Eugène Ionesco : Le roi se meurt - Les questions possibles au Bac - Français - Première S

Eugène Ionesco : Le roi se meurt - Les questions possibles au Bac - Français - Première S

Nous vous proposons une fiche de révision concernant les questions possibles lors de l'oral de Français au Bac sur Ionesco "Le roi se meurt".

Tout d'abord, vous vous demanderez s'il s'agit d'une tragédie ou d'une anti-tragédie. Ensuite vous verrez quelles questions se poser par rapport au genre théâtral de la pièce. Enfin vous étudierez le thème de la mort et les registres du burlesque et de l'absurde dans la pièce.

Téléchargez gratuitement ce cours de Première S pour le Bac de Français.

Eugène Ionesco : Le roi se meurt - Les questions possibles au Bac - Français - Première S

Le contenu du document

 

Souvent la deuxième partie de l’épreuve de l’oral du baccalauréat en français effraie les élèves car elle est réservée à un échange entre le professeur et le candidat/élève sous forme de questions.

 

Au lieu de faire une fiche sur les thématiques dans la dernière pièce du dramaturge roumain, je vous livre ici une fiche sur les questions possibles lors de cet entretien. Ces interrogations ne sont pas exhaustives mais développent les principaux thèmes de l’œuvre.

 

LE ROI SE MEURT EST-ELLE UNE TRAGEDIE OU UNE ANTI-TRAGEDIE ?

 

Le Roi se meurt peut être rattaché à la tragédie car cette pièce en possède plusieurs caractéristiques :

- Le récit traite du destin d’un personnage royal,

- L’issue est tragique puisqu’il s’agit de la mort,

- Le roi possède les symboles du pouvoir (les attributs royaux tels que la couronne et le sceptre, le royaume de Bérenger 1er et la cour),

- Ionesco respecte la règle des trois unités :

o L’unité de temps : tout se déroule en une heure et demie (durée du spectacle). Six fois, le Roi est informé de la progression du temps et, par conséquent, de l’approche de sa mort : « Tu vas mourir dans une heure et demie, tu vas mourir à la fin du spectacle ; Tu vas mourir dans une heure vingt-cinq minutes  ; Dans une heure vingt-quatre minutes quarante et une secondes. ; Il ne vous reste qu’un peu plus d’une heure, Sire. ; Il nous reste trente-deux minutes trente secondes. ; Il te reste un quart d’heure. »

o L’unité de lieu : le drame se déroule dans la salle du trône, le « living-room » du Roi (choix ironique du terme : living-room signifiant littéralement « pièce où l’on vit » !). Les lieux qui entourent (concentriquement ?) la salle du trône sont évoqués dans le texte. Ces lieux reflètent symboliquement la mort prochaine du Roi : le palais qui se dégrade (fissures, chauffage en panne, toiles d’araignées partout), le royaume qui se meurt si (invasion des terres par la mer, vieillissement précoce de la population…), d’étranges phénomènes météorologiques et cosmiques qui semblent annoncer la fin du monde.

o L’unité d’action : le roi se meurt.

 

Toutefois cette relation à la tragédie est remise en cause et amène à parler d’anti tragédie. Plusieurs détails vont en effet dans ce sens :

- Le roi n’en a plus que le titre car son état et son pouvoir se dégradent au fil du récit : il perd la notion du temps, sa couronne tombe à plusieurs reprises, il finit lui-même par ne plus tenir debout, il devient incapable de donner des ordres

- Les personnages de la tragédie sont parodiés. 

