Correction Français - Bac S 2017

Correction Français - Bac S 2017

Notre professeur a rédigé pour vous le corrigé de l'épreuve de Français du Bac S 2017.
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L'objet d'étude était Le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours. Dans un premier temps, vous deviez répondre à la question de corpus "Les personnages de ces romans sont-ils touchés de la même manière par l’univers fictif qu’ils découvrent ?". Ensuite, vous deviez effectuer l'un des 3 sujets qui suivants, au choix : le commentaire de texte sur l'extrait de Marguerite Duras, la dissertation "Le personnage de roman se construit-il exclusivement par son rapport à la réalité ?" et l'écriture d'invention "À la manière des auteurs de ces romans, vous imaginerez le récit que pourrait faire un spectateur / une spectatrice d’une séance de cinéma qui l’aurait particulièrement marqué(e).".

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Correction Français - Bac S 2017

Le contenu du document

 

 

QUESTION DE CORPUS

REMARQUES

Texte de Camus : On décèle une certaine ironie du personnage face aux scènes qu’apprécie sa grand-mère au cinéma. ‘Le doute à cet égard n’était pas permis ». 

On a le même type de scène chez Duras : un fiction amoureuse idyllique, sauf que Suzanne se console et se réfugie dans cette fiction. 

Le point commun entre ces deux textes serait la manière dont Suzanne reçoit la fiction et la grand-mère dans le texte de Camus. 

 

Texte de Proust : La naïveté et la présence imposante de la fiction dans le réel : semblable au texte de Marguerite Duras, où Suzanne se console du réel grâce à la fiction. Toutefois chez Proust on remarque que le narrateur n’apprécie pas ce refuge, qui lui fait perdre l’habitude de sa chambre, la fiction lui suscite une inquiétude. 

 

Les personnages ne sont pas touchés de la même manière :

Chaque expérience de la fiction est unique : on trouve de l’ironie chez Camus, de la crainte chez Proust, et du soulagement fasciné chez Duras. 

A/ L’ironie chez Camus:

Le personnage nommé Jacques Cormery dans le texte extrait du Premier homme de Camus, décrit les scènes de cinéma qu'apprécie particulièrement sa grand-mère. Il semble poser un regard critique sur le cinéma qui met en scène des clichés, des scénarios stéréotypés. On le remarque notamment dans les images que ce personnage relève : « le héros musclé portant dans ses bras la jeune fille blonde et blessée » mais aussi, les « lianes » et le « canon torrentueux » font appel à des images peu recherchées. Le cadre de la jungle, permet en effet de mettre en scène la force virile de l'homme et la détresse de la jeune fille sans défense. Ce stéréotype de genre accentue l'image de la femme faible dépendante de l'homme fort. Le personnage de Jacques Cormery semble implicitement se moquer de ces images par le simple fait qu'il les nomme dans des phrases écrites à l'imparfait. Le temps des verbes à l'imparfait souligne en effet qu'il y a une dimension intemporelle dans ces clichés. Il n'a pas même besoin de nommer de quel film ou de quel épisode il s'agit puisque selon le personnage, tous les épisodes de tous ces films se ressemblent. 

