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I. La mutation des sociétés de 1850 à nos jours
A. L’industrialisation en France.
PB: Comment évolue la société française entre 1851 et 1970 ?
1°) D’une société agricole…
En 1851, plus de la moitié de la population active (PA) française travaille dans le secteur primaire. Nourrir la population demande beaucoup de main-d’œuvre : il faut 25h à un homme pour moissonner un hectare de blé à la faux.
En 1920, la faucheuse-lieuse (mécanisation), lui permet de le faire en une heure. En 1945, la moissonneuse-batteuse (motorisation) moissonne en moins d’une heure et bat. En 1970, seuls 10% de la PA travaillent dans le primaire.
Les mécanisation (vapeur), motorisation (essence), irrigation, engrais, et pesticides offrent une meilleure productivité (rendements accrus) et forment des révolutions agricoles. Celles-ci sont autant fruits (des innovations) que facteurs (libération de main-d’œuvre, demande) des révolutions industrielles.
2°) … à une société industrielle :
Ainsi, la France connaît une industrialisation. Le secteur secondaire passe du quart au tiers de la PA (1851-1930). La 1ère RI s’incarne dans les mineurs (marteau-piqueur) et filatures (Tourcoing), la 2e RI dans les usines de montage Peugeot (fordisme) ou de télévisions (électronique) dans les années 60.
Ainsi, on passe de la production de masse à la consommation de masse, de la société industrielle (ex. qui produit des automobiles dans les années 1930) à celle de consommation puis de communication (ex. télévisions des années 60).
Enfin, le BTP connaît un plein essor, comme se plait à le représenter le peintre cubiste Fernand Léger (Les constructeurs, 1950). L’art, reflet de son temps, fait l’éloge de la (re)construction après la guerre, notamment en ville.
3°) D’une société rurale à une société urbaine :
En 1931, la population urbaine dépasse la population rurale. L’urbanisation s’explique par l’attrait du confort (électricité, eau courante, gaz de ville), même si celui-ci implique de renoncer aux grands espaces (coût du foncier) et aux alliances matrimoniales lucratives (employé et non fermier).
Elle est alimentée par l’exode rural, un phénomène commencé au XIXe siècle. Outre la révolution agricole (qui libère la main-d’œuvre), la vie à la campagne pousse les jeunes à partir (patriarcat, héritage de l’aîné), en particulier les femmes (qui fuient les « étable–champs–cuisine–puits »).
On observe cependant une dichotomie territoriale, délimitée par une ligne Le Havre-Marseille. En 1954, la France du Nord-Est paraît plus urbaine et industrielle que la France du Sud-Ouest encore rurale et agricole.
D’une société agricole et rurale, la France devient industrielle et urbaine entre 1851 et 1970. Aujourd’hui, seuls 3% des actifs travaillent dans le secteur primaire (exploitation des ressources naturelles).
B. La société postindustrielle française.
PB: Pourquoi la société industrielle française mute-t-elle après 1945 ?
1°) La crise industrielle (1950-1990) :
Après la seconde guerre mondiale, les régions minières françaises doivent essuyer la concurrence du charbon étranger et des hydrocarbures. Le charbon français se vend même quatre fois moins cher que ce qu’il coûte à l’extraction. Le coût de la main-d’œuvre représente plus des 2/3 du prix de revient.
De même, les régions industrielles (surtout le Nord et l’Est de la France) subissent des fermetures, relocalisations et délocalisations, générant des friches industrielles dans le paysage et du chômage dans la population active (PA).
Entre 1950 et 2000, l’effectif des emplois industriels régresse de 6,5 à 4 millions et sa part passe du tiers au 1/5e de la PA. On ne saurait néanmoins parler de désindustrialisation car la production industrielle quadruple.
2°) La reconversion (depuis 1990) :
En fait, la productivité a été multipliée par 6 dans la deuxième moitié du XXe siècle. C’est le résultat d’une modernisation des industries, où les robots remplacent les OS, mais sont surveillés et réparés par des ouvriers qualifiés.
De plus, la France développe les industries high tech, à haute valeur ajoutée, dans l’aéronautique (Airbus) ou l’aérospatiale (Ariane) par exemple. Pour ce faire, elles emploient également une main-d’œuvre qualifiée (formée).
