Clés de lecture - Les chaises - Eugene Ionesco - Français - Première S

Clés de lecture - Les chaises - Eugene Ionesco - Français - Première S

Découvrez ce cours de français gratuit, consacré aux clés de lecture de Les chaises d'Eugène Ionesco. Cette leçon, rédigée par un professeur de français est au programme de première S

Clés de lecture - Les chaises - Eugene Ionesco - Français - Première S

Le contenu du document

Dans les deux premières parties de ce cours, vous trouverez une présentation générale de la pièce Les chaises. Ensuite, ce cours revient sur les clés de lecture de la pièce, (l'intrigue, les personnages, les évènements...). Enfin, ce cours  de français se termine par l'analyse de la réception par le public et la presse de la pièce d'Eugène Ionesco.

 

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Introduction

 

Les Chaises est une pièce en un acte écrite du dramaturge Eugène Ionesco, montée pour la première fois en 1952.

 

Elle est représentatrice de ce qu'on appelle volontiers, et parfois à tort, en histoire littéraire, "le théâtre de l'absurde", et en présente d'ailleurs les principales caractéristiques : renoncement au réalisme, dénonciation de l'absurdité de la vie, thématique de la mort, etc. Pourtant, il est à noter que l'auteur même rejetait l'appelation de "théâtre de l'absurde", préférant évoquer une représentation de l'insolite.

 

Les notes de pages font référence à l'édition du Théâtre complet d'Eugène Ionesco, dans l'édition de la Pléiade.

 

 

Genèse de la pièce

 

Le projet

 

On retrouve les premières traces du projet d'écriture des Chaises (alors intitulé l'Orateur) dans le Journal de Ionesco, à l'entrée du 23 juin 1951. Le dramaturge y écrit :

 

"Par les moyens du langage, des gestes, du jeu, des accessoires, exprimer le vide.

 

Exprimer l'absence.

 

Exprimer les regrets, les remords.

 

Irréalité du réel. Chaos originaire.

 

Les voix à la fin, bruit du monde, rumeurs, débris de monde, le monde s'en va en fumée, en sons et couleurs qui s'éteignent, les derniers fondements s'écroulent ou plutôt se disloquent."

 

 

Par ailleurs, dans les Entretiens avec Ionesco de Claude Bonnefoy en 1966, le dramaturge explique que le projet des Chaises lui vint à partir d'une image : "J'ai eu d'abord l'image de chaises, puis d'une personne apportant à toute vitesse des chaises sur le plateau vide. J'avais d'abord cette image initiale, mais je ne savais pas du tout ce que cela voulait dire (...) Je me suis dit : "Voilà, c'est l'absence, c'est la viduité, c'est le néant. Les chaises sont demeurées vides parce qu'il n'y a personne" (...) Le monde n'existe pas vraiment. Le thème de la pièce était le néant et non pas l'échec."

 

 

C'est donc une image, une esthétique, celle des chaises vides, à laquelle s'ajoute la vision de l'existence comme d'un vide ontologique, qui est à l'origine de la pièce. Il ne s'agit pas d'un projet longuement travaillé, mais bien d'une écriture spontanée, à partir d'une image obsédante.

 

On constate d'ailleurs qu'aucune préoccupation narrative n'est présente dans la génétique du texte, ce qui explique l'aspect subalterne de la narration dans la pièce. Ce qui compte n'est pas l'histoire racontée sur scène, c'est ce que cette histoire signifie.

 

Les thématiques

 

En 1987, lors d'un entretien, Ionesco résuma les thèmes évoqués dans sa pièce : "hantise de la vieillesse, échec de toute vie et horreur de la mort" (Théâtre Complet d'Eugène Ionesco, éditions la Pléiade, dossier, page 1532)

 

L'auteur revient par ailleurs sur le caractère anecdotiques des événements racontés : l'intrigue n'a d'autre but que de représenter une situation existentielle, par le biais d'une approche faisant appel au non-verbal, et qui, par conséquent, ne peut s'accomplir pleinement que sur une scène, au-delà du texte.

 

 

L'intrigue

 

Nous l'avons mentionné, l'intrigue de la pièce est secondaire, et ne sert qu'à illustrer la vacuité de l'existence, telle qu'elle est perçue par le dramaturge.

