Analyse de texte : La terre est bleue comme une orange, Paul Eluard - Français - Première S

Analyse de texte : La terre est bleue comme une orange, Paul Eluard - Français - Première S

digiSchool vous propose une fiche de révision sur l'analyse de texte en Français Première S, à propos de "La Terre est bleue comme une orange" de Paul Eluard.

Dans un premier temps, vous verrez la partie "Poème d'amour" sur ce texte. Puis une seconde partie sur "Un délire poétique", suivi d'une conclusion au document.

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Analyse de texte : La terre est bleue comme une orange, Paul Eluard - Français - Première S

Le contenu du document

 

La terre est bleue comme une orange

Jamais une erreur les mots ne mentent pas

Ils ne vous donnent plus à chanter

Au tour des baisers de s’entendre

Les fous et les amours

Elle sa bouche d’alliance

Tous les secrets tous les sourires

Et quels vêtements d’indulgence

À la croire toute nue.

 

Les guêpes fleurissent vert

L’aube se passe autour du cou

Un collier de fenêtres

Des ailes couvrent les feuilles

Tu as toutes les joies solaires

Tout le soleil sur la terre

Sur les chemins de ta beauté.

 

 

INTRODUCTION

 

Paul Éluard (1895-1952) est l'un des représentants majeurs du Surréalisme. Proche de Breton et d'Aragon, il fait partie tôt de ces artistes qui, entre les deux guerres, cherchent à renouveler les manières de créer et d'être.

Fervent émule de Rimbaud, il cherche à renouveler l'image poétique en associant des mots que la logique ordinaire et l'imaginaire commun n'associent pas.

Dans le recueil, L'Amour de la poésie, nous trouvons ce poème qui est devenu célèbre grâce à son premier vers qui illustre parfaitement l'originalité recherchée par le poète, mais surtout par toute une génération avide de libertés.

 

Comment Éluard parvient à étonner son lecteur sans le perdre ?

 

C'est ce que nous verrons en analysant dans un premier temps le poème d'amour, puis dans un second temps le « délire » poétique.

 

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UN POEME D'AMOUR

UN ELOGE DE LA FEMME AIMEE

Il ne faut pas se laisser impressionner par un premier aspect assez déroutant : le poème a un sujet simple, qui est aussi un sujet on ne peut plus classique de la littérature française et de la poésie en général : la femme.

Éluard, en fait, s'inscrit dans la tradition poétique la plus ancienne, celle qui remonte à Pétrarque, voire même à Ovide : il chante la femme aimée.

De manière très classique, nous pouvons classer ce poème parmi les blasons poétiques : ce sont des parties du corps de la femme qui sont mis en avant, comme dans la tradition renaissante.

Ainsi, nous relevons un champ sémantique renvoyant, non seulement à la femme, mais plus précisément au corps de la femme : « bouche », ainsi que « baisers » et « sourires », « cou » et « colliers ».

Quand elle est évoquée entièrement, ce n'est que par sa nudité : « toute nue ».

Nous avons donc un morcellement de la femme qui en fait un objet poétique. En fait, nous pourrions même parler, de manière plus critique, d'une réification de la femme qui est limitée à son rôle d'idole, voire de totem poétique... Ainsi, elle est souvent alliée à des objets matériels (« vêtements », « collier »), et jamais à des caractéristiques intellectuelles.

 

UNE FEMME COSMOS

Mais cette femme est aussi idéalisée : elle se confond avec le monde entier.

C'est cette aspect cosmique de la femme qui, au-delà d'un sexisme, fait de ce poème un des grands poèmes du Surréalisme et de la littérature française. La femme est donc assimilée aussi à des réalités cosmiques : « la terre », « l'aube », le soleil (« tu as toutes les joies solaires / Tout le soleil sur la terre »), et se termine sur le terme « beauté » qui, en grec, se dit « cosmos » (et qui a donné le terme courant : « cosmétique »).

C'est cet amour fou, pour reprendre le titre d'un livre de Breton, que chante Paul Éluard. Nous trouvons donc, logiquement, le champ lexical de l'amour : « baisers », « amours », ou des formules qui renvoient à l'amour : « bouche d'alliance », « Tu as toutes les joies solaires, etc ».

On sait que cette femme aimée est Gala, qui est aujourd'hui davantage connue pour son deuxième mariage avec le peintre Dalì, pour qui elle quittera justement le pauvre Paul Éluard...

 

UN POEME DE LA JOIE

Ce poème célèbre la joie du couple, la joie de l'amour, et la joie de la poésie elle-même.

Le vocabulaire employé est un vocabulaire lumineux et positif : « chanter », « baisers », « amours », « sourires », « fleurissent », « joies solaires », « beauté », etc.

Dès le deuxième vers, nous avons même le refus explicite de toute négativité : « Jamais une erreur les mots ne mentent pas ». L'absence de ponctuation qui ajoute à la légèreté du poème n'empêche pas ici de distinguer les deux phrases, ou de supputer une marque de ponctuation forte comme les deux points d'explication : « Jamais une erreur : les mots ne mentent pas » (ce qui, quand on connaît l'histoire personnelle du couple, devient assez risible).

Nous avons tout un réseau de symboles qui viennent appuyer cette impression de joie : 

- des couleurs : le « bleu », l'« orange » (le fruit n'est pas dissociable de la couleur), le « vert ». Nous pourrions même évoquer « l'aube », plutôt rosée, et le « soleil » jaune ;

- la nature toujours abondante : la « terre » comme un fruit (l'orange), des guêpes qui « fleurissent » (au lieu de « piquer »), des « ailes » qui deviennent des « feuilles », le « soleil » qui inonde la « terre », et des « chemins de beauté »...

