Analyse de texte : Alfred Musset, La nuit de Mai - Français - Première S

Analyse de texte : Alfred Musset, La nuit de Mai - Français - Première S

Voici un document à propos de l'analyse de texte pour le Français Bac S, sur Alfred Musset, "La nuit de Mai".

Dans un premier temps, une introduction au texte sera faite, puis il y aura une partie sur "Une douleur amoureuse", et sur "Le recours au poème". Enfin, une conclusion sera faite.

Téléchargez gratuitement ce document de Français sur l'analyse La nuit de Mai de Première S.

Analyse de texte : Alfred Musset, La nuit de Mai - Français - Première S

Le contenu du document

 

LE POÈTE

Pourquoi mon cœur bat-il si vite ? 

Qu'ai-je donc en moi qui s'agite 

Dont je me sens épouvanté ? 

Ne frappe-t-on pas à ma porte ? 

Pourquoi ma lampe à demi morte 

M'éblouit-elle de clarté ? 

Dieu puissant ! tout mon corps frissonne. 

Qui vient ? qui m'appelle ? - Personne. 

Je suis seul ; c'est l'heure qui sonne ; 

Ô solitude ! ô pauvreté !

 

LA MUSE

Poète, prends ton luth ; le vin de la jeunesse 

Fermente cette nuit dans les veines de Dieu. 

Mon sein est inquiet ; la volupté l'oppresse, 

Et les vents altérés m'ont mis la lèvre en feu. 

Ô paresseux enfant ! regarde, je suis belle.

Notre premier baiser, ne t'en souviens-tu pas, 

Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile, 

Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras ? 

 

LE POÈTE

Est-ce toi dont la voix m'appelle, 

Ô ma pauvre Muse ! est-ce toi ? 

Ô ma fleur ! ô mon immortelle ! 

Seul être pudique et fidèle 

Où vive encor l'amour de moi ! 

Oui, te voilà, c'est toi, ma blonde, 

C'est toi, ma maîtresse et ma sœur ! 

Et je sens, dans la nuit profonde, 

De ta robe d'or qui m'inonde 

Les rayons glisser dans mon cœur.

 

LA MUSE

Poète, prends ton luth ; c'est moi, ton immortelle, 

Qui t'ai vu cette nuit triste et silencieux, 

Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle,

Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux. 

Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire 

Te ronge, quelque chose a gémi dans ton cœur ; 

Quelque amour t'est venu, comme on en voit sur terre, 

Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur. (…)

 

LE POÈTE

Ô Muse ! spectre insatiable, 

Ne m'en demande pas si long. 

L'homme n'écrit rien sur le sable 

À l'heure où passe l'aquilon. 

J'ai vu le temps où ma jeunesse 

Sur mes lèvres était sans cesse 

Prête à chanter comme un oiseau ; 

Mais j'ai souffert un dur martyre, 

Et le moins que j'en pourrais dire, 

Si je l'essayais sur ma lyre, 

La briserait comme un roseau.

 

INTRODUCTION

Les Nuits racontent, de manière sublimée, la relation amoureuse que Musset a entretenu avec la poétesse Georges Sand du printemps 1835 à l'automne 1837. « La nuit de mai », qui nous intéresse ici, est l'évocation de la souffrance amoureuse et de l'abandon. Exaltation du moi et des sentiments personnels, ces poèmes répondent en tout point à l'esthétique romantique qui occupe le devant de la scène littéraire européenne dans la première moitié du XIXe siècle.

En quoi le poète parvient-il à sublimer sa douleur personnelle en ayant recours au poème ?

C'est ce que nous allons expliquer en analysant dans un premier temps la douleur qui fournit son thème à la pièce, puis en nous intéressant plus particulièrement au processus littéraire qui la sublime.

 

UNE DOULEUR AMOUREUSE

LA DETRESSE

Si les causes ne sont pas clairement indiquées dans le poème, le thème de la souffrance est omniprésent.