 

Du point de vue de la structure du récit, le spectateur/lecteur avisé découvre bien des preuves que la pièce est une anti tragédie :

 

- La tragédie classique est composée de cinq actes divisés en scènes. Dans Le Roi se meurt il n’y a qu’un seul et unique acte toute la pièce ;

- Le schéma de linéarité communément admis, évoluant de la situation initiale au nœud et à la situation finale, est complètement remis en cause par Ionesco. En nommant sa pièce Le roi se meurt, il indique déjà la nature de la situation finale. On peut dès lors considérer que l’ensemble de la pièce forme cette dernière partie. En outre la première scène va à l’encontre des objectifs habituels de planter le décor et de présenter les personnages ainsi que d’amener le nœud ;

- La pièce de Ionesco réfute plusieurs règles de la tragédie telle que les avait édictées Boileau au XVIIe siècle. Il avait dans son Art poétique défini les principales règles de la tragédie : respect de la bienséance et de la vraisemblance, ainsi que de la règle des trois unités. La vraisemblance consiste à ne raconter que ce qui pourrait arriver. Ce principe n’est absolument pas respecté chez Ionesco, le roi a vécu plus de 400 ans, et la perception du temps propre à ce personnage contredit la réalité : alors qu’il s’est marié 283 ans auparavant, il trouve que sa vie est trop courte. En outre la durée de la pièce est mise en avant dans le récit. Lorsque Marguerite s’exclame « tu vas mourir dans une heure et demie, tu vas mourir à la fin du spectacle », elle montre qu’elle est en représentation. 

 

Du point de vue de la forme aussi, des divergences s’observent par rapport à la tragédie classique :

- La pièce n’est pas rédigée en vers, mais en prose ;

- La langue et le vocabulaire des personnages sont bien éloignés des tragédies classiques. L’utilisation des termes anglais, un jeu sur les homonymies et une réflexion sur le langage ;

- Les didascalies prennent une place considérable dans le texte et montrent corollairement le peu d’importance accordée au langage. Les gestes semblent l’emporter sur les mots. A cet égard, les premières et les dernières lignes de la pièce sont significatives du rôle de la didascalie. Celle-ci en dit plus que le dialogue entre les personnages.

 

LE GENRE THEATRAL DE LA PIECE : PLUSIEURS QUESTIONS POSSIBLES

- La pièce est-elle une tragédie ?

- La pièce est-elle un drame ?

- La pièce est-elle une comédie ?

- Expliquez pourquoi la pièce est un mélange des genres.

 

Cette œuvre est à la fois :

- Une tragédie : par son sujet (la mort, l’issue fatale de la vie humaine, fatalité à laquelle personne n’échappe, contre laquelle aucune volonté, aucun pouvoir ne résiste) ;

- Une comédie : par des situations, des scènes drôles, par le comique, l’humour dans le langage. Le Roi se meurt nous faire rire par la présence :

o De répliques inattendues, des anachronismes, des anglicismes, des mots pédants,

o Des jeux de mots (« les carottes sont cuites »),

o Des paradoxes (« le pot-au-feu n’est pas recommandé pour la santé des mourants »),

o Des expressions stéréotypiques (« après lui, le déluge »)

o La parodie littéraire (différents genres dramatiques et auteurs) et liturgique (la « cérémonie » menée par Marguerite fait penser à une messe)

- Une tragi-comédie et un mélodrame : par le mélange du tragique (fond) et du comique (forme) ;

- Une parodie : des genres dramatiques, de certains auteurs (voir les pièces de Molière avec le personnage de la servante omnisciente intervenant à tout moment dans l’intrigue ; Marivaux et le marivaudage, c’est-à-dire l’affectation, la recherche, la préciosité dans le langage) ;

- Une farce : par les exagérations, les invraisemblances qui font rire.

 

LE THEME DE LA MORT DANS LA PIECE : PLUSIEURS QUESTIONS POSSIBLES

- Que pouvez-vous dire sur la thématique de la mort ?

- Que représente la mort dans la pièce ?

- Les personnages ont-ils la même réaction vis-à-vis de la mort ?

 

C'est le thème principal. Elle inscrit la pièce dans le registre tragique parce qu'elle est inéluctable. Bérenger, c'est l'homme qui va mourir, le représentant de notre condition de mortels et ceci est un trait distinctif du personnage, qui n'existe pas pour les autres personnages de la pièce. Si le spectateur s'identifie à lui, il est amené à éprouver lui aussi l'angoisse de la fin qui arrive inexorablement. Cette pièce peut susciter la terreur et la pitié, ressorts du tragique selon Aristote.