Stimulée par les pouvoirs publics (aide à l’implantation, prime à la casse), l’industrie française connaît ainsi une reconversion dans le secteur secondaire (ex. usines de Toyota et Renault dans le Nord-Pas-de-Calais) ou le secteur tertiaire (ex. Filature Motte-Bossut, reconvertie en téléport et musée).
3°) La tertiarisation :
On observe d’ailleurs une tertiarisation de l’économie française. En effet, les emplois dans les services représentent aujourd’hui les ¾ des actifs, contre seulement 1/3 au lendemain de la deuxième guerre mondiale.
L’Etat emploie 5 millions de fonctionnaires, soit le 1/5e de la PA, qui bénéficient d’un salaire sûr. Le métier s’avère beaucoup moins physique que dans le secteur primaire ou secondaire. Les impôts assurent ainsi les services publics tels que l’administration, la défense, la santé ou l’éducation nationale.
Les services marchands (commerce, transport, services aux entreprises et à la personne, finance…) connaissent eux aussi un essor. Les NTIC permettent d’organiser des open spaces, améliorant le rendement au détriment du confort.
La société industrielle connaît une crise économique puis une reconversion dans l’industrie ou les services, qui prennent de plus en plus de place. On peut donc parler d’une société post-industrielle à partir du milieu des années 1970.
C. L’immigration et la société française au XXe siècle.
PB: La France est-elle une terre d’accueil ?
1°) L’ambiguë immigration jusqu’en 1945 :
Dans les années 1930, la France compte près de 3 millions d’immigrés (10 fois plus qu’en 1851) qui contribuent à l’économie et à la culture du pays. Elle favorise leur intégration (naturalisation, école), même si le refus d’adaptation (mariages, langue, armée) peut limiter l’insertion (Polonais des années 30).
Les patrons privilégient ces prolétaires sous-payés et sans défense. La xénophobie à l’encontre de « ces étrangers qui volent le travail des Français » se nourrit d’une mentalité obsidionale qui crée le sentiment d’une invasion démographique, matérielle, économique, politique et sociale (Louis Bertrand).
Par ailleurs, la république démocratique française apparaît comme un refuge politique pour les Arméniens, Russes (années 20), Italiens, Polonais et Espagnols (années 30). Avec les colons, ils deviennent les résistants et soldats qui libèrent la France du régime de Vichy antisémite et xénophobe (1940-45).
2°) L’apogée durant les Trente Glorieuses (1945-1975) :
Après la guerre, la reconstruction et la décolonisation induisent une forte immigration. Si elle reste aux 3/5 européenne, elle se diversifie : la France accueille de plus en plus d’Africains, surtout maghrébins, et d’Asiatiques.
Malgré la pleine croissance, ils sont entassés dans des HLM (barres, tours, foyers de travailleurs) et leurs conditions de vie précaires sont dénoncées par les médias. Ils assurent les métiers pénibles (OS, BTP) et sous-payés.
La misère et la marginalisation augmentent la criminalité, tandis que la décolonisation et l’arrivée de Maghrébins réveillent un sentiment xénophobe, nourrissant un amalgame crimino-ethnico-religieux (racisme et islamophobie).
3°) La nouvelle figure de l’immigré depuis les années 1970s :
Le chômage touchant plus durement les ouvriers non qualifiés, l’Etat décide de limiter l’immigration liée au travail (1974), tout en favorisant les rapprochements familiaux (1976). Loin de stopper les flux, l’immigration devient clandestine et pose la question de la régularisation ou de l’expulsion.
L’amalgame clandestin-immigré-étranger stimule la xénophobie. Le FN dénonce l’espace Schengen favorisant la libre-circulation des personnes, donc l’arrivée en France d’Européens et immigrés venus des pays ressortissants.
A l’exception du sport (cf. Alain Mimoun, Z. Zidane), l’intégration des immigrés et de leurs enfants apparaît plus difficile, y compris à niveau d’étude équivalent, au mépris de l’égalité. La résignation (ou colère) induite encourage un repli communautaire qui alimente la xénophobie qui limite l’intégration.
Si la France est bien une terre d’accueil (quoique restreinte depuis 1974), les Français ne sont pas toujours accueillants, notamment en période de crise. |
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