Ensuite on remarque grâce à l'expression suivante: «  malgré les avertissements vociférés des spectateurs », que Jacques Cormery est assez réticent face à ce comportement absurde des spectateurs. D'abord parce que les héros bien entendu ne peuvent entendre les avertissements, qui sont d'autant plus absurdes du fait que les spectateurs savent bien que c'est un film et que les acteurs ne sont pas en danger, mais surtout parce que les spectateurs devraient, de même que Jacques Cormery, bien se rendre compte qu'il n'est pas permis de douter que les héros s'en tireraient, puisque tous les films de cette sorte se ressemblent. Jacques Cormery semble presque éprouver un certain mépris pour les spectateurs naïfs qui l'exaspèrent, il paraît entièrement désabusé face à ces films d'action. Par ailleurs, la fin heureuse habituelle de ces films est analysé par Jacques Cormery : il souligne ne fait que la question à se poser n'est jamais « les personnages vont-ils s'en sortir? », mais plutôt « comment les personnages vont-ils s'en sortir? ». Pour ce personnage, la bêtise ultime serait de douter de l'effectivité d'une fin heureuse, et d'avoir véritablement peur que les personnages meurent. Il le sous-entend de manière ironique en pensant « le doute à cet égard n'étant pas permis ». Enfin le ridicule de ces scènes est à son comble lorsque Jacques Cormery explique avec ironie que les personnages sont sauvés par un « arbre providentiel ». La scène est en effet agaçante puisque l'on sait pertinemment que dans la réalité le hasard n'est jamais autant en faveur des individus. Le stéréotype possède un caractère improbable et trop éloigné du réel, ce qui agace d'autant plus Jacques Cormery. 

Enfin, la mise en scène de la fiction au sein de la salle de cinéma semble tout autant exaspérer Jacques Cormery, comme on le perçoit dans la métaphore employée pour décrire le dos de la femme pianiste : « une vieille demoiselle qui opposait aux lazzis des « bancs » la sérénité immobile d'un maigre dos en bouteille d'eau minérale capsulée d'un col en dentelle ». Ici, le col en dentelle semble aussi constituer une image stéréotypée de la femme pianiste. La dentelle est en effet une matière qui rappelle le mariage, la parure de mauvais goût, démodée et mièvre, cette dernière image semble couronner ce spectacle déplorable. Le personnage utilise une métaphore inappropriée et triviale (celle de la « bouteille d'eau minérale capsulée ») pour désacralisée cette image ridicule et mièvre. 

B/  La crainte chez Proust: 

Si le stéréotype de genre et l'absence d'imagination des réalisateurs dans la construction du scénario agace autant Jacques Cormery dans la fiction, on remarque toutefois que l'enfant qu'est le narrateur de Du côté de chez Swann, ne possède pas encore à son âge de regard véritablement critique face au stéréotype dans la fiction. Il semble en effet assez sensible à la scène du chevalier majestueux comme on le remarque dans la description suivante : « avec une docilité qui n'excluait pas une certaine majesté », « puis il s'éloignait du même pas saccadé. Et rien ne pouvait arrêter sa lente chevauchée ». Ainsi le narrateur enfant que met en scène Proust est sensible à la beauté du chevalier mis en scène dans la fiction. Il ne laisse transparaître aucune critique. 

Toutefois, ce narrateur ne reçoit pas la fiction avec un véritable plaisir, mais avec une certaine tristesse. En effet, cette fiction lui est d'abord imposée par sa famille : « On avait bien inventé, pour me distraire les soirs où on me trouvait l'air trop malheureux, de me donner une lampe magique ». Il ne désirais donc jamais regarder ces images mais on les lui imposait. Aussi, il souligne « Mais ma tristesse n'en était qu'accrue ». L'enfant est inquiété par les images, non pas par leur contenu stéréotypé, auquel il semble assez indifférent, mais davantage par le fait de perdre ses repères dans les moments les plus difficiles. Il est en effet sujet à de fortes angoisses au moment du coucher. Il affirme donc que la fiction l'empêche de retrouver les couleurs et l'éclairage habituels de sa chambre et le rend ainsi « inquiet ». Dès lors la fiction qui est censée avoir une fonction rassurante du point de vue des parents, ne fait qu'amplifier les craintes et la tristesse de l'enfant. La fiction n'est donc pas ici un soulagement mais une peine imposée, dès lors qu'elle n'est pas désirée. 

C/ Un soulagement fasciné chez Duras. 

