Analyse de texte : "Le Serpent qui danse", Les Fleurs du Mal, Baudelaire - Français - Première S

Analyse de texte : "Le Serpent qui danse", Les Fleurs du Mal, Baudelaire - Français - Première S

Voici un document de Première S en Français. C'est une analyse de texte de l'oeuvre "Les Fleurs du Mal" de Charles Baudelaire, sur le passage "Le Serpent qui danse".

Tout d'abord, vous retrouverez les fragments du discours amoureux. Puis, une partie sera consacrée à l'acte amoureux et au voyage. Enfin, vous étudierez une partie à propos du voyage érotique présent dans l'oeuvre.

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Document rédigé par un prof Analyse de texte :

Le contenu du document

 

Jeanne Duval, muse haïtienne de Charles Baudelaire, "mulâtresse" venue d'ailleurs, inspira au poète de nombreux poèmes mêlant rêverie érotique et voyage, à l'instar de "Le Serpent qui danse", poème paru dans la section "Spleen et idéal" des Fleurs du mal (1857). Ce poème, ensemble de neuf quatrains, se caractérise par son hétérométrie, et ses rimes croisées. Comme dans d'autres poèmes de Baudelaire, le corps féminin entraîne le poète rêveur dans un voyage exotique ; mais "Le Serpent qui danse" se teinte, en sus, d'une tonalité érotique.

Pourquoi peut-on dire que le corps féminin invite le poète à un voyage érotique ?

Après avoir considéré l'éloge du corps féminin, nous verrons que celui-ci est le prétexte au rêve du voyage, ce qui constitue un topos baudelairien. Mais ce voyage, plus qu'une vision d'ailleurs, est également un voyage érotique.

 

NB. Cette lecture analytique n'est qu'une suggestion : ce plan a été choisi pour nous permettre d'aborder le plus grand nombre d'éléments possibles, afin de favoriser votre compréhension du texte. Cependant, dans ce cas particulier, le commentaire fonctionne mieux en deux parties.

Vous pouvez bien entendu adopter d'autres problématiques, d'autres plans, dans vos travaux d'analyse ou de commentaire composé de ce poème.

 

FRAGMENTS DU DISCOURS AMOUREUX : UNE DECLARATION A LA BEAUTE DE LA FEMME

LA DECLARATION AMOUREUSE

Tout d'abord, nous pouvons noter que le poème est une déclaration d'amour à la femme. En effet, nous remarquons tout d'abord l'apostrophe à la femme, "chère indolente", au vers 1. Sa position, juste après la césure à l'hémistiche, met en valeur l'interpellation, tandis que l'adjectif substantivé "indolente" évoque la paresse, liée dans l'imaginaire baudelairien à l'exotisme. Cette apostrophe peut qualifier Jeanne Duval, muse baudelairienne. De plus, l'utilisation des pronoms personnels première et deuxième personne ("Que j'aime voir (...) / De ton corps") met en place une situation d'énonciation propre à la déclaration amoureuse.

Par ailleurs, le registre lyrique dans lequel le poème est écrit le rapproche encore de la déclaration amoureuse : nous notons ainsi la présence des pronoms de la première personne du singulier (je, mon), l'apostrophe du premier vers, la ponctuation expressive (points d'exclamation à la fin du premier et du dernier quatrain), des tournures d'intensité ("ton corps si beau" v.2) et la présence de très nombreuses comparaisons et métaphores élogieuses.

Enfin, la présence de termes amoureux ("aime" v. 1, "belle" v. 18, "coeur" v. 36) peut nous convaincre qu'il s'agit d'une déclaration amoureuse ; d'autant que, bien que la situation d'énonciation ne soit pas précisée, nous pouvons noter que le premier quatrain suggère une relation d'intimité entre le poète et la femme à qui il s'adresse : il évoque en effet la beauté de la "peau" du "corps" féminin, ce qui suggère qu'il contemple le corps dénudé de la femme.

 

LA BEAUTE DU CORPS FEMININ

C'est à travers la description élogieuse de ce corps que s'établit la déclaration amoureuse. Cette description est fragmentée : un élément du corps féminin est évoqué dans sept des neuf quatrains. La "peau" du corps féminin est d'abord mentionnée, puis sa "chevelure" (v. 5), ses "yeux" au vers 13, sa démarche ("marcher en cadence" v. 17), sa tête (v. 22), son "corps" (v. 25), enfin sa "bouche" (v. 31), ainsi que ses "dents" au vers suivant.