Souffrance physique et souffrance morale que le poète tente d'exprimer bien qu'il sache sa tâche vouée à l'échec : « Mais j'ai souffert un dur martyr, / Et le moins que j'en pourrais dire, / Si je l'essayais sur ma lyre, / La briserait comme un roseau. »

Malgré cet aveu d'impuissance, et l'affirmation d'une réalité indicible, nous trouvons tout au long des vers un champ lexical précis et fourni de la douleur : « solitude », « pauvreté » (on comprend qu'elle est ici psychique), « pleurs », « triste », « souffres », « gémi », « dur martyre », « briser ». La fin de notre passage est même hyperbolique : le poète évoque un « martyre ».

Cette souffrance est donc, en plus que mentale, physique : outre ce « martyre », nous trouvons le « roseau » qui est une référence au célèbre roseau de Pascal : « l'homme est un roseau qui ploie ». Mais au lieu d'insister sur sa souplesse, Musset en retient la fragilité : le roseau se brise plus facilement qu'un chêne...

La ponctuation expressive du poète rend son trouble intérieur : nombreuses interjections « Ô solitude ! Ô pauvreté ! », « Ô ma pauvre Muse », « Ô ma fleur ! Ô mon immortelle », etc, mais aussi nombreuses exclamatives et interrogations : les premiers vers sont une accumulation d'interrogatives (« Pourquoi mon cœur bat-il si vite ? Etc »).

Le Poète s'exprime par phrases courtes, hachées, et, contrairement à la Muse qui utilise l'alexandrin, c'est l'octosyllabe qui domine ses répliques : le trouble l'empêche de construire un discours développé.

 

LE PERSONNAGE DE LA MUSE

Dans cette détresse insoutenable, c'est la Muse qui vient consoler le Poète.

Elle est à la fois la confidente, la consolatrice, la mère mais aussi l'amante du Poète.

- c'est à elle que le Poète exprime ses sentiments : « j'ai souffert un dur martyre », c'est elle qui le connaît depuis toujours (« Notre premier baiser, ne t'en souviens-tu pas ? », etc.

- c'est elle qui vient réconforter le Poète, qui l'encourage : « Prends ton luth » (répété deux fois en début de tirade), « c'est moi (…) qui pour pleurer avec toi descends du haut des cieux », etc.

- elle est la « sœur », et elle est la mère. Cet fonction maternelle est sensible notamment à travers la comparaison « comme un oiseau que sa couvée appelle, [je] descends du haut des cieux ». Le Poète se place dans la position de l'enfant, c'est-à-dire de l'être vulnérable qu'il faut protéger.

- mais elle est aussi l'amante : la charge érotique du poème est très forte. « la volupté m'oppresse » est l'expression du désir, tout comme « les vents altérés ont mis la lèvre en feu » ; la poète l'appelle très clairement : « ma maîtresse », et ils évoquent ensemble les « baisers » du passé.

 

LA THEATRALITE

Le poème est construit comme un dialogue. Deux personnages, nommés comme des allégories (le Poète, la Muse), parlent au style direct.

Mais nous avons aussi des éléments scéniques qui s'apparentent presque à des indications théâtrales. Dès le début, nous avons une « lampe » qui laisse penser que le Poète est à sa table de travail, nous avons une « porte » à laquelle on frappe. Ces coups à la porte qui ouvrent le poème sont une référence aux trois coups que l'on tape toujours au début d'une pièce de théâtre.

Les jeux de clair-obscur sont très importants, « lampe à demi morte », « clarté », et « les rayons », qui sont des rayons intérieurs : nous sommes dans le théâtre de l'imaginaire poétique, celui du Poète, celui du Romantisme (il faut noter que le mouvement, avec Hugo, Vigny, Musset lui-même, a beaucoup privilégié la représentation théâtrale). C'est la mise en scène du monde intérieur.

 

TRANSITION

Le sujet du poème est donc cette douleur intérieure qui déchire le Poète. Mais c'est aussi – surtout – la poésie elle-même qui permet au Poète de transcender cette douleur.

 

LE RECOURS AU POEME

IDEALISATION ET SUBLIMATION

Cette mise en scène de la douleur (que l'on sait par ailleurs être causée par une rupture amoureuse) passe par le poème : elle en devient le sujet et le motif (la cause, ce qui fait écrire le poète). C'est un moyen de sublimer la réalité.