Lorsque Suzanne est installée dans la salle noire de cinéma, elle oublie et congédie ses inquiétudes du quotidien. La fiction inscrit un parenthèse dans sa vie, et lui apporte une certaine puissance sur la vie comme on le voit dans l'expression suivante:  « La lumière s'éteignit, Suzanne se sentit désormais invisible, invincible... ». Il y a dans la mise en scène de la séance de cinéma un aspect sécurisant et protecteur, qui crée une illusion de pouvoir sur le monde. Suzanne s'évade donc grâce à la mise en scène de la fiction car elle lui apporte un certain bien être face aux difficultés de la vie. 

La fiction est perçue par Suzanne comme un échappatoire à la vie on le voit dans l'expression suivante, lorsqu'elle compare la vraie nuit de la nuit mise en scène dans un film en qualifiant cette dernière de « plus ravissante, plus consolante que toutes les vraies nuits ». Le stéréotype met ainsi en scène un idéal qui permet de supporter les difficultés du réel. Par exemple on le voit dans les commentaires que fait Suzanne face à la scène du baiser du couple : « On voudrait bien être à leur place. Ah ! Comme on le voudrait. » Cette analyse des sentiments de tout spectateur face au cliché du bonheur amoureux montre bien que Suzanne vit la fiction avec un certain plaisir de fuite du réel. Et en même temps que Suzanne réalise qu'elle aimerait être à leur place, on sent à travers l'usage du verbe au conditionnel qu'elle a en même temps conscience qu'elle n'a pas accès à cette vie idéale. Il y a à la fois une fuite dans le plaisir par procuration, et une certaine amertume présente dans cette constatation. 

On comprend donc que chacun des personnages vit à sa manière la fiction en fonction de ses propres désirs : Jacques Cormery n'aspire pas à la vision de certains clichés, il semble les juger trop mièvres, tandis que Suzanne y prend goût dans la mesure où elle ressent un besoin d'évasion face au réel. Enfin le narrateur chez Proust éprouve une certaine tristesse liée au contexte du moment du coucher qui l'attriste et à la perte de repères engendrée par la fiction qu'on lui impose d'observer.

 

Mais on trouve des aspects similaires entre cette manière de percevoir la fiction :

Tous semblent être envahis par les images. Jacques Comery de manière négative, Suzanne avec agrément, Proust avec une fascination mêlée de tristesse.

 

Toutefois, bien que les personnages ne vivent pas la fiction de la même façon en raison du contexte et de leurs attentes, on remarque que tous sont envahis de manière similaire par cette fiction: tous semblent être envahis par les images. Jacques Cormery de manière négative, Suzanne avec agrément, Proust avec une fascination mêlée de tristesse.

Le cas  de l'enfant mis en scène par Proust, montre bien par le fait qu'il n'a pas choisi d'observer cette ficiton, que l'image envahit. Elle est nécessairement marquante pour l'esprit du spectateur puisqu'elle n'impose pas d'autre effort que celui de laisser ses sens (la vision) disponibles à la réception des images. L'enfant ne peut pas s'empêcher d'observer des images qu'il aurait préféré ne pas voir. La fiction, lorsqu'elle est faite d'images est donc souvent la présentation d'un autre univers qui nous envahit.

C'est aussi le cas chez Camus, puisque ce personnage est forcé de choisir le film que souhaite voir sa grand-même. Sa vision de la fiction est alors entièrement désabusée et critique, il semble recevoir la fiction aussi de manière pénible et imposée, puisqu'il choisit d'analyser les films que sa grand-mère préfère : « La grand-mère aimait particulièrement ces films en tranches dont chaque épisode se terminait en suspens ». Ainsi le personnage de Jacques Cormery vit avec ennui et avec un certain dégoût les films mièvres qu'il est amené à aller voir. 

Enfin, Suzsanne elle, est non seulement envahie avec plaisir, mais surtout elle est transportée de joie et d'émotion à la vue des images stéréotypées de la fiction. Elle fait partie en quelque sorte du groupe de spectateurs naïfs, transportés par le stéréotype, qui souhaite avertir le héros que les ennemis vont les tuer. Elle écrit en effet : « C'est ça qui est formidable, on le sait avant elle, on a envie de la prévenir. » Aussi lorsqu'elle écrit : « Gigantesque communion de la salle et de l'écran » on perçoit le fait que l'image, lorsqu'elle procure un certain plaisir, engendre un sentiment de communion presque de l'ordre du rituel religieux.