Le corps féminin est donc fragmenté, et évoqué à travers une énumération qui suggère le rapprochement des deux corps : le corps est d'abord considéré dans sa totalité, avant que le poète ne s'en rapproche. Les éléments du corps féminin considérés par le poète sont presque des topoi dans la poésie baudelairienne : les yeux et la chevelure sont notamment des parties du corps féminin qu'il évoque très souvent.

Cette esthétique de la fragmentation rappelle par ailleurs la tradition du blason (type de poème caractéristique du XVIème siècle, mettant en valeur une partie du corps féminin).

 

Chaque élément du corps féminin évoqué est le prétexte à une rêverie de voyage.

 

L'ACTE AMOUREUX ET LE VOYAGE

LE CORPS TRANSPORTE

Les comparaisons et les métaphores, omniprésentes dans le poème, permettent de faire une analogie entre les corps de la femme et du poète, et des bateaux. Ainsi, les corps sont rapprochés d'un moyen de transport : ils sont les déclencheurs de la rêverie poétique, qui emmène le lecteur du poème en voyage avec eux.

La première comparaison avec le navire intervient au troisième quatrain : "Comme un navire qui s'éveille / Au vent du matin, / Mon âme rêveuse appareille / Pour un ciel lointain". Nous notons ici la comparaison du vers 9, entre l'âme du poète et le navire, qui se renforce d'une personnification. La métaphore du vers 11 suggère au contraire une objectification : si, deux vers plus haut, le navire devenait personne, c'est ici la personne ("âme") qui devient navire. Cet effet de chiasme souligne la puissance de la métaphore.

Au septième quatrain, c'est cette fois le corps féminin qui devient bateau : "Et ton corps se penche et s'allonge / Comme un fin vaisseau / Qui roule bord sur bord et plonge / Ses vergues dans l'eau". La comparaison du vers 25, entre le "corps" de la femme et le "fin vaisseau", est similaire à celle du vers 9, et rapproche en cela les figures du poète et celle de sa muse. Ici, l'image d'un bateau qui chavire est convoquée, pour évoquer la femme qui se couche.

Ces comparaisons et métaphores du bateau sont mises en valeur par tout un champ lexical de la mer et de l'eau : "miroiter" (v. 4, pour le miroir de l'eau), "profonde" (v. 5), "mer" (v. 7), "flots" (v. 8), "plonge" (v. 27), "flot" et "fonte" (v. 29), "glaciers" (v. 30), "l'eau" (v. 31). Par ailleurs, notons que si la femme est bateau, elle est également la mer, comme le suggère le deuxième quatrain : "Mer odorante et vagabonde / Aux flots bleus et bruns". Cette double métaphore sera à lier avec la totalité du corps féminin.

Le bateau est une image importante de l'imaginaire baudelairien autour du voyage, probablement parce qu'elle est liée à un événement biographique : en effet, le jeune Baudelaire avait entrepris, sur les instances familiales, un voyage en bateau vers l'Inde, dont on sait qu'il a été interrompu à l'île Maurice, donnant à Baudelaire l'occasion de connaître également la Réunion.

Les corps-bateaux des deux amants les transportent vers des destinations inconnues et exotiques.

 

EXOTISME

L'exotisme est un thème très présent dans la poétique baudelairienne. Ici, il est très lié à l'évocation du corps féminin : il est d'abord comparé à une "étoffe vacillante" au vers 3. Le terme d' "étoffe" est souvent utilisé pour caractériser les tissus venus d'ailleurs. Par ailleurs, la personnification intervenant avec l'épithète "vacillante" rapproche également cette formulation d'une métaphore : "l'étoffe vacillante" pourrait être le "serpent qui danse" du titre, d'autant que les deux formulations riment.

Les métaphores du corps féminin en animal servent également la tonalité exotique du poème. Ainsi, le "serpent qui danse" du titre se retrouve mentionné à l'exact centre du poème : au troisième vers du cinquième quatrain. Cette métaphore est l'exotisme même : premièrement, le serpent n'est pas un animal qu'on trouve facilement à Paris, ville dans laquelle Baudelaire habite, et qui est célébrée régulièrement dans sa poésie. De plus, le serpent dressé, qui danse, est une image caractéristique des Indes, tout comme l'est le "jeune éléphant" auquel est comparé, par le biais d'une métaphore, la tête de la femme dans le sixième quatrain.