 

 

Les personnages

 

Les protagonistes sont deux vieillards, désignés sous les appellations "Le Vieux" et "La Vieille". La Vieille semble porter le nom de "Sémiramis", c'est du moins ce que déclare le Vieux au Colonel. Cependant, l'auteur choisit de les nommer ainsi, peut-être pour leur conférer un caractère plus universel, et probablement pour rappeler, dans leurs appellations même, la proximité de la mort.

 

Les deux personnages sont enfermés dans une pièce - qui pourrait être un phare - entouré d'eau, l'eau étant généralement perçue, chez Ionesco, comme un symbole de mort, de pourriture.

 

Leur solitude, leur enfermement, les rapproche du capitaine Edgar et de son épouse, les personnages de Danse de mort de Strindberg, cloîtrés dans leur fort. Par ailleurs, en 1957, Samuel Beckett mettra en scène des personnages similaire, Hamm et Clov, dans Fin de partie.

 

 

Atmosphère

 

L'atmosphère de la mise en scène contribue également à la description de la vacuité de l'existence : les didascalies qui ouvrent l'acte précisent qu'il y a une "demi-obscurité", une "lumière verte", que l'éclairage vient d'une "lampe à gaz".

 

Ces précisions sont renforcées par le champ lexical de l'obscurité, utilisé dès l'ouverture de la pièce par les deux personnages : "nuit", "ombres", "il fait nuit", "minuit", "soirs", "le grand trou tout noir", etc.

 

 

Evénements, non-événements

 

La plupart des événements dans les Chaises tiennent du non-événement : ils dénoncent le fait qu'il ne se passe rien.

 

La Vieille oublie régulièrement ce que lui dit le Vieux : elle le dit ("C'est comme si j'oubliais tout, tout de suite... J'ai l'esprit neuf tous les soirs") ; et cela se manifeste par le fait qu'elle répète souvent les mêmes choses ("Tu aurais pu être un orateur chef si tu avais eu plus de volonté dans la vie..")

 

Les Vieux discutent en attendant la venue d'un Orateur ; personnage au nom et à la portée symbolique, à tel point que Ionesco avait d'abord pensé intituler sa pièce l'Orateur, il devrait pouvoir, selon ses espérances, remettre des mots sur une existence incompréhensible.

 

L'Orateur est un personnage réel, qui survient à la toute fin de la pièce. Cependant, la pièce se construit dans son attente ; en cela, on pourrait la rapprocher de En attendant Godot (1953) de Samuel Beckett.

 

 

Les Vieux reçoivent d'abord la visite d'une Dame invisible, puis celle d'un Colonel invisible, puis de la Belle et de son mari, le Docteur. Ce sont des sortes de non-personnages autour desquels les Vieux discuteront. Les Vieux avancent une chaise pour chaque personnage invisible, chaise qui demeurera vide. Le vide des Chaises est le thème principal de la pièce : il est sensé représenter la vacuité existentielle. Les personnages invisibles ne cessent d'affluer : le Photograveur est suivi de près par trois ou quatre nouveaux personnages invisibles, que le Vieux ne présentera même pas. A chaque fois, la Vieille apporte de nouvelles chaises pour faire asseoir ces personnages invisibles. Le rythme d'arrivée des invités s'accélère, à tel point que les Vieux n'arrivent plus à garder le rythme et à apporter des chaises assez rapidement :

 

"LE VIEUX : Du monde ! Des chaises ! Du monde ! Des chaises ! Entrez, entrez messieurs-dames..." (page 166)

 

Puis, l'affluence se fait telle que les deux vieux sont séparés l'un de l'autre. Ils discutent, chacun d'un côté de la scène, avec des personnages invisibles. L'Empereur arrive, invisible, mais les Vieux ne peuvent l'atteindre.

 

 

L'Orateur arrive finalement : c'est un personnage réel. Cependant, alors que les Vieux l'attendaient pour qu'il mette des mots sur leur angoisse, l'Orateur reste muet. Tout l'espace sonore est occupé par les Vieux, qui commentent sa venue.

 

Enfin, les Vieux se suicident, en se défenestrant.

 

Suite au double-suicide, l'Orateur émet des sons, de manière à faire comprendre au spectateur qu'il est sourd et muet. Il écrit finalement des mots incompréhensibles sur un tableau, avec de la craie. Le seul mot ayant un sens est "Adieu".