 

Toutefois, on peut remarquer que chaque individu vit la fiction selon sa propre subjectivité et sa propre histoire :

Chaque perception d’une même fiction est unique. 

La particularité de l'expérience de Suzanne est marquée par le regard à la fois lucide et fasciné qu'elle pose sur le contenu de la fiction : elle sait pertinemment qu'elle est face à une fiction, irréelle et un stéréotype comme elle le laisse implicitement entendre dans le « naturellement » de la phrase : « Elle a naturellement beaucoup d'argent. » Son regard est donc à la fois lucide, puisqu'elle est capable de mettre à distance le stéréotype et de l'identifier comme tel, et fasciné, puisqu'elle semble rêver à cette vie idéale mise en scène par la fiction.

Si l'on étudie les raisons pour lesquelles le narrateur du roman Du côté de chez Swann est inquiet et triste, on remarque que c'est lié à ses angoisses personnelles. Ce n'est pas tant la fiction qui le rend triste ni le contenu des images, mais c'est le fait qu'il perde ses repères habituels, constitués par les couleurs et l'ambiance de sa chambre sans l'éclairage de cette lampe magique. Ainsi le narrateur enfant n'est pas touché par la fiction de manière négative en raison de son contenu comme c'est le cas pour Jacques Cormery, mais c'est davantage pour le caractère impersonnel de ces images et inhabituelles qu'il les trouve désagréables. C'est donc l'histoire et les émotions de l'enfant qui influencent la perception qu'il a de la fiction. 

Enfin Jacques Cormery critique la fiction parce qu'elle reproduit des schémas et des images du bonheur peu originaux. L'enfant semble déjà assez jeune pour posséder un certain recul face à ces images de fiction. Il sait analyser que « La question n'était pas alors de savoir si le couple s'en tirerait » mais qu'elle était « comment il s'en tirerait. » Ainsi on peut affirmer que le personnage enfant qui se rend au cinéma avec sa grand-mère possède moins de plaisir à regarder ces fictions que sa propre grand-mère. Il existe donc différentes manières de recevoir la fiction et de l'apprécier en fonction de sa propre vision du monde, se ses propres attentes et de l'histoire que chacun peut vivre en lien avec les thématiques présentées dans la fiction. 

 

TRAVAUX D’ECRITURE

DISSERTATION

On remarque à première vue trois groupes de mots importants dans ce sujet :

 

« Le personnage de roman » : vous devez immédiatement penser à des exemples de personnages de roman dont vous citerez les noms dans votre devoir. Ce sont ces figures emblématiques, dont vous analyserez l’épaisseur du caractère et la psychologie qui donneront à votre devoir une perspective intéressante. Il vous faudra trouver des cas, des scènes, des grandes réflexions que se font les personnages à eux-mêmes, et des décisions importantes qui illustrent le rapport du personnage à la réalité. 

 

« Exclusivement » : ce terme tranché vous permet de nuancer vos trois réponses (c’est à dire vos trois parties). C’est autour de ce terme que votre réponse au sujet se structurera. On peut penser à répondre : oui c’est exclusivement à partir de la réalité que le personnage se construit/ Non c’est essentiellement grâce à ses rêves que le personnage de roman trouve son épaisseur/ Mais même si le rêve influence les actions du personnage, il fait aussi parti du réel. 

 

« La réalité » : du latin « res », qui signifie « chose », la réalité se définit comme un ensemble de phénomènes qui existent de manière physique, concrète, et effective. Il y a un caractère tangible que l’on peut trouver dans la réalité. Le réel est couramment opposé au rêve, à l’imaginaire, et à la fiction, qui est réputée être fausse. Au contraire le réel semble être crédité d’une part de vérité, c’est à partir de ce dernier que l’on recherche des preuves et que l’on construit le discours vrai. 