En outre, la danse du serpent, caractérisée par son ondulation, et représentée typographiquement dans le poème par l'alternance entre pentasyllabes et octosyllabes, ainsi que par l'alternance provoquée par les rimes croisées, peut faire penser à la danse du ventre, danse pratiquée par les femmes en Orient.

Enfin, la paresse, mentionnée dans le sixième quatrain, correspond à un stéréotype de l'exotisme, et particulièrement des îles qu'il a été donné à Baudelaire de visiter.

 

LA FEMME COMME TOTALITE

Le fait même que la femme soit caractérisée par l'exotisme suggère son universalité : en effet, l'exotisme est la représentation d'un ailleurs flou, souvent stéréotypée. C'est le cas ici : le voyage représenté à travers le corps féminin est un voyage dans le monde entier.

 

La femme monde

Premièrement, nous voyons que le texte ne présente qu'un seul toponyme : celui de "Bohême", au vers 33. La Bohême, région d'Europe de l'est, était le pays d'origine de nombreux "bohémiens" du XIXème siècle, incarnés dans la littérature romantique, où la poésie baudelairienne puise ses racines, par le personnage d'Esmeralda dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Mais la "Bohême" est également, métaphoriquement, la vie des artistes parisiens qui vivent sans le sou : à ce titre, ce toponyme caractérise métaphoriquement la vie de Charles Baudelaire, d'autant qu'il est lié au terme de "vin".

Si aucun nom de destination n'est précisé, la totalité d'un monde est évoquée : en effet, la "mer" (v. 7) est le seul dénominateur commun aux différents pays qu'on devine à travers la poésie baudelairienne. Si les Indes, ou encore le Moyen-Orient, sont présents à travers les métaphores animales de la femme, ainsi que par la mention des "âcres parfums" au vers 6, des zones glaciaires sont également évoquées à l'avant-dernier quatrain. La femme est donc universelle.

 

La femme contraire

L'universalité de la femme est également représentée par l'alliance des contraires qu'elle incarne. Ainsi, les figures d'opposition, d'antithèse et d'oxymore sont très présentes dans le poème. Notons par exemple le cinquième vers, "Sur ta chevelure profonde", qui évoque à la fois la surface et la profondeur, ou encore l'antithèse du vers 14 ("De doux ni d'amer"), le verbe "mêl[er]" qui allie deux éléments contraires, "l'or avec le fer", aux vers 15 et 16, l'antithèse "fardeau de ta paresse" au vers 21, "amer et vainqueur" au vers 34, etc.

 

La femme androgyne

Cette alliance des contraires vaut également pour la représentation sexuelle : la femme, essence du féminin, s'approprie parfois certaines caractéristiques masculines, à travers des représentations phalliques. Puisqu'elle est totalité, elle est également androgyne.

Ainsi, si le navire est d'abord utilisé comme métaphore du sexe masculin au troisième quatrain ("Comme un navire qui s'éveille"), le bateau qui chavire devient la métaphore du corps féminin qui s'allonge, au septième quatrain : un élément masculin est donc utilisé pour décrire la femme. De même, le septième quatrain, qui décrit le corps de la femme s'allongeant, contient d'autres métaphores, qui sont également des moyens de désigner le sexe masculin : ainsi, le corps de la femme "s'allonge" ; de même, le terme "vergue" est probablement utilisé en raison de sa proximité homophonique avec le terme "verge".

Enfin, les animaux dont est rapprochée la femme par métaphore, le serpent et l'éléphant, sont deux animaux pouvant faire fonction de symboles phalliques.

 

L'androgynie de la femme est donc un autre symbole de sa totalité. Cette proximité de la sexualité et du voyage est un autre thème important dans ce poème : le voyage est également une exploration érotique.

 

UN VOYAGE EROTIQUE

L'EROTISME ET LE MOUVEMENT

Tout d'abord, nous notons que l'imagerie érotique dans le texte est proche de celle du voyage, notamment parce qu'elle mobilise des termes du mouvement.

