur veut rendre l'atmosphère de la Province, celle de la « Franche-comté », du « Doubs ». Ainsi, il multiplie les détails architecturaux, économiques, géographiques, historiques, naturels : « ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges » ; « châtaigniers », « fortifications bâties jadis par les Espagnols, et maintenant ruinées » (le détail « ruinées » vient donner un sentiment de grandeur passée, presque de romantisme à l'ensemble), « neige dès les premiers froids d'octobre » (c'est la montagne), « scies à bois », « toiles peintes, dites de Mulhouse », etc.

Le but, pour Stendhal, est de planter le décor, de faire voyager le lecteur par l'esprit sans qu'il ait besoin de voyager (puisque c'est aussi un des objectifs du roman).

 

UNE ESTHETIQUE REALISTE

Mais au-delà de la technique romanesque, tous ces éléments sont constitutifs d'une esthétique qui est alors nouvelle : le réalisme. 

Car au pittoresque, à la description du paysage, qui sont déjà d'une précision extrême, des indications économiques et historiques, qui se veulent comme autant d'éléments ancrant la situation romanesque dans la réalité.

Ces éléments réalistes vont agir sur les personnages autant que les intrigues psychologiques : l'homme est le produit de son milieu, voilà l'idée principale. Comment l'individu peut échapper à son milieu, c'est cela que raconte Le Rouge et le Noir à travers le personnage de Julien Sorel.

Ainsi, si les indications géographiques, historiques, économiques peuvent sembler lourdes ou superflues au lecteur d'aujourd'hui, il n'en est rien : il faut savoir les interpréter pour comprendre la portée du roman, mais aussi pour s'interroger sur notre propre vie.

 

TRANSITION

Cet incipit répond donc à ses fonctions traditionnelles : un lieu, une atmosphère, des personnages. Mais, ici, il nous donne également une clef de lecture essentielle : l'analyse critique.

 

LA CRITIQUE STENDHALIENNE

CRITIQUE DE L'INDUSTRIALISATION

Derrière l'apparente froideur et distance de la description se cache donc un trésor enfoui. C'est ce trésor qu'il faut trouver (ce qui n'est, selon Stendhal, pas donné à tout le monde : d'où la formule fameuse : « j'écris pour les happy few », les quelques heureuses personnes qui seront déchiffrer le roman). Et ce trésor, ici, c'est la critique, subtile mais acerbe de Stendhal.

Critique de l'industrialisation qui apparaît dès le troisième paragraphe du roman. 

Signe de progrès au XIXe siècle, célébrée par tout le monde ou quasiment, ici l'industrialisation contraste à la fois avec le décor champêtre, et la première évocation des personnages : les « jeunes filles fraîches et jolies ». 

Ainsi nous avons une opposition claire entre la nature et la machine : « Un torrent, qui se précipite de la montagne (…) donne le mouvement à un grand nombre de scies à bois » ; mais surtout entre l'Homme et la machine : « on est étourdi par le fracas d'une machine bruyante et terrible en apparence. Vingt marteaux pesants, et retombant avec un bruit qui fait trembler le pavé, sont élevés par une roue que l'eau du torrent fait mouvoir. Chacun de ces marteaux fabrique, chaque jour, je ne sais combien de milliers de clous. Ce sont de jeunes filles fraîches et jolies qui présentent aux coups de ces marteaux énormes les petits morceaux de fer qui sont rapidement transformés en clous. » Le vocabulaire péjoratif du bruit (« vacarme »), l'antinomie entre la lourdeur des machines et la légèreté des femmes (« fraîches et jolies » par rapport à « coups de ces marteaux énormes ») donne une impression négative qui « étonne » le voyageur. 

 

LA HIERARCHIE SOCIALE

Mais cette opposition entre humains et machines prépare une autre critique : celle du pouvoir.

Car, à qui appartiennent ces machines qui brutalisent la nature et les individus ? Au maire.

L'expression « Monsieur le maire » insiste sur la hiérarchie sociale rigide : on ne l'appelle pas par son nom, mais par sa fonction : c'est le chef. 

Mais on comprend également que celui qui a le pouvoir économique a également le pouvoir politique. C'est-à-dire que celui qui devrait contrôler l'industriel (par rapport aux travailleurs par exemple) est l'industriel lui-même : il n'y a donc pas de partialité. 

Cette concentration dans une même personne des différents pouvoirs instaure aussi une opposition forte et irréductible entre paysans et bourgeois. Les uns sont riches et le restent, les autres travaillent.

 

LES REMARQUES DU NARRATEUR

Cette ironie critique est possible par la position originale du narrateur. Nous avons en effet un narrateur extra-diégétique, c'est-à-dire en dehors du récit (de la diégèse), ce qui lui permet de faire des interventions au milieu de ce qu'il décrit. Mais parfois les remarques sont plus subtiles. Dès la première ligne, on lit : « La petite ville de Verrières peut passer pour l'une des plus jolies de la Franche-Comté. ». « peut passer », c'est-à-dire qu'elle ne l'est pas ! 

C'est une caractéristique qui a fait le succès du roman Le Rouge et le noir.  

Ce narrateur a un double dans le texte, c'est « le voyageur ». Ce voyageur est étranger, il arrive pour la première fois dans ce pays, comme c'est le cas pour le lecteur. Ainsi, nous pouvons même considérer les indications sur le bonheur des habitants plus « paysans que « bourgeois », comme des indications ironiques : « un certain bien-être à la majeure partie des habitants plus paysans que bourgeois ». « un certain » ne signifie pas ici « sûr », mais d'une certaine manière, qui n'est pas celle de toute le monde...

C'est cette analyse critique qui définit le réalisme de Stendhal.

 

CONCLUSION

La description a été mise à la mode par le roman anglais de Walter Scott, mais ici Stendhal ne sacrifie pas aveuglément à la mode : il s'approprie le procédé pour, non seulement présenter le décor de son roman, mais également pour donner une clef de lecture essentielle au lecteur : l'analyse critique. Et, en effet, le roman stendhalien appartient traditionnellement à ce qu'on nomme le « roman critique » (Balzac).

Pour aller plus loin (notamment pour l'oral de Première) :

  • Réalisme ;
  • La révolution industrielle ;
  • Roman du XIXe (Balzac, Stendhal) ;
Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac S le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac S

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac S

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?