 

Juste avant que le rideau ne tombe, les bruits de la foule invisible se font finalement entendre.

 

 

Thématiques évoqués

 

Les thématiques abordées par les personnages sont représentatives du théâtre de l'absurde.

 

Le thème de la guerre, par exemple, est souvent exploité dans le "théâtre de l'absurde", théâtre d'avant-garde, qui se développe notamment pendant et après la Seconde Guerre Mondiale. La Seconde Guerre Mondiale illustre en effet l'absurdité de l'existence humaine.

 

Dans les Chaises, le Vieux est maréchal. Il discute d'une guerre avec le personnage invisible du Colonel. Il lui demande qui a gagné la dernière guerre, comme s'il l'avait oublié : une manière pour l'auteur de dénoncer la guerre comme une défaite pour le monde.

 

 

Les liens familiaux obscurs sont une autre thématique exploitée. La Vieille est l'épouse du Vieux, mais elle dit également être sa mère, voire même, son aïeule : "Je ne suis que sa pauvre maman ! (Elle sanglote) Une arrière, arrière (elle le repousse) arrière... maman." (page 159)

 

Les évocations de leur fils sont troubles : la Vieille évoque son existence : "Nous avons eu un fils... Il vit, bien sûr... il s'en est allé... C'est une histoire courante... Plutôt bizarre... Il a abandonné ses parents... Il avait un coeur d'or... Il y a bien longtemps... Nous qui l'aimons tant... Il a claqué la porte... Mon mari et moi avions essayé de le tenir de force... Il avait sept ans, l'âge de raison".

 

Mais à la réplique suivante, le Vieux nie l'existence de ce fils : "Hélas, non... Non... Nous n'avons pas eu d'enfant... J'aurais bien voulu avoir un fils..."

 

Ce contraste entre les propos des personnages se retrouve également dans l'évocation de leurs parents : le Vieux avoue avoir "laissé [sa] mère mourir seule dans un fossé" : "elle m'appelait, gémissait faiblement (...) J'étais pressé... J'allais au bal, danser" (page 161) ; cependant, la Vieille dira, lors de la réplique suivante, que son époux "aimait tellement ses parents".

 

 

Registres

 

Le sous-titre des Chaises est "farce tragique", une formule oxymorique désignant un nouveau genre de registre.

 

Le tragique s'explique par les thématiques de la mort, du désespoir, de la vieillesse ; par l'issue du suicide, qui est si spontané qu'il relève de la fatalité. Mais bien que tragique, cette pièce n'est pas une tragédie, premièrement car le théâtre d'Ionesco, comme ce qu'on nomme facilement "théâtre de l'absurde", refuse les conventions théâtrales traditionnelles.

 

 

Le registre de la farce est également présent, par le comique burlesque qui parcourt la pièce. Il y a tout d'abord un comique de langage, qui s'illustre par exemple dans les énumérations ; aux pages 148 et 149, la Vieille énumère ainsi les visiteurs invisibles qu'ils attendent : "les gardiens ? Les évêques ? Les chimistes ? Les chaudronniers ? Les violonistes ? Les délégués ? Les présidents ? Les policiers ? Les marchands ?" L'énumération a son apothéose lors de la dernière réplique de l'énumération : "Le pape, les papillons et les papiers ?", une formule contenant à la fois une allitération et une assonance, renforçant ainsi le caractère illogique des mots choisis.

 

Une autre énumération, dans les remerciements du Vieux à la page 179, poursuit les mêmes fonctions.

 

 

Le registre de la farce est également présente dans les scènes de rire, comme à la page 145 ; dans les répétitions illogiques ("ton tour... ton tour...", à la page 143) ; ou encore dans les surnoms que se donnent les Vieux : "Mon chou", "ma crotte".

 

La farce devient ainsi l'aboutissement grotesque de la tragédie. Le clownesque devient un symbole de l'existence.

 

 

 

Didascalies

 

Dans une pièce de théâtre où la mise en scène, mobilisant les Chaises, a toute son importance, les didascalies, langage auquel seul le lecteur aura accès, contrairement au spectateur, rattachent l'oeuvre à sa dimension littéraire.