 

Le lexique du voyage est celui de l'érotisme

Ainsi, nous voyons que l'image du bateau, image importante du voyage baudelairien (dans ce texte, mais aussi dans d'autres poèmes), est ici une métaphore phallique. Dans le troisième quatrain, notamment, le navire est comparé à "l'âme rêveuse" du poète, à travers une structure de métaphores en chiasme : le navire est d'abord personnifié ("Comme un navire qui s'éveille"), puis l'âme est objectifiée ("Mon âme rêveuse appareille"). Ce premier sens de la métaphore se double d'un autre sens, cette fois érotique. En effet, dans le sens global du poème, ces allusions au navire peuvent être comprises comme des remarques érotiques.

C'est également le cas du navire dans le septième quatrain (cf. II, C, 3)

 

Le rapprochement des deux corps

Par ailleurs, le mouvement, caractéristique du voyage, est ici suggéré pour évoquer le rapprochement des corps, à travers la vision du corps fragmenté de la femme. Si le premier quatrain évoque le corps nu de la femme, le deuxième évoque ses cheveux, le quatrième ses yeux : ses différentes étapes suggèrent un rapprochement des corps du poète et de la muse.

L'importance du cinquième quatrain est soulignée par sa position centrale dans le poème, ainsi que par le fait qu'il contienne le titre, "le serpent qui danse". Or, ce quatrain est souvent perçu comme celui symbolisant l'union érotique des deux corps, en raison de l'apposition "Belle d'abandon". Le septième quatrain évoque, métaphoriquement, le corps d'une femme qui s'allonge, tandis que le quatrain suivant évoque la "bouche" de la femme, ainsi que sa salive. Enfin, le dernier quatrain symboliserait l'expression de l'aboutissement de l'acte amoureux.

 

SENSUALITE ET VOLUPTE

Nombreuses métaphores sexuelles

Mais le poème contient de nombreuses autres métaphores ou allusions contenant une dimension érotique : c'est le cas par exemple des symboles phalliques que sont le "bâton", le "serpent", "l'éléphant", mais aussi, ici, le "fin vaisseau". Les "bijoux" auxquels il est fait allusion dans le quatrième quatrain – bijoux auxquels sont comparés les yeux de la femme – rappellent le titre d'un autre poème de Baudelaire, à résonnance érotique également. Le sixième quatrain, évoquant la tête de la muse qui "se balance", a été perçu par certains commentateurs comme une allusion à une pratique sexuelle particulière. Enfin, le dernier quatrain, sensé symboliser l'aboutissement de l'acte amoureux de par sa position dans le poème, contient des allusions métaphoriques à l'orgasme : "Un ciel liquide qui parsème / D'étoiles mon cœur !" Nous notons ici la réapparition du registre lyrique, avec l'exclamation et le lexique bien particulier. Par ailleurs, le "ciel liquide" devient une référence évidente à l'orgasme masculin.

 

Rythme du poème

 

En outre, le rythme du poème, alternant entre pentasyllabes et octosyllabes, mime la danse du serpent, autre élément à charge érotique.

 

L'IVRESSE POETIQUE

Ce voyage érotique accompli par le poète depuis le corps de la femme le conduit à l'ivresse poétique, notamment perceptible dans le dernier quatrain. Ainsi, la métaphore du "vin de Bohême" qu'il boit peut être une allusion à la vie de poète : en effet, la "bohême" est une manière de vivre des artistes, sans le sou. De même, le "vin" a une place importante dans la création artistique de Baudelaire.

Les deux derniers vers du poème sont particulièrement éloquents : le ciel devient liquide, mimant métaphoriquement l'orgasme. Il est ensuite personnifié, puisqu'il est le sujet du verbe "parsemer". Les "étoiles" qu'il sème sont un symbole lyrique d'émerveillement amoureux. Enfin, le cœur du poète, précédé du pronom personnel "mon", fonctionne comme une synecdoque, désignant le corps du poète, son entièreté, à travers un symbole amoureux.

 

CONCLUSION

 

La déclaration d'amour à la femme est le prétexte à un voyage qui est non seulement une rêverie exotique, mais aussi un voyage érotique. De grands thèmes baudelairiens sont donc repris dans ce poème.

La charge érotique du texte, ainsi que sa grande musicalité, lui a valu d'être repris par des chanteurs comme Léo Ferré (1957), ou encore Serge Gainsbourg (1962).

Fin de l'extrait

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