L’œuvre d’Ionesco ne raconte pas seulement la mort du roi. Elle transmet aussi un message pour chacun. Bérenger Ier est le prétexte pour aborder le thème de la mort et les diverses réactions que nous pouvons tous avoir face à elle.

 

D’après le médecin de la pièce, il y a un processus à suivre pour accepter la mort. Il explique en effet que le monarque finira par se résigner, qu’il ne restera pas dans le refus. Analysons les réactions des différents personnages et leur progression :

 

- Marguerite, comme nous l’avons vu dans la fiche sur les personnages, est le personnage raisonné de la pièce. Elle accepte l’idée de la mort et admet volontiers qu’il faut s’y préparer dès le premier jour ;

- A l’opposé, Marie refuse de voir ce qui arrivera inévitablement. Elle est guidée par ses émotions, par son amour : « Elle pense que ce qu’elle appelle l’amour peut réussir l’impossible. » Elle ne peut accepter l’idée de perdre son époux et préfère vivre dans le déni ;

- Bérenger, quant à lui, passe par plusieurs étapes. Il se révèle d’abord inconscient de ce qui lui arrive ; il dit ne pas connaitre l’origine des maux qui le tiraillent. Une fois que Marguerite lui a annoncé sa mort prochaine ; il refuse de voir la vérité en face. Il voudrait avoir le pouvoir de changer cela, mais il se trouve bien obligé de constater que personne n’a ce don. Finalement, la résignation émerge jusqu’à ce qu’il proclame plusieurs fois : « Je meurs. » ;

- Le médecin devrait porter un regard objectif en tant que scientifique, et nous sentons en effet son discours neutre, mais son explication se base notamment sur les astres, ce qui diffère de la médecine que nous connaissons.

 

Ainsi, nous pouvons observer que chacun des personnages révèle une des réactions possibles de tout être humain. Ionesco se fait porteur d’un message universel : il « montre à chacun qu’il s’agit de faire face à la mort un jour ou l’autre, qu’on y soit préparé ou non, qu’on l’accepte ou pas. »

 

Citation de Ionesco sur la mort :

« J’ai toujours été obsédé par la mort. Depuis l’âge de quatre ans depuis que j’ai su que j’allais mourir, l’angoisse ne m’a plus quitté […] J’écris pour crier ma peur de mourir, mon humiliation de mourir. Ce n’est pas absurde de vivre pour

mourir, c’est ainsi. » (Ionesco, Notes sur le théâtre)

 

PROUVEZ QUE LE TRAGIQUE COHABITE CONSTAMMENT AVEC D’AUTRES REGISTRES, NOTAMMENT LE BURLESQUE.

À part dans notre tragédie classique, on trouve rarement le tragique à l'état pur, même chez les tragiques grecs. Ici le mélange des genres produit un effet burlesque en faisant cohabiter le tragique et la dérision.

 

- Comme chez Shakespeare, les personnages subalternes sont source de comique, entre autres par leur trivialité, en contraste avec le cadre royal ; ainsi Juliette parle de « living room » pour désigner la salle du trône. Le dialogue avec le roi qui lui demande « Comment vis-tu ? » fait alterner le lyrisme (du roi) et le prosaïsme (de Juliette) : « Je vide des pots de chambre. Je fais des lits. »

- Le registre prosaïque vient constamment interférer avec le registre noble.

- Différents niveaux de langue cohabitent chez tous les personnages : « Fini de folâtrer, finis les loisirs, finis les gueuletons, fini votre strip-tease. » dit Marguerite.

- Le bouclage (le bouclage est la reprise, dans une réplique, d'un ou plusieurs mots de la réplique précédente ; c'est une caractéristique du texte théâtral) engendre le burlesque quand il s'accompagne d'un changement de registre.

o Marguerite : « Tu meurs aussi pour une raison d'état / Le roi : Mais l'état c'est moi ! »

- Les anachronismes sont source de burlesque : la pièce se passe dans un temps non défini, vaguement médiéval mais les personnages emploient souvent des mots qui désignent des réalités d'aujourd'hui : le « living-room », les « radiateurs », les « tanks ».