 

Problématisation : Un personnage de roman qui a pour caractéristique essentielle de faire rêver le lecteur, de l’emporter dans des aventures fictives que l’on qualifie péjorativement de « romanesques », c’est-à-dire d’aventures chimériques et illusoires, ne se structure pas à première vue, sur son rapport à la réalité mais davantage sur son imagination. On peut penser à la figure emblématique de Don Quichotte, qui se battait contre des moulins à vent, pour comprendre en quoi un personnage de roman se structure avant tout sur le rêve et non sur la réalité. Pourtant, les romanciers réalistes ont tenté d’ancrer chacun de leurs personnages dans la réalité historique et sociale de leur époque. Dès lors, on peut s’interroger sur le rapport du personnage de roman au rêve et au réel. 

 

Première formulation possible du problème : Le rapport d’un personnage de roman à la réalité est-il essentiellement une tentative consciente et réfléchie de s’accomplir dans le réel, dans une lutte permanente avec ce dernier, ou bien consiste-t-il à le fuir, à ne plus le percevoir voire à perdre le sentiment de cette réalité ? 

 

En introduction, il serait intéressant de citer un personnage de roman dont le rapport à la réalité est problématique : le plus célèbre serait celui du personnage de Don Quichotte de Cervantès, qui perd, au sens le plus littéral possible le sentiment de la réalité, puisque sa folie est parfaitement concrète étant donné qu’il confond les objets de manière hallucinatoire (il se bat contre des moulins à vent en croyant se battre contre des chevaliers). Or l’intérêt de cet exemple se trouve justement dans le fait que sa folie est créée par la lecture des romans de chevalerie. Don Quichotte s’est enfermé dans un monde d’illusions et de rêve, en lisant trop de romans et cela l’a amené à perdre la perception même de la réalité tangible et concrète. 

 

Seconde formulation possible du problème : Si les romans n’exposent que des fictions, qui permettent au lecteur de s’évader du réel, comment alors un personnage de roman peut-il se construire exclusivement sur son rapport à la réalité puisque sa vie fictive consiste à nier la perception commune de la réalité ?

 

PLAN POSSIBLE

I. En effet, la vie des personnages de papier se structure par la confrontation avec le réel : les expériences forgent son caractère. 

A/ Le roman d’apprentissage montre une évolution du personnage qui semble devenir plus sage à la fin du roman, justement parce qu’il a mesuré la distance entre ses rêves et la réalité. 

Exemple : (Education Sentimentale de Flaubert, fin du roman, Frédéric parle à son ami de sa vie et tous deux concluent : « ils l’avaient tous les deux manquée »

 

B/ Le roman autobiographique permet de la même façon au narrateur-personnage de se réappropriai le réel, il se structure à partir de FAITS REELS. (le roman réaliste et naturaliste -Zola, Thérèse Raquin- aussi par ailleurs). Parler du pacte autobiographique. 

Exemple : La promesse de l’Aube de Romain Gary. 

 

C/ Aussi lorsque le personnage s’engage dans le réel, tente de le transformer et se confronte à celui-ci, on peut dire qu’il se structure par ce rapport à la réalité.

Exemple : Le docteur Rieux fait un choix au sein de son existence qui est de s’engager et de lutter contre la peste à Oran. 

 

II. Cependant, si ces personnages se confrontent au réel avec une telle dureté, et s'il leur arrive autant d’aventures extraordinaires, c’est justement parce qu’ils ont un rapport de négation du réel et un désir d’absolu. (Pour ne pas ennuyer le lecteur il était nécessaire au romancier d’en faire des êtres exceptionnels, et peu ordinaires, mais de ce fait, leur caractère doit nécessairement se structurer autour d’un rapport de négation de la réalité). Les personnages de roman se structurent donc essentiellement sur leur rapport à leur imagination plutôt que sur leur rapport au réel.