 

Les didascalies précisent une action invisible, qui ne pourra pas être si précise lors de la mise en scène : à la page 151, la didascalie précise que la Dame invisible "réagit".

 

Les didascalies soulignent également l'humour, et donc l'absurde : page 143: "Il n'y a pas de thé, évidemment" ; "Il se gratte la tête, comme Stan Laurel" (réflexion qui rapproche l'action du comique de geste, avec une référence au duo comique Laurel et Hardy), page 154, il est précisé que "le Colonel s'assoit invisiblement", alors que le lecteur sait déjà que le Colonel est un personnage invisible, etc.

 

Les didascalies ont un véritable rôle littéraire ; c'est pourquoi l'auteur écrit également des "notes" distinctes des didascalies, qui sont également des indications de jeu, ce qui est le rôle traditionnel des didascalies : "Le nombre des chaises apportées sur le plateau doit être important (...)" (page 167)

 

 

Réception

 

Réception par le public

 

Dès les premières représentations, les Chaises fut très mal reçu. Les salles de spectacle demeuraient vides.

 

Il y eût même, au théâtre des Célestins de Lyon, des manifestations d'indignation pendant les représentations.

 

Une anecdote de la biographie de Ionesco est représentative à cet égard : on raconte qu'un soir, étant venu assister à une représentation des Chaises avec sa compagne Rodica, il eût l'impression que la pièce était acclamée par des applaudissements ; mais c'était en réalité un orateur, qui faisait un discours dans la salle voisine, que le public acclamait (cf. Ionesco d'André Le Gall, Flammarion, 2009, page 293)

 

 

Réception par la presse

 

La presse se fit l'écho de cette mauvaise réception par le public, et les critiques assassines ne se firent pas attendre.

 

Selon Jean-Baptiste Jeener, "l'auteur lui-même a succombé sous le poids de l'incohérence qu'il dénonçait. L'utilisation, presque constante, des "clichés" fait succéder le noir ennui à la grisaille. Les ombres de Bouvard et Pécuchet ne sont pas faites pour réveiller"

 

Les Lettres françaises avertissent le public contre une "oeuvre pénible... pour certains insupportable...", présentant une "image de la vieillesse er de la décrépitude... du remords, de l'échec..."

 

Libération va plus loin, dénonçant "l'inutilité, la gratuité, la viduité du verbiage à prétention métaphysico-psychologique".

 

Les Nouvelles littéraires évoquent un "désastre sans nom".

 

Il s'agit d'une réponse violente de la critique, non seulement au mauvais accueil fait par le public à sa pièce, mais également aux termes par trop philosophiques utilisés par le dramaturge dans sa préface aux Chaises. Son insistance sur les notions de "vide ontologique" lui valût de perdre toute crédibilité.

 

 

 

Soutien d'autres auteurs

 

Heureusement, certains autres auteurs et gens de lettres surent apprécier les Chaises à sa juste valeur, dès leur première représentation. Quelques critiques favorables parurent, dans des revues comme Arts, sous la plume notamment de Jean Duvignaud, soutenu par sa compagne de l'époque, Clara Malraux.

 

Des écrivains, comme Raymond Queneau, Jules Supervielle ou Jacques Audiberti, font entendre leurs voix, en signant notamment une "Défense des Chaises"

 

Arthur Adamov, qu'on considère également comme l'un des tenants du "théâtre de l'absurde, exprimait son soutien à la pièce de Ionesco : "Personne sur le plateau, personne dans la salle... ça a de la gueule". Selon lui, la pièce avait été éreintée par la critique parce qu' "on a peur d'une image de la décrépitude... Or cette image terrifiante, Ionesco l'a découverte et nous la fait découvrir par des moyens proprement scéniques. A un homme qui se met à nu avec un tel courage, on doit au moins le respect".

 

Samuel Beckett manifestera également son émotion, bien que de manière plus réservée.

 

Jean Anouilh, quant à lui, signe l'article "Du chapitre des Chaises", qui paraît dans le Figaro en avril. Il y écrit : "Je crois bien que c'est mieux que Strindberg parce que c'est noir à la Molière d'une façon parfois tellement drôle, que c'est affreux et cocasse, poignant et toujours vrai et (...) que c'est classique".

 

Fin de l'extrait

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