  Bref, nous avons l'alliance de la faune et de la flore dans une harmonie parfaite qui est rendue possible par la poésie. 

 

TRANSITION

Paul Éluard réussit donc le coup de maître de reprendre une thématique aussi ancienne que la poésie elle-même (l'amour de la femme) et de la renouveler profondément. Et pour cela, il travaille sur le langage.

 

UN DELIRE POETIQUE

LA POESIE COMME « VISION »

Le « délire » poétique renvoie à la faculté magique de la poésie : c'est l'inspiration qui est l'héritière de la « transe » ou de « l'extase ».

Un des objectifs du Surréalisme est de bouleverser, voire de nier, la logique occidentale, celle qui se fonde sur la raison et le calcul.

C'était déjà le programme de Rimbaud qu'il expose, à seize ans, dans une lettre qu'il envoie à son professeur de français : « il faut se faire voyant par un systématique dérèglement de tous les sens ». Se faire voyant, c'est-à-dire voir ce que les autres ne voient pas, ne peuvent pas voir, ou préfèrent ignorer (pour ne pas tomber dans la folie et l'exclusion sociale).

Les poètes surréalistes, dans la lignée de Rimbaud, cherchent donc l'image extrême, les sentiments et les émotions les plus intenses.

Comment se manifeste cette « vision » dans notre poème ? Elle se manifeste dès le premier vers : « La terre est bleue comme une orange », image que nous n'attendions pas, puisque une orange n'est pas bleue... Mais ce n'est pas la seule : « les guêpes fleurissent vert » est une autre image forte, qui ouvre justement la deuxième strophe.

Cette volonté d'aller jusqu'au bout de la raison, jusqu'au bout des sentiments est sensible aussi dans ce vers qui allie amour et folie : « Les fous et les amours ». Il sous-entend que tout véritable amour doit être un « amour fou », c'est-à-dire s'inscrire contre la raison, contre l'ordre social. Il y a une portée délibérément révolutionnaire dans ce poème. Dire de la terre qu'elle « est bleue comme une orange » revient, dans l'ordre symbolique, à dire que la terre n'est pas plate, et qu'elle tourne autour du soleil : c'est une véritable révolution copernicienne de l'entendement par la poésie.

 

DES IMAGES INSOLITES

Quel est le but de ces images insolites ?

En multipliant des images et des alliances de mots insolites, Paul Éluard cherche à surprendre le lecteur. Une « bouche d'alliance », des « vêtements d'indulgence », des « guêpes qui fleurissent », etc. 

On assiste à un déplacement des conventions non seulement poétiques (on compare traditionnellement la femme à des fleurs, on assimile plus volontiers les guêpes à la douleur, etc) mais aussi logiques.

Paul Éluard veut plaire, mais il veut aussi ouvrir l'esprit aux gens qui se contentent d'images compréhensibles, de phrases logiques, d'une poésie traditionnelle.

En ne limitant pas son sujet à une femme précise (Gala), mais en lui donnant une portée universelle, le poète cherche à toucher tout le monde. La joie et le bonheur qui se dégagent de cette poésie l'aident à parler au plus grand nombre.

 

UN LANGAGE POETIQUE SIMPLE ET EFFICACE

Pour ne pas perdre le lecteur, pour ne pas l'effrayer par une complexité trop ardue du poème, le poète conserve une structure grammaticale traditionnelle. Certes, nous pouvons relever quelques étrangetés de langage, comme « Elle sa bouche d'alliance », mais elles sont dues davantage à l'absence de ponctuation qu'à de véritables entorses à la langue : ici nous pouvons rajouter une virgule, pour trouver une énumération : « elle, sa bouche d'alliance, etc ».

« La terre est bleue comme une orange » : nous avons une comparaison qui, grammaticalement, est réduite à son strict minimum : un comparé, un comparant et un comparatif. Le verbe le plus utilisé de la langue : « être », et le comparatif le plus simple : « comme ».

« L'aube se passe autour du cou » : nous ne trouvons ici qu'un seul élément étranger à la logique : « l'aube », qui surprend le lecteur surtout parce que cet élément ouvre la phrase.

Il y a donc toujours des points de repère forts qui permettent au lecteur de s'étonner sans se perdre. Ce sont des décalages, des écarts plus ou moins prononcés, mais qui se construisent non pas sur la grammaire mais plutôt sur le vocabulaire.

C'est une poésie de l'image, plus que de la syntaxe (au contraire du dadaïste Tristan Tzara, ou de contemporains comme Antonin Artaud).

 

CONCLUSION

Dans ce poème célèbre, Paul Éluard chante son amour pour la femme et pour la vie. Il chante aussi son amour pour la poésie, et cherche à séduire le lecteur. Désir de donner du plaisir, désir aussi de dévier du droit chemin les gens un peu trop sages.

Comme son ami Robert Desnos, il s'aventure loin dans les expérimentations de l'image, et cela sans s'arrêter à l'écriture automatique qui cherche à mettre à jour les mécanismes et les richesses de l'inconscient, mais en voulant justement rendre conscients et sensibles les écarts de langage qui sont aussi des libérations de l'expression, du désir et de l'amour.

 

Pour aller plus loin :

- le Surréalisme ;

- Rimbaud ;

- André Breton ;

- Robert Desnos ;

- l'inconscient (Freud et la psychanalyse) ;

- Gala et Dalì.

Fin de l'extrait

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