A/ Les personnages semblent dépourvus du sentiment de réalité. Ils souhaitent accomplir des idées ou des valeurs supérieures à celles qu’ils perçoivent dans la réalité au sein même de cette réalité. 

Exemple : « Bérénice avait le goût de l’absolu », dans Aurélien d’Aragon. 

La vie de ces êtres de papier semble consister à mettre en pratique leurs illusions sur le monde. 

 

B/ Les personnages frôlent la folie et parfois meurent justement à cause de cette négation du réel. 

Exemple : Madame Bovary, sa lecture de romans d’amour du type Paul et Virginie lui a fait rêver d’un amour idéal et stéréotypé qui l’empêche de percevoir le monde tel qu’il est réellement. Elle passe de l’illusion à la désillusion et se suicide : la confrontation au réel est donc terrible et l’on peut interpréter ce suicide comme une négation de la réalité, une tentative de faire triompher le rêve sur l’acceptation de la réalité. Donc ils se structurent psychologiquement par la négation du réel. 

 

C/ La fiction console les personnages du réel, de l’horreur de la réalité. 

Exemple : Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique. Deuxième partie : le personnage trouve au cinéma des images artificielles, travaillées, et il y trouve du plaisir. Un plaisir de fuite et d’évitement du réel trop difficile à supporter : la nuit ainsi est « plus vraie que la vraie nuit ».

 

III. Mais l’opposition entre le rêve et la réalité n’est pas pertinente. Le rêve est une partie constitutive du réel, il lui donne sa profondeur. Ainsi les sentiments des personnages face aux épreuves auxquelles ils sont confrontés sont d’autant plus intéressants lorsque les personnages ont tenté d’accomplir un idéal rêvé dans le réel. C’est alors la prise de conscience de la réalité qui structure la psychologie du personnage. 

A/ La prise de conscience du personnage ne se fait que par la décision d’abandonner ses illusions : la décristallisation de Swann qui repense à son amour pour Odette, notamment en écoutant la sonate de Vinteuil. 

Exemple : Proust Du côté de chez Swann

 

B/ L’oscillation du personnage entre réalité et folie construit l’histoire et la profondeur du personnage : La Princesse de Clèves, de Madame de La Fayette, est entièrement influencée par son milieu social, son éducation de femme rangée. Mais elle agit de sorte à nier son intérêt personnel, de manière exemplaire mais entièrement irrationnelle voire absurde : 

 [...] sa vie, qui fut assez courte, laissa des exemples de vertu inimitables. »

 

C/ La transgression du pacte autobiographique : preuve que le personnage est intéressant justement par ces moments où il fuie la réalité. 

Exemple : Rousseau, Les Confessions : « Moi seul… »

 

COMMENTAIRE DE TEXTE

C’est une scène parenthèse : elle arrête de chercher son frère pour s’émerveiller face à la fiction. On a une réflexion implicite sur le rôle de la fiction dans la vie humaine, à travers cette mise en abyme. 

 

Quelques procédés stylistiques à repérer :

On a un point de vue interne : la scène est décrite depuis les sentiments du personnage. On voit directement la salle de cinéma depuis le regard du personnage, et l’on ne perçoit l’environnement du personnage que depuis le regard de Suzanne qui analyse et ressent la scène de cinéma. 

 

Ne pas passer à côté de la mise en abyme. On a une scène de film décrite par un personnage de roman dans une scène de roman. 

 

Le récit est au début au passé simple, ce qui permet de donner un certain dynamisme aux événements. Il semble y avoir un rebondissement dans le récit au moment où elle entre dans le cinéma. (Et quelques verbes à l’imparfait).

Puis on glisse vers le présent : cela permet d’entrer en intimité avec le personnage. Cela permet à l’écrivain de donner un caractère plus réaliste à son récit puisque le lecteur est plongé dans la temporalité du personnage. Il assiste au film comme à côté de Suzanne.