 

Citation de Ionesco sur le burlesque dans le théâtre :

« Si donc la valeur du théâtre étant dans le grossissement des effets, il fallait les grossir davantage encore, les souligner, les accentuer au maximum, […] aller à fond dans le grotesque, la caricature, au-delà de la pâle ironie des spirituelles comédies de salon. […]

Humour, oui, mais avec les moyens du burlesque. Un comique dur, sans finesse, excessif. Pas de comédies dramatiques non plus.

Mais revenir à l’insoutenable. Pousser tout au paroxysme, là où sont les sources du tragique. […] Éviter la psychologie ou plutôt lui donner une dimension métaphysique. » (Ionesco, Expérience du théâtre, 1958)

 

LE ROI SE MEURT LE THEATRE DE L’ABSURDE ? : PLUSIEURS QUESTIONS POSSIBLES

- Le roi se meurt est-elle une pièce absurde ?

- Où se situe l’absurde dans la dernière pièce de Ionesco ?

- Qu’est-ce que le théâtre de l’absurde ?

 

Beckett (écrivain irlandais, 1906-1989), Genet (écrivain français, 1910-1986), Adamov (auteur dramatique français, 1908-1970) et Ionesco sont les acteurs d’un genre qui s’oppose à l’écriture traditionnelle et au récit tel qu’on le connaissait jusque-là. Le théâtre de l’absurde atteint son apogée à la moitié du XXe siècle, mais les premières traces de marginalisation s’observent déjà auparavant.

 

Les auteurs de ce courant de l’absurde marquent la rupture dans leurs écrits en refusant les notions communément acceptées d’intrigue et de personnage. Cela donne souvent lieu à des histoires insensées, absurdes, d’où le nom du genre. Le plus bel exemple est sans doute celui de La Cantatrice chauve d’Ionesco. Ce récit relate une conversation entre plusieurs personnages sans qu’il y ait la moindre intrigue. Les répliques se suivent sans aucune logique, donnant à voir l’absurde dans toute sa splendeur.

 

Dans Le roi se meurt, l’absurdité vient : 

- De la mise en échec de l’intrigue. En effet, l’intrigue s’avère être inexistante de par le peu de mystère laissé par le titre et le début du récit. 

- Les réflexions sur le langage renforcent le caractère saugrenu de la conversation et de l’ensemble de la pièce. La signification des mots et des expressions n’est plus une évidence, les personnages ne sont donc plus capables de se comprendre.

Toutefois, il convient d’être prudent quant à l’expression « théâtre de l’absurde » car Ionesco s’est toujours montré sceptique face aux écoles, soucieux de ne pas être estampillé et classé. Pour Ionesco, l’absurde est d’abord une situation. La dernière pièce du dramaturge roumain vise à mettre en spectacle le scandale de la mort : « pourquoi suis-je né si ce n’était pas pour toujours ? » s’interroge Bérenger. Ce sont les personnages qui incarnent le mieux l’insolite. La peur de Bérenger le conduit à adopter un comportement absurde, que trahissent : son égocentrisme, lorsqu’il demande « qui veut donner sa vie au roi ? ; ses moments de régression lorsqu’il s’écrie : « j’aimerais redoubler » ; sa cruauté passée que rappelle Marguerite : « tu as fait massacrer mes parents, tes frères rivaux ». Absurde et tragique cheminent ensemble comme le comique et le tragique.

 

Citations de Ionesco pouvant éclairer ces entrelacs tragique, comique et absurde :

 

« Puisque j’écris pour le théâtre, je me préoccupe seulement de personnifier, d’incarner un sens comique et tragique, à la fois, de la réalité. » (Ionesco, Témoignages, 1958)

 

« Le comique étant l’intuition de l’absurde, il me semble plus désespérant que le tragique. » (Ionesco, Notes et contre-notes)

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac S le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac S

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac S

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?