Cette sublimation se réalise à travers le personnage de la Muse, évidemment, qui est « blonde », ce qui vaut ici comme un symbole de la pureté, de la noblesse, de ce qui est éthéré : elle échappe aux contingences terrestres. Ainsi, elle est assimilée à la « lumière » dès son apparition : « Pourquoi ma lampe à demi morte / M'éblouit-elle de clarté », « je sens, dans la nuit profonde, / de ta robe d'or qui m'inonde / les rayons glisser dans mon cœur ».

Elle descend des « cieux », elle appartient à un monde idéal, un monde plus vrai que celui du poète. Nous avons en effet une référence à Platon, au platonisme et notamment à la dénonciation des faux-semblants de la vie terrestre (celle qui a lieu dans le fameux mythe de la caverne) : « Quelque amour t'est venu, comme on en voit sur terre, / une ombre de plaisir, un semblant de bonheur » : sur « terre », il n'y a que des « ombres » (celles qui sont projetées sur le mur de la caverne), que des « semblants », c'est-à-dire de pâles imitations du bonheur, et non pas le bonheur lui-même.

Le poème (la création artistique) permet, pour Musset, de s'échapper du monde des illusions, d'échapper aux douleurs liées à ce monde, et donc de sublimer le réel.

 

UN TRANSFERT... 

Nous assistons à un transfert entre la douleur et l'absence d'inspiration, c'est-à-dire entre les sentiments du poète et la littérature.

L'absence d'inspiration ou l'incapacité à écrire devient le sujet même du poème. La Muse l'enjoint à la création : « Ô paresseux enfant ! Regarde, je suis belle. », « Poète, prends ton luth », etc.

Ce glissement vers l'allégorie se fait par l'intrusion du fantastique : la lampe blafarde, tout d'un coup, se met à briller, et l'être « immortel » (« c'est moi, ton immortelle ») est une apparition. Cette épiphanie poétique s'inspire évidemment des épiphanies religieuses, la Vierge apparaissant à Saint-Luc pour qu'il fasse son portrait, ou encore l'ange qui aide Saint Matthieu à écrire son évangile.

Ici, la Muse apparaît au Poète pour qu'il parvienne à écrire sa douleur, et à s'en libérer.

 

LE POETE ET SON DOUBLE

Il ne faut pas être dupe de la mise en scène : la Muse est un double du Poète. Elle est la personnification de sa propre inspiration. La mise en scène est une mise en scène de soi, le poète ne fait que parler de lui-même. C'est en lui-même qu'il tire le remède à sa douleur, c'est par la création qu'il parvient à tromper sa détresse.

Cette représentation du moi, cette expression des sentiments personnels, c'est ce qu'on appelle le lyrisme. Le mot « luth » est une référence directe et explicite au lyrisme, à sa célébration.

Le dolorisme est une posture du poète romantique. Le poète se plaint de ne pas écrire, d'être trop triste, de trop souffrir (« martyre »), mais en se plaignant de cela, il fait exactement l'inverse : il écrit. C'est l'expédient littéraire : la littérature ne fait jamais que parler d'elle-même, même si elle utilise des histoires qui semblent loin de tout cela.

 

CONCLUSION

Musset a écrit, quelque part dans Les Nuits, ce vers devenu célèbre : « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux ». La Nuit de mai en est l'illustration même : la douleur sublimée donne l'occasion au poète d'exprimer des subtilités de douceur et de « volupté ». Il ne s'arrête pas à sa relation avec George Sand (qu'il ne nomme nulle part du reste), mais cherche surtout à exprimer l'indicible, l'inexprimable, c'est-à-dire les émotions les plus profondes et les plus intenses que chaque être humain puisse ressentir. C'est cela la tâche qu'il s'est assignée. Mais certainement, malgré une posture un peu spectaculaire, on peut difficilement soupçonner Musset d'hypocrisie : il meurt, rongé par l'alcool et le désespoir, à 46 ans.

 

Pour aller plus loin :

- le Romantisme ;

- le théâtre romantique ;

- George Sand ;

- Platon et le mythe de la caverne ;

- le lyrisme.

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac S le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac S

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac S

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?