 

On a dans le troisième paragraphe : du discours indirect libre : pas de guillemets, mais on a des pensées rapportées du personnage : « Il est très beau l’autre. » ‘Ah ! comme on le voudrait. », dans le second paragraphe aussi « C’était l’oasis… » et une interjection : « Ah! »

 

Une phrase nominale qui donne un effet de réel, puisqu’on a comme une liste des pensées du personnage, qui semble retranscrire le phénomène de la pensée tel qu’on le vit : de manière décousue, sans verbes, sans structure, de manière immédiate : « Gigantesque communion de la salle et de l’écran. On voudrait bien être à leur place. » On passe de la description de la scène à l’écran à la description de la scène dans la salle de cinéma, à la description des pensées de Suzanne. = > On a comme un travelling arrière réalisé par la narratrice.

 

Une métaphore filée au troisième paragraphe : celle de l’avancée d’un navire. « sillage », « libre comme un navire », « immaculée » (blancheur de l’écume). 

 

Comparaison « comme des quilles » : thématique du jeu : où on trouve des gagnants et des perdants, lutte, combat. Mais aussi thématique de la chute, de la réussite. 

 

On peut structurer le commentaire en deux parties :

I. Paragraphes 1 et 2 

L’immersion du lecteur dans un nouvel univers du personnage. Rupture dans la temporalité du récit. Entrée dans une parenthèse fictive au sein du roman. La mise en scène de l’entrée dans la fiction. 

 

II Vivre la fiction : Paragraphe 3

De la description de la scène regardée sur l’écran à la description de la réception affective de cette scène par le personnage. 

 

Conclusion : la scène décrite est un cliché totalement stéréotypé, presque ridicule et niais. Au contraire, la romancière réalise de manière quasi-cinématographique, une scène de roman, produisant des effets similaires à ceux du cinéma, très réussie. Elle donne une épaisseur à un objet (le cliché au cinéma) sans épaisseur : elle réussit en littérature ce qui est échoué dans certaines scènes de cinéma.

 

ECRITURE D’INVENTION

Il est important de travailler le contexte à partir duquel le récit est raconté : ce peut être dans un article de critique cinématographique, mais aussi plus simplement dans une lettre à un ami, auquel le personnage principal recommande le film. 

 

Travaillez véritablement les détails de la scène de cinéma : parlez des vêtements des personnages, des expressions sur leur visages, de tout ce qui vous a rendu sensible à cette scène. Ce peut être aussi un message qui vous aurait touché, livré par la scène.

 

Ce qui est important est de montrer comment l’image, par des symboles par exemple peut toucher et marquer en profondeur le spectateur : par exemple chez Robert Bresson, on a de nombreuses images symboliques travaillées à partir des mains : dans Pick Pocket avec les scènes de vols dans le métro, comme dans L’argent où l’on passe au début du film de l’homme pauvre qui est victime d’une escroquerie par l’homme riche qui le paye avec de faux billets, (on voit les billets dans les mains), jusqu’à la scène du crime, où le personnage devenu fou en prison se lave les mains ensanglantées dans un lavabo après avoir tué le geôlier. La symbolique est tragique : le message philosophique du film montre que les rapports des hommes à l’argent sont violents et qu’ils engendrent des nouvelles violences. Vous pouviez faire des liens entre votre vision du monde, et l’image, les symboles véhiculés par les images…

 

Aussi il serait important de parler de votre propre vécu (que vous pouvez évidemment inventer), il faut insérer votre personnage dans un contexte, une histoire doit lui être particulière et il faudrait faire le lien entre l’histoire du narrateur et le bouleversement que constitue la réception de l’image : comment cette image permet de transformer le regard du narrateur sur sa propre histoire et sur le monde qui l’entoure. 

 

On peut toutefois imaginer une infinité d’autres manières de traiter cette écriture d’invention, mais le rapport entre la perception du monde, de la vie, et de l’image étaient essentiels. 

Fin de